Chapitre 23
Versets 16-22
Si je devais continuellement faire face à des menaces d'attentats contre ma vie, je crois bien que j'essaierais de modifier mes occupations afin de pouvoir rester sur cette terre un peu plus longtemps, mais pas l'apôtre Paul. L'expression « Une fois n'est pas coutume » ne s'applique pas à l'apôtre pour qui c'était une habitude que d'avoir une conspiration dirigée contre lui. Heureusement, Dieu veillait sur son serviteur fidèle et le commandant romain a eu vent du dernier complot en date.
Verset 23
Je continue à lire dans le chapitre 23 du livre des Actes.
Aussitôt après, le Commandant appela deux de ses officiers et leur commanda : — Rassemblez deux cents légionnaires et tenez-vous prêts à partir pour Césarée. Prenez avec vous soixante-dix cavaliers et deux cents soldats armés de lances. Départ à neuf heures ce soir (Actes 23.23).
Le commandant décide d'éloigner Paul de cet endroit dangereux. Il ne prend aucun risque et organise une escorte considérable. En effet, 470 hommes de guerre pour accompagner un seul prisonnier innocent, ça peut surprendre, mais il souligne la tension de la situation, à la fois dans le cas particulier de Paul, mais aussi plus généralement dans le pays. En second lieu, le commandant les fait partir de nuit et pour Césarée, un coin relativement tranquille par rapport à Jérusalem constamment agitée par des soubresauts révolutionnaires. C'est la troisième fois de sa vie que l'apôtre doit quitter une ville de nuit afin d'échapper à la mort.
Versets 24-30
Je continue.
Préparez aussi des montures pour Paul et amenez-le sain et sauf au gouverneur Félix. Le Commandant rédigea en même temps le billet suivant pour le gouverneur : Claudius Lysias adresse ses salutations à Son Excellence le gouverneur Félix. Les Juifs s'étaient saisis de l'homme que je t'envoie et ils allaient le tuer quand je suis intervenu avec la troupe. Je l'ai arraché de leurs mains, car je venais d'apprendre qu'il était citoyen romain. Comme je voulais savoir de quoi ils l'accusaient, je l'ai fait comparaître devant leur Grand-Conseil. J'ai constaté que leurs accusations portaient sur des questions relatives à leur loi, mais que l'on ne pouvait lui imputer aucune faute entraînant la peine de mort ou même la prison. Mais je viens d'être informé d'un projet d'attentat contre lui. C'est pourquoi je te l'envoie sans attendre, et je fais savoir à ses accusateurs que c'est devant toi qu'ils auront à porter plainte contre lui (Actes 23.24-30).
Lorsqu'un prisonnier était envoyé à un supérieur, l'officier subalterne devait expliquer le cas par écrit. Bien sûr et au passage, comme de nombreux fonctionnaires modernes, Claudius Lysias enjolive les choses. Ainsi, il a omis toute allusion à ses préparatifs pour faire flageller Paul, parce que c'était après l'émeute et non pas avant, comme il l'écrit, qu'il a appris de la part d'un sous-officier que Paul était romain. Malgré ces entorses à la vérité, le commandant dit bien qu'il ne trouve aucune faute chez Paul.
C'est aussi ce qu'avait affirmé Pilate à la foule juive concernant Jésus-Christ. Le dénommé Félix à qui l'officier romain écrit la lettre, fut gouverneur de la Judée de l'an 52 à 60 de notre ère. L'historien romain Tacite dresse de lui un portrait très négatif : d'abord esclave, il avait gagné sa liberté pour ensuite tout faire afin de gagner la faveur de la cour impériale. Tacite résume le caractère de cet arriviste sur un ton mordant par le commentaire suivant :
Il exerça le pouvoir royal avec l'esprit d'un esclave !
Sa mauvaise et brutale gestion des conflits locaux obligera Néron à le remplacer par Festus qui était quelqu'un de plus compétent. On le rencontrera un peu plus loin dans le livre des Actes.
Versets 31-35
Je finis ce chapitre.
Conformément aux ordres reçus, les soldats emmenèrent Paul et le conduisirent pendant la nuit jusqu'à Antipatris. Le lendemain, les légionnaires laissèrent les cavaliers poursuivre seuls le chemin avec lui et ils revinrent à la citadelle. À leur arrivée à Césarée, les cavaliers remirent la lettre au gouverneur et lui présentèrent Paul. Le gouverneur lut la lettre et demanda de quelle province il était originaire. Apprenant qu'il était né en Cilicie, il lui dit : — Je t'entendrai quand tes accusateurs seront arrivés. Puis il donna ordre de le faire mettre en résidence surveillée dans le palais d'Hérode (Actes 23.31-35).
La troupe s'est arrêtée à mi-chemin entre Jérusalem et Césarée qui se trouvait à 105 km l'une de l'autre. Les légionnaires n'ont accompagné Paul que pour la première partie du voyage, car le terrain étant accidenté, elle se prêtait le mieux à une embuscade. Le gouverneur aurait pu renvoyer Paul devant la juridiction de sa province d'origine, mais cela aurait obligé les Juifs à s'y rendre, un très long voyage pour lequel ils lui en auraient voulu. Or il ne voulait pas encourir leurs foudres, ça marquerait mal dans son CV. Alors, Félix décide d'entendre lui-même cette affaire, puisque c'est dans son fief qu'a eu lieu le prétendu crime, mais pour cela, il doit attendre l'arrivée des accusateurs de Paul.
Chapitre 24
Verset 1
Le chapitre suivant continue l'histoire. Il commence et finit avec Paul en prison. L'apôtre va cependant comparaître devant le gouverneur afin de s'expliquer devant les Juifs. Je commence à lire le chapitre 24.
Cinq jours après, le grand-prêtre Ananias descendit à Césarée accompagné de quelques responsables du peuple et d'un avocat nommé Tertulle. Ils se présentèrent au gouverneur pour porter plainte contre Paul (Actes 24.1).
Les événements vont très vite ; 5 jours seulement après l'arrivée de Paul à Césarée, voilà que rapplique la meute juive. La rapidité de leur réaction, la venue en personne du Grand-Prêtre et de plusieurs membres influents du Grand Conseil, la présence d'un avocat orateur, tout cela montre que les responsables du peuple ont sorti l'artillerie lourde, tellement ils sont assoiffés de sang, impatients de voir Paul condamné.
Versets 2-4
Je continue.
On appela Paul et Tertulle commença son réquisitoire en ces termes : — Excellence, grâce à toi, à ta sage administration et aux réformes que ta sollicitude pour ce peuple t'a inspirées, nous jouissons d'une paix parfaite. Sois assuré, très excellent gouverneur Félix, que partout et toujours, nous en éprouvons la plus vive gratitude. Toutefois, nous ne voudrions pas te retenir trop longtemps. Je te prie seulement de nous accorder pour quelques instants ta bienveillante attention (Actes 24.2-4).
L'orateur commence par mettre une bonne couche de pommade sur le gouverneur pour s'assurer de son écoute favorable. Cette introduction est bassement flatteuse quand on sait que Félix était connu pour son abus de la force répressive et sa corruption. Parallèlement, la longueur démesurée de ce prologue par rapport au reste du discours est aussi une façon de masquer l'absence de preuves contre Paul. Néanmoins, cette introduction est rusée, car elle prépare le terrain pour les accusations qui vont suivre. Les expressions « sage administration, réformes » et « paix parfaite » sont dites afin de créer un contraste avec les troubles et profanations dont Paul va être accusé.
Versets 5-9
Je continue.
Nous avons découvert que cet individu est un danger public : il provoque des troubles chez tous les Juifs dans le monde entier, c'est un chef de la secte des Nazaréens, et il a même tenté de profaner le Temple. C'est alors que nous l'avons arrêté. Nous voulions le juger d'après notre Loi. Mais le commandant Lysias est intervenu avec beaucoup de violence et l'a arraché de nos mains, nous ordonnant de porter notre accusation devant toi. Procède toi-même à son interrogatoire et tu pourras reconnaître, d'après ses réponses, le bien-fondé de toutes nos accusations contre lui. Les Juifs s'empressèrent de confirmer ses paroles en disant : — Oui, tout ce qu'il a dit est exact (Actes 24.5-9).
La première accusation contre Paul comme quoi il serait une peste d'envergure internationale est d'ordre politique, puisque Rome était le garant du maintien de l'ordre, pax romana, dans tout l'Empire. Ensuite, il est montré du doigt comme le chef d'une secte illicite. Littéralement, le texte dit : une hérésie, alors que le judaïsme, lui, avait le statut de religion légale. Pendant plusieurs siècles, les Juifs ont appelé les chrétiens des Nazaréens. Les musulmans utilisent encore ce terme aujourd'hui. En troisième lieu, Paul est accusé d'avoir tenté de profaner le Temple.
Les deux premières fautes étaient passibles de la peine capitale selon la loi romaine et la troisième aussi selon la Loi juive, et en général les Romains ne s'y opposaient pas. Le moins qu'on puisse dire est que Paul est mal barré. Tout le discours de l'orateur Tertulle est subtilement truffé de mensonges et de présomptions sans preuve ; mais quand il dit : Nous l'avons arrêté sous-entendu : afin qu'il ne profane pas le Temple, alors là il ment sans finesse et sans détour. Ces hyènes baveuses du Grand-Conseil étaient prêtes à tout pour éliminer Paul.
Versets 10-13
Je continue.
Sur un signe du gouverneur, Paul prit à son tour la parole : — Je sais, dit-il, que depuis plusieurs années tu exerces la justice sur notre nation. C'est donc en toute confiance que je viens te présenter ma défense. Comme tu peux le vérifier toi-même, il n'y a pas plus de douze jours que je suis monté à Jérusalem pour y adorer Dieu. Or, personne ne m'a vu dans la cour du Temple en train de discuter avec quelqu'un. Jamais on ne m'a surpris à soulever le peuple ni dans les synagogues, ni dans la ville, et ces gens ne peuvent pas apporter la moindre preuve pour appuyer les accusations qu'ils viennent de porter contre moi (Actes 24.10-13).
La loi romaine ne condamnait pas un accusé sans qu'il ait pu se défendre devant ses accusateurs. Comme Félix gouvernait depuis cinq ou six ans, il était familier avec la situation de la Judée. Et pour cela, Paul le félicite avec courtoisie. Ensuite, il présente son cas de façon brève et précise. D'abord, 12 jours c'est bien court pour accomplir tous les crimes qui lui sont reprochés, d'autant plus qu'il en a passé trois en prison. Ensuite, il était allé à Jérusalem, entre autres, pour adorer et célébrer la fête de la Pentecôte, pas pour semer la zizanie. Finalement, il n'est pas coupable de sédition et les Juifs ne peuvent même pas citer un seul cas où il aurait suscité une émeute en ville.
Versets 14-16
Je continue.
Certes, je le reconnais volontiers devant toi : je sers le Dieu de mes ancêtres suivant la « Voie » qu'ils qualifient de « secte » ; je crois tout ce qui est écrit dans la Loi et les prophètes. J'ai cette espérance en Dieu, et cette espérance est aussi la leur, que les morts, justes et pécheurs, ressusciteront. C'est pourquoi je m'applique sans cesse, moi aussi, à garder une conscience irréprochable, tant devant Dieu que devant les hommes (Actes 24.14-16).
Paul affirme être en plein accord avec la foi juive : même Dieu, mêmes écrits et même espérance. Cet espoir de la résurrection, le centre de la foi chrétienne, avait été prédit par la Loi et les prophètes, c'est-à-dire tout l'Ancien Testament. Mis à part les Sadducéens, une petite minorité de gens très riches, les Juifs croyaient en une vie future et en un jugement. Il s'ensuit que Paul n'annonçait pas une nouvelle religion inconnue et illégale. Sa foi en la résurrection, loin d'être un concept théorique, avait une application pratique dans sa vie de tous les jours. Il ne voulait offenser ni Dieu ni les hommes.
Versets 17-18
Je continue.
Après plusieurs années d'absence, je suis revenu dans mon pays pour apporter une aide en argent aux gens de mon peuple et pour présenter des offrandes à Dieu. J'étais alors dans la cour du Temple, après avoir accompli les cérémonies de la purification ; il n'y avait autour de moi ni attroupement, ni désordre. Telle était la situation quand ils m'ont trouvé (Actes 24.17-18).
Paul répond maintenant à la troisième accusation des Juifs contre lui, celle de la profanation du temple. Il est venu à Jérusalem avec les motifs les plus bienveillants : d'une part, pour faire des aumônes aux plus pauvres de sa nation et d'autre part, pour présenter des sacrifices d'actions de grâces, ce qui explique sa présence dans le Temple.
Versets 19-21
Je continue.
Mais, en fait, ce sont des Juifs de la province d'Asie qui m'ont trouvé, et ce sont eux qui devraient être ici pour soutenir leurs accusations devant toi, s'ils ont quelque reproche à me faire. Ou bien alors, que ceux qui sont ici présents disent de quel méfait ils m'ont reconnu coupable lorsque j'ai comparu devant le Grand-Conseil. À moins qu'ils ne me fassent grief de cette seule phrase que j'ai lancée, debout devant eux : « Si je suis mis en accusation, c'est parce que je crois en la résurrection des morts » (Actes 24.19-21).
Un des points forts de la défense de Paul est que ses vrais accusateurs ne sont pas présents. Or, la loi romaine l'exigeait. En conséquence, les dires de l'orateur Tertulle sont sans fondement. Les membres éminents du Grand-Conseil étaient composés de Sadducéens qui ne croient pas en la résurrection. En conséquence, le vrai délit de l'apôtre à leurs yeux était le fait que Paul annonçait que Jésus était ressuscité des morts. C'est là en effet le cœur du message de la Bonne Nouvelle en Jésus-Christ.
Le christianisme repose sur deux piliers : l'un est la mort réelle du Christ en croix, ce qui veut dire que ce ne fut pas une illusion, mais une véritable crucifixion qui provoqua la séparation de l'âme du corps de Jésus. Le deuxième pilier est la résurrection corporelle du Christ. Là aussi, il ne s'agissait pas de l'apparition d'un fantôme, d'une vague ombre que les premiers disciples auraient cru voir, mais d'un retour à la vie de Jésus dans un corps certes différent, mais semblable à celui qu'il avait auparavant, et qui pouvait être vu, touché et qui lui a permis de manger comme vous et moi.
Versets 22-23
Je continue le texte.
Alors Félix, qui était très bien renseigné au sujet de la « Voie », ajourna le procès en disant : — Quand le commandant Lysias viendra ici, j'examinerai votre affaire. Il donna à l'officier responsable de Paul l'ordre de le garder prisonnier, mais en lui laissant une certaine liberté et sans empêcher sa parenté et ses amis de venir lui rendre des services (Actes 24.22-23).
Apparemment, Félix était bien au courant de la Voie, terme qui désignait alors le christianisme. Il s'est vite rendu compte que Paul n'avait commis aucun méfait, mais ne veut quand même pas le remettre en liberté. En effet, en bon politicien hypocrite, il ne voulait pas déplaire aux autorités juives qui avaient le pouvoir de lui causer beaucoup d'ennuis. Alors, il prend des demi-décisions et ajourne les procédures judiciaires sous le faux prétexte d'attendre le rapport du commandant en personne. D'autre part, et en accord avec la loi romaine, il accorde une certaine liberté, surveillée, à son prisonnier.
De tout cela, il ressort que pour le moment, le procès est reporté indéfiniment. Paul, le plus grand évangéliste de tous les temps, est en prison au lieu de se trouver sur les places publiques et à battre la campagne afin de répandre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Dieu aurait-il été pris de court ? Se serait-il trompé ? À en juger d'après les circonstances, on pourrait le penser. Mais la suite va bien montrer que le Créateur du ciel et de la terre est souverain et contrôle tout ce qui se passe dans son univers. Il a un plan à la fois pour Paul et pour un certain nombre d'officiels de l'Empire. Dans les coulisses, il prépare la suite du programme.
Moi je suis facilement déconcerté par la tournure d'événements que j'estime à mon désavantage, mais pas Dieu. Quoi qu'il arrive, c'est lui qui est au poste de pilotage. C'était la conviction sans réserve de l'apôtre Paul, et ce peut être la mienne si j'accepte humblement de me soumettre à la volonté divine que les Écritures appellent bonne, agréable et parfaite (Romains 12.2).