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Diffusé le 5 mai 2008 - ::
Lorsque quelqu'un me parle et me propose une idée qui ne me convient pas, j'ai le choix entre plusieurs façons de réagir. Dans les domaines politiques et spirituels en particulier, le ton monte rapidement parce que ces sujets touchent des points sensibles. C'était l'expérience de l'apôtre Paul lorsqu'il annonçait la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Je continue à lire dans le chapitre 19 du livre des Actes.
Mais un certain nombre de Juifs s'endurcissaient et refusaient de se laisser convaincre : en pleine assemblée, ils tinrent des propos méprisants au sujet de la voie du Seigneur. Alors Paul se sépara d'eux et prit à part les disciples qu'il continua d'enseigner tous les jours dans l'école d'un nommé Tyrannus (Actes 19.9).
Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. Au bout d'un moment se met en place le modèle maintenant classique de l'opposition des Juifs. Alors, Paul sépare ses brebis des boucs, pour ainsi dire. Selon une tradition, il enseignait pendant 4 heures tous les jours ceux qui avaient accepté la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Le reste de la journée, il faisait des tentes pour subvenir à ses besoins. Luc nous précise que les cours avaient lieu à l'école de Tyrannus ; peu importe, me direz-vous ? En effet !
Cependant, parce que l'auteur est un historien pointilleux, il a le souci de l'exactitude et des détails. En tout cas, le propriétaire des lieux a un nom intéressant. Il me fait penser à un dinosaure de la classe des Tyranosaurus, ceux qui sont supposés être les plus féroces. Il n'empêche que ce brave homme met ses locaux à la disposition de Paul, soit gratuitement, soit parce qu'il les louait aux rabbins itinérants comme cela se faisait bien. À cette époque, les gens commençaient à travailler au lever du soleil jusqu'à 11 heures du matin, après quoi ils déjeunaient et faisaient la sieste. Ils reprenaient ensuite le boulot jusqu'au coucher du soleil.
Je continue.
Cela dura deux ans, si bien que tous les habitants de la province d'Asie, tant Juifs que Grecs, entendirent la Parole du Seigneur (Actes 19.10).
De cette école de Tyrannus sortirent des hommes formés à l'évangélisation qui allèrent essaimer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ partout dans l'Empire, jusqu'à Rome, mais surtout dans la province d'Asie, c'est-à-dire la côte ouest de la Turquie d'aujourd'hui. C'est pendant ce temps que les Églises de Colosses, de Laodicée, d'Hiérapolis et d'autres furent fondées. Le travail de Paul fut extrêmement béni par Dieu d'après une lettre que l'écrivain latin Pline le Jeune écrivit 40 ans après ces événements à l'empereur Trojan. Il avait été nommé légat impérial en Bythinie, la région à l'est d'Istanbul, et il racontait que dans toute sa province le christianisme avait littéralement vidé les temples païens de la région.
Je continue.
Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul. On allait jusqu'à prendre des mouchoirs ou du linge qu'il avait touchés pour les appliquer aux malades. Ceux-ci guérissaient et les mauvais esprits s'enfuyaient (Actes 19.11-12).
Ces prodiges mentionnés établissent un parallèle avec les miracles de l'apôtre Pierre. J'ai déjà dit que Paul travaillait quand il n'enseignait pas. Comme il faisait chaud, il utilisait des linges de corps comme chiffons pour s'essuyer le front. Ils étaient sales, pleins de poussière et de transpiration. Les gens venaient les chercher et à leur contact étaient guéris. Moi j'y crois, aussi extraordinaire que cela puisse être. Cependant, il faut bien savoir que ces bouts de tissus n'avaient aucune puissance magique en eux-mêmes. Ils étaient l'évidence que Dieu bénissait, confirmait et endossait le ministère de Paul. Ce genre de miracles était tout à fait exceptionnel et ne justifie pas la vénération des reliques.
Je continue.
Quelques Juifs, qui allaient de lieu en lieu pour chasser les démons, voulurent alors invoquer, eux aussi, le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient sous l'emprise d'esprits mauvais. — Par le nom de ce Jésus que Paul annonce, disaient-ils, je vous ordonne de sortir. Ceux qui agissaient ainsi étaient les sept fils d'un certain Scéva, un chef des prêtres juifs (Actes 19.13-14).
Ces hommes se servaient manifestement d'une variété d'incantations pour exercer leur art. Lors d'une altercation avec les chefs religieux juifs, Jésus avait reconnu que certains d'entre eux étaient exorcistes. Rien de plus n'est dit, ni sur leurs méthodes, ni sur leur succès.
Je continue le texte.
Mais l'esprit mauvais leur répondit : — Jésus ? Je le connais. Paul, je sais qui c'est. Mais vous, qui êtes-vous ? Là-dessus, l'homme qui avait en lui le mauvais esprit se jeta sur eux, les maîtrisa et les malmena avec une telle violence qu'ils s'enfuirent de la maison, les vêtements en lambeaux, et couverts de blessures (Actes 19.15-16).
Luc montre avec ironie le renversement de situation : alors que les exorcistes cherchaient habituellement à connaître le nom du démon avant de l'expulser, ici, c'est le contraire. Le mauvais esprit demande leurs noms aux fils de Scéva, puis les maîtrise et les chasse.
Je continue.
Cet incident fut connu de tous les habitants d'Éphèse. Juifs et Grecs furent tous saisis de crainte, et le nom du Seigneur Jésus fut l'objet d'un grand respect. Beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient avouer et déclarer publiquement les pratiques auxquelles ils s'étaient livrés (Actes 19.17-18).
Cette anecdote engendra la crainte de la populace. À cette époque, l'atmosphère religieuse d'Éphèse était très syncrétiste et les pratiques magiques fort répandues, y compris dans la communauté juive. Mais une fois convertis à Jésus-Christ, les nouveaux croyants confessaient publiquement leur péché d'occultisme et s'amendaient en détruisant leurs livres de magie.
Je continue.
Et beaucoup de ceux qui avaient exercé la magie apportèrent leurs livres de sorcellerie, les mirent en tas et les firent brûler aux yeux de tous. Leur valeur fut estimée à cinquante mille pièces d'argent. C'est ainsi que la Parole du Seigneur se répandait de plus en plus, grâce à la puissance du Seigneur (Actes 19.19-20).
Avec ce sixième compte-rendu, Luc met fin à une autre section de son livre. Ceux qui trempent dans l'occultisme essaient d'exercer un pouvoir sur la nature, la maladie, des personnes ou des animaux au moyen de formules et de rites qui font intervenir des démons. Les manuels d'arts magiques qui étaient utilisés dans la pratique de la sorcellerie avaient une réelle valeur marchande. Ici, c'est 50 000 journées de dur labeur qui sont parties en fumée, vu qu'un ouvrier gagnait une pièce par jour. À cette époque déjà, on saisissait de force et brûlait tout ouvrage considéré comme dangereux ou subversif.
Je continue.
Après ces événements, Paul, poussé par l'Esprit, décida de se rendre à Jérusalem en passant par la Macédoine et l'Achaïe. — Après avoir été là-bas, dit-il, il faudra que je me rende aussi à Rome (Actes 19.21).
Ce verset nous donne le ton du reste des Actes des Apôtres. Paul a maintenant la ville impériale dans sa ligne de mire. Le mouvement de tout le livre commence à Jérusalem pour aller jusqu'à Rome. L'apôtre commençait à s'agiter parce que le Saint-Esprit lui faisait savoir que l'heure était venue pour lui de quitter Éphèse. Dans un premier temps, Paul voulait retourner à Jérusalem en passant par la Grèce afin d'y encourager les Églises qu'il avait implantées à Philippes, à Thessalonique et à Corinthe.
Je continue.
Il envoya deux de ses collaborateurs, Timothée et Éraste, en Macédoine, et resta lui-même encore quelque temps dans la province d'Asie. À cette époque, la voie du Seigneur fut l'occasion de troubles sérieux à Éphèse. Un bijoutier, nommé Démétrius, fabriquait de petits temples d'Artémis en argent et procurait aux artisans de sa corporation des gains considérables (Actes 19.22-24).
Timothée, qu'on avait vu pour la dernière fois à Corinthe, entre de nouveau en scène. Il fut un étroit collaborateur de Paul. L'apôtre l'envoie donc en éclaireur pour préparer sa venue. En attendant, le temps se gâte à Éphèse à cause du fameux temple de Diane. Il était immense, construit en marbre blanc et se composait de 127 colonnes, d'une splendeur et d'une richesse incomparables. Il contenait une statue de la Diane des Éphésiens, aussi appelée Artémis, une déesse de la fertilité hideuse aux seins innombrables, dont on disait qu'elle était tombée du ciel. À l'origine, il s'agissait certainement d'un météorite ayant une forme bizarre. Il existait une autre Diane, celle des Grecs et qui était par contre très belle.
Ce temple d'Éphèse était visité par des milliers de pèlerins, et une industrie florissante s'était développée dans la fabrication de miniatures en bois, argent, ou même en or. C'était le travail de Démétrius et de ses ouvriers. Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver quelques-uns de ces temples miniatures en terre cuite contenant une représentation de la déesse flanquée de ses lions de chaque côté. Après la fin officielle du paganisme au 4e siècle ap. J-C, une bonne partie des matériaux de cette merveille du monde antique ont été transportés à Constantinople, pour la construction de l'église Sainte-Sophie.
Je continue.
Un jour, Démétrius les convoqua tous, ainsi que les ouvriers qui vivaient de la même industrie. Il leur dit : — Mes amis ! Vous savez bien que nous devons notre prospérité à l'exercice de notre métier. Or, vous voyez ce qui se passe, ou vous en entendez parler : non seulement à Éphèse, mais dans presque toute la province d'Asie, ce Paul a remué de grandes foules. Il les a persuadées que les divinités fabriquées par des hommes ne sont pas de vrais dieux. Ce n'est pas seulement notre corporation qui risque d'être discréditée, mais le temple de la grande déesse Artémis lui-même pourrait y perdre toute sa renommée. Toute l'Asie et le monde entier adore cette déesse et il n'en faudrait pas beaucoup pour qu'elle soit discréditée (Actes 19.25-27).
Cette divinité des Éphésiens était en effet adorée partout. Or l'enseignement de Paul qui se répandait comme une traînée de poudre vidait les temples et la foule des adorateurs païens se réduisait peu à peu à une peau de chagrin. Alors, Démétrius, inquiet, lance un SOS à ses confrères en évoquant à la fois leurs affaires et la religion. Cet appel était manifestement hypocrite, car ce qui l'empêchait réellement de dormir, c'étaient ses revenus qui étaient en chute libre.
Depuis le début du livre des Actes, Luc a montré à plusieurs reprises comment l'appât du gain est un obstacle à accepter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Il a d'abord parlé de Judas, puis du couple Ananias et Saphira et enfin de Simon le magicien. Ici nous est compté le deuxième incident dans lequel des païens s'opposent au ministère de Paul pour une histoire de gros sous ; le premier était l'histoire de l'esclave qui procurait à ses maîtres une grande source de gains grâce à ses pouvoirs divinatoires. Toujours, il est question de fric. On ne peut jamais en sortir, c'est comme de la glu, ça colle partout et ça corrompt les bonnes mœurs. Cela me rappelle une parole de Jésus à ce sujet. Je la cite :
Nul ne peut être en même temps au service de deux maîtres, car ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien il sera dévoué au premier et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir en même temps Dieu et l'Argent (Matthieu 6.24).
C'est comme pour beaucoup d'autres choses dans la vie, il faut choisir.
Je continue le texte.
À ces mots, les auditeurs devinrent furieux et se mirent à scander : — Grande est l'Artémis d'Éphèse ! Bientôt, toute la ville fut en effervescence. On s'empara de Gaïus et d'Aristarque, deux Macédoniens qui accompagnaient Paul dans son voyage, et l'on se précipita en foule au théâtre (Actes 19.28-29).
Les orfèvres enragés contre Paul suscitent une émeute. Rien ne peut soulever plus rapidement une populace que de croire que ses affaires et sa religion sont menacées. Ils se précipitent tous ensemble au théâtre de la ville dont les vestiges en ont révélé la grandeur. Il contenait près de 26 000 places assises sur des gradins qui servaient aux jeux, aux représentations théâtrales, mais aussi aux assemblées publiques.
Je continue.
Paul voulait se présenter devant le peuple, mais les disciples l'en empêchèrent. Et même quelques Asiarques, qui le tenaient en amitié, lui firent parvenir un message pour lui recommander de ne pas se rendre au théâtre (Actes 19.30-31).
Paul était prêt à défendre la Bonne Nouvelle de l'Évangile même au prix de sa vie, mais il en fut empêché aussi bien par les chrétiens que par les Asiarques. Ceux-ci étaient les chefs de l'Asie, la région à l'ouest de la Turquie actuelle. Hauts fonctionnaires en bon terme avec Rome, ils étaient dix et choisis chaque année dans les villes principales de la province, pour présider aux jeux et fêtes. Leur président vivait toujours à Éphèse. Ils avaient certainement entendu les prédications de l'apôtre Paul et apparemment l'appréciaient beaucoup.
Je continue.
Cependant, l'assemblée se tenait dans la plus grande confusion. Les gens hurlaient, mais personne ne criait la même chose, et la plupart ne savaient pas pourquoi ils étaient venus. Des gens de la foule expliquèrent l'affaire à un certain Alexandre, que les Juifs avaient poussé en avant. Alexandre fit signe de la main qu'il voulait s'adresser au peuple pour prendre la défense de ses coreligionnaires. Mais dès qu'on eut appris qu'il était Juif, tous se remirent à crier en chœur pendant près de deux heures : — Grande est l'Artémis d'Éphèse ! (Actes 19.32-34).
Luc a décidément le sens de l'humour. Ces gens ne savaient pas trop pourquoi ils s'étaient rassemblés sinon pour exercer leurs voix en hurlant à tue-tête. Alexandre est de toute évidence le porte-parole de la communauté juive. Il s'avance dans le but de publier un démenti officiel, comme quoi les Juifs, bien que profondément monothéistes, n'ont rien à voir avec la baisse du commerce de l'idole Diane. Ils veulent se dissocier de Paul et des chrétiens, et ainsi éviter de subir le même traitement qu'eux. Il faut savoir en effet, que malgré la protection de Rome, les Juifs ont eu à souffrir de pogroms dans certaines villes de l'Empire comme Alexandrie et Antioche de Syrie.
Je finis le chapitre.
À la fin, le secrétaire de la ville parvint à calmer le peuple : — Éphésiens, dit-il, quel homme au monde ignore que notre cité d'Éphèse est la gardienne du temple de la grande Artémis et de sa statue tombée du ciel ? C'est là un fait incontestable. Il faut donc vous calmer et ne rien faire d'irréfléchi. Vous avez amené ici ces hommes, mais ils n'ont commis aucun sacrilège dans le temple, ils n'ont dit aucun mal de notre déesse. Si donc Démétrius et les artisans de sa corporation ont des griefs contre quelqu'un, ils n'ont qu'à porter plainte en bonne et due forme ! Il y a des jours d'audience et des magistrats pour cela. Et si vous avez encore d'autres réclamations à formuler, on les examinera lors de l'assemblée légale. Mais nous risquons de nous faire accuser de révolte pour ce qui s'est passé aujourd'hui, car nous ne pourrions donner aucune raison pour expliquer cette manifestation. Là-dessus, il ordonna à l'assemblée de se disperser (Actes 19.35-41).
Finalement, l'administrateur principal de la ville, Monsieur le maire dirons-nous, prend les choses en main, car l'heure devient grave. Il rappelle que puisqu'il est évident que leur Diane était tombée du ciel, la populace n'avait pas à se soucier de ce que pouvait dire Paul à son sujet. Ensuite, il a exonéré Gaïus et Aristarque, les deux amis de l'apôtre, que la foule avait pris en otage et qui se trouvaient sans doute au beau milieu du stade à attendre presque l'arrivée des lions. En troisième lieu, Monsieur le maire souligne qu'il existe des méthodes légales pour porter plainte.
En effet, la foule rassemblée au théâtre ne représentant pas une assemblée réglementaire, elle pourrait être accusée de sédition. Au mieux, ces gens ainsi rassemblés auraient de la difficulté à donner aux autorités impériales une explication valable pour leur attroupement, ce qui risquerait de leur être fort préjudiciable politiquement. En effet, Éphèse était une ville dite libre qui s'autogouvernait. Elle jouissait d'une autonomie considérable tant qu'elle n'était pas perçue comme représentant une menace politique pour l'Empire. Mais au pire, ce rassemblement pourrait être perçu comme un début de révolte, ce qui susciterait une charge de la part des légions romaines qui s'en donneraient à cœur joie de taper dans le tas.
L'apôtre Paul n'était pas un renégat ; il annonçait la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à l'intérieur des limites des institutions politiques existantes, bien que celles-ci aient été franchement fascistes. Il avait aligné ses priorités sur celles de son divin maître. Il se moquait bien du système en place ; son véritable souci était de préparer ses auditeurs à entrer dans le royaume céleste, celui où Dieu règne en toute justice.