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Diffusé le 28 avril 2008 - ::
À Jérusalem a lieu le premier concile de l'Église. L'heure est grave, car il s'agit de décider si les païens devront suivre les rites juifs afin de recevoir la vie éternelle.
Je continue le texte du chapitre 15 du livre des Actes.
Alors tout le monde se tut pour écouter Barnabas et Paul raconter les signes miraculeux et les prodiges que Dieu avait accomplis par eux parmi les païens (Actes 15.12).
Paul et Barnabas ont déjà montré que les païens recevaient le Saint-Esprit uniquement sur la base de leur foi. Maintenant, ils enfoncent le clou en décrivant les prodiges que Dieu a opérés parmi eux, alors même qu'ils sont considérés comme impurs par les Juifs. Ces miracles étaient tout désignés pour convaincre l'assemblée qui écoutait en silence le rapport des deux hommes que Dieu admettait les non-Juifs dans l'Église. Cette attitude de soumission laisse déjà entendre qu'ils n'avaient pas l'intention d'argumenter contre les témoignages de Pierre, Paul et Barnabas.
Je continue.
Quand ils eurent fini de parler, Jacques prit la parole et dit : — Maintenant, mes frères, écoutez-moi ! Simon vous a rappelé comment, dès le début, Dieu lui-même est intervenu pour se choisir parmi les non-Juifs un peuple qui lui appartienne (Actes 15.13-14).
Décidément, tous les personnages importants prirent la parole ce jour-là. On aurait pu penser que suite au rapport donné par Paul il n'y avait plus rien à ajouter. Cependant, Jacques, qui présidait cette rencontre, demande un redoublement d'attention, car il veut résumer cette discussion tout en poursuivant le raisonnement initial de Pierre. Il explique le plan de Dieu pour l'humanité. Le Seigneur va se constituer un peuple qui lui appartienne du milieu des païens.
Dans le livre de l'Apocalypse, le dernier du Nouveau Testament, il est mentionné que devant le trône du Seigneur du ciel et de la terre, il y aura des hommes de toutes les tribus et de toutes les nations. Cela sous-entend que la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ aura fait le tour de la terre grâce, en particulier, à la radio, mais aussi à l'internet et à la télé du fait des satellites géostationnaires de communication qui se promènent à des milliers de kilomètres de la terre.
Je continue.
Cela concorde avec les paroles des prophètes puisqu'il est écrit : Après cela, dit le Seigneur, je reviendrai, et je rebâtirai la maison de David qui s'était effondrée, et j'en relèverai les ruines, je la redresserai. Alors, le reste de l'humanité se tournera vers le Seigneur, oui, toutes les nations qui sont appelées à m'appartenir. Ainsi parle le Seigneur qui réalise ce qu'il a préparé de toute éternité (Actes 15.15-18).
À juste titre, Jacques s'appuie sur le témoignage de l'Écriture pour prouver que le salut des païens sans la circoncision était un enseignement de l'Ancien Testament. Il dit tout d'abord : Après cela, dit le Seigneur, je reviendrai, et je rebâtirai la maison de David qui s'était effondrée, et j'en relèverai les ruines, je la redresserai. « Après cela » veut dire après que Dieu se sera constitué un peuple qui porte son nom, du milieu des tribus et des nations de la terre, après avoir fait cela donc, l'Église sera enlevée de la terre, puis viendront les temps de la fin. Alors, les pages du calendrier divin s'effeuilleront rapidement sous les yeux ébahis d'une humanité incrédule.
L'Éternel reprendra son programme avec le peuple élu, les Israélites, qu'il avait interrompu au bénéfice de l'Église. Le monde entier sera sévèrement jugé ; c'est ce qui s'appelle en termes techniques la tribulation et qui est décrit en détail dans le livre de l'Apocalypse. Puis Jésus-Christ relèvera la royauté de David en établissant son royaume messianique de 1 000 ans sur la terre. Ensuite, Jacques ajoute : Alors, le reste de l'humanité se tournera vers le Seigneur, oui, toutes les nations qui sont appelées à m'appartenir . Une fois le millénium établi sur la terre, tous les hommes de toutes les nations sans exception auront la liberté de venir au Seigneur. Puis Jacques conclut en disant : Ainsi parle le Seigneur qui réalise ce qu'il a préparé de toute éternité.
L'appel des païens fait partie intégrante du plan divin, depuis le commencement des temps. En fait, Abraham était lui-même un idolâtre. Le point principal de Jacques est que le salut des païens sans la Loi et sans la circoncision ne contredit nullement les prophètes de l'Ancien Testament, mais faisait partie du plan de Dieu de toute éternité.
Je continue.
Voici donc ce que je propose, continua Jacques : ne créons pas de difficultés aux païens qui se convertissent à Dieu. Écrivons-leur simplement de ne pas manger de viande provenant des sacrifices offerts aux idoles, de se garder de toute inconduite sexuelle, et de ne consommer ni viande d'animaux étouffés ni sang. En effet, depuis les temps anciens, il y a dans chaque ville des prédicateurs qui enseignent la Loi de Moïse, et chaque sabbat, on la lit dans les synagogues (Actes 15.19-21).
Comme aboutissement de cette discussion théologique, Jacques propose de prendre une décision très pratique. Il était d'avis que l'Église ne mette pas de bâtons dans les roues des païens, pour ainsi dire. Ces derniers n'avaient donc ni à suivre la Loi, ni à se faire circoncire. Ceci est en parallèle avec les sentiments qu'avait déjà exprimés Pierre ainsi que Paul et Barnabas. Jacques suggère qu'ils rédigent ensemble une lettre énonçant des règles d'ordre éthique qui n'offenseraient ni la morale ni les Juifs qui étaient attachés à l'Ancien Testament.
En effet, à cette époque, il était courant chez les païens de se servir d'un temple idolâtre pour les banquets et les fêtes. On y offrait une belle bête en sacrifice à une idole qui, croyait-on, en mangeait l'âme spirituelle puis son corps était dépecée et les morceaux vendus sur le marché. Ces animaux fournissaient les meilleurs steaks de l'époque. Les païens chrétiens ne s'en offusquaient pas et n'avaient aucun problème de conscience à acheter et à consommer cette viande puisqu'ils ne rendaient pas de culte aux faux dieux. Mais lorsqu'ils étaient en compagnie de croyants d'origine juive, les païens devaient prendre garde à ne pas les choquer et les offenser en leur offrant de la viande qui avait été offerte aux idoles.
La deuxième prescription est de s'abstenir de la débauche. Elle était si répandue qu'elle faisait partie des habitudes et des coutumes normales de cette époque. De plus, les temples païens entretenaient des prostitués sacrés. L'immoralité sous toutes ses formes, la bestialité, le fétichisme et l'homosexualité étaient des pratiques courantes qui faisaient partie des rituels religieux païens.
La troisième interdiction remonte jusqu'à Noé, lorsque l'Éternel établit une alliance avec lui, et par laquelle Dieu donna à l'homme le droit de manger de la viande, à condition d'en extraire d'abord le sang. Les Épicuriens romains, dont la philosophie de vie était le plaisir, faisaient noyer des volailles dans du vin avant d'en consommer la chair. Il était également courant de boire du vin mêlé de sang. Toutes ces pratiques n'étaient pas admissibles pour des païens faisant profession de suivre le Christ.
En ne mangeant pas de viande d'un animal offert aux idoles, en ne consommant pas de sang et en ne participant pas à la débauche, les chrétiens d'origine païenne maintiendraient des normes morales élevées et ne choqueraient pas leurs frères juifs. Dans chaque ville se trouvaient des Israélites qui seraient offensés si les chrétiens n'observaient pas ces restrictions.
Je continue.
Alors les apôtres et les responsables, avec toute l'Église, décidèrent de choisir parmi eux quelques délégués et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas. Ils choisirent donc Jude, surnommé Barsabbas, et Silas. Tous deux jouissaient d'une grande estime parmi les frères (Actes 15.22).
Les deux témoins, Jude et Silas, qui furent délégués pour accompagner Paul et Barnabas allaient confirmer de vive voix ce qui avait été écrit. Personne n'aurait alors pu dire qu'il y avait eu une mauvaise communication sur ce sujet délicat. Jude avait été en compétition avec Matthias pour remplacer Judas et devenir le 12e apôtre, mais il n'avait pas été choisi. Soit dit en passant que techniquement il n'y avait que 12 apôtres, ceux choisis par Jésus, moins Judas et plus Matthias. Paul était le 13e dans le sens qu'il avait également vu le Christ ressuscité, lorsque celui-ci lui était apparu sur le chemin de Damas.
Cependant, le terme d'apôtre a aussi une signification plus large ; il veut dire envoyé ou encore missionnaire . C'est pour cela que Barnabas, Silas, puis plus loin Timothée et d'autres peuvent à juste titre être aussi appelés apôtres. Je reviens à Jude qui était un homme juste et qui représentait les Hébreux attachés à la Loi, tandis que Silas, un citoyen romain, était le porte-parole des païens.
Je continue.
Voici la lettre qu'ils leur remirent : Les apôtres et les responsables de l'Église adressent leurs salutations aux frères d'origine païenne qui habitent Antioche, la Syrie et la Cilicie. Nous avons appris que certains frères venus de chez nous ont jeté le trouble parmi vous et vous ont désorientés par leurs paroles. Or, ils n'avaient reçu aucun mandat de notre part. C'est pourquoi nous avons décidé à l'unanimité de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabas et Paul qui ont risqué leur vie pour la cause de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce que nous vous écrivons. Car il nous a semblé bon, au Saint-Esprit et à nous-mêmes, de ne pas vous imposer d'autres obligations que celles qui sont strictement nécessaires : ne consommez pas de viandes provenant des sacrifices aux idoles, du sang, des animaux étouffés, et gardez-vous de toute inconduite sexuelle. Si vous évitez tout cela, vous agirez bien. Recevez nos salutations les plus fraternelles (Actes 15.23-29).
Cette lettre, envoyée par les apôtres et les responsables, confirma les conclusions du concile. Les Juifs qui restaient attachés à la Loi n'avaient aucun droit d'imposer leur point de vue aux autres. Ils font contraste avec Paul et Barnabas qui sont appelés bien-aimés, et qui jouissaient d'une grande admiration de la part des membres de l'Église de Jérusalem. La lettre mentionne le Saint-Esprit, ce qui souligne que la décision prise est inspirée de Dieu. En conclusion, les croyants d'origine païenne n'ont à satisfaire aucune des exigences cérémonielles de la Loi de Moïse, sinon ce qui est spécifiquement mentionné dans la lettre, afin de ne pas offenser les Juifs, qu'ils soient croyants ou pas.
Par contre, dans le domaine moral, il n'y a pas que la débauche qui est à éviter ; l'enseignement des dix commandements est universel et concerne aussi bien les païens que les Juifs de tous les temps. Ainsi, même aujourd'hui, je dois vénérer Dieu seul, ne pas prononcer son nom à tout bout de champ et me garder de toute idole, dont en particulier le fric, le statut social, les possessions, et toutes les choses mondaines ; je suis à charge d'honorer mon père et ma mère ; je ne dois pas commettre de meurtre, d'adultère, voler ce qui appartient à mon prochain, porter un faux témoignage contre lui, ou convoiter quoi que ce soit qui lui appartienne.
Je continue le texte.
On laissa partir les délégués et ils se rendirent à Antioche. Ils réunirent l'ensemble des croyants et leur remirent la lettre. On la lut et tous se réjouirent de l'encouragement qu'ils y trouvaient (Actes 15.30-31).
Les 4 hommes partirent donc de Jérusalem pour parcourir 400 km à pied et se rendre à Antioche en Syrie. Cette lettre qu'ils apportaient fut une source de joie et d'encouragement pour les croyants du nord. Quand on y pense, chacun d'entre nous apprécie recevoir une bonne nouvelle. D'ailleurs, un texte du livre des Proverbes de l'Ancien Testament l'affirme bien. Je le lis :
De l'eau fraîche pour une personne fatiguée, telle est une bonne nouvelle venant d'une terre lointaine. Un regard lumineux réjouit le cœur ; une bonne nouvelle fortifie les membres (Proverbes 25.25 ; 15.30).
Et c'est ainsi que se termine la première grande crise interne de l'Église, qui aurait pu miner tout ce qui avait été entrepris à Antioche de Syrie et lors du premier voyage missionnaire de Paul et Barnabas. Il fallait que dès ses débuts l'Église soit au clair en ce qui concerne le rapport entre le salut en Jésus-Christ et les institutions de l'Ancienne Alliance.
Que devaient faire les croyants d'origine païenne pour obtenir la vie éternelle ? Devaient-ils d'abord devenir des Juifs zélés en se faisant circoncire et en s'efforçant de respecter toute la Loi de Moïse ? Et puis une autre question annexe se posait en filigrane : qui était maintenant le peuple de Dieu ? Ces interrogations étaient d'autant plus aiguës que l'Église naissante n'avait plus à faire avec seulement quelques païens comme l'officier romain Corneille, mais à des Églises entières composées essentiellement de non-Juifs.
Afin de parvenir à une décision, le concile de Jérusalem prend en compte trois choses : d'une part, l'œuvre de salut que Dieu avait opéré chez des païens ; d'autre part, l'enseignement des prophètes de l'Ancien Testament et finalement un certain réalisme pragmatique vis-à-vis des Juifs attachés à la Loi de Moïse et qu'il fallait éviter d'offenser. Il est par ailleurs notable que ni le baptême d'eau ni aucun autre rite dit chrétien ne soient mentionnés dans ce passage. C'est en fin de compte l'Évangile de la grâce pure qui est confirmé. Il n'est plus nécessaire d'observer la circoncision ou quelque autre cérémonie de l'Ancienne Alliance.
Je continue le texte.
Comme Jude et Silas étaient eux-mêmes prophètes, ils parlèrent longuement aux frères pour les encourager et les affermir dans la foi. Ils restèrent là un certain temps, puis les frères leur souhaitèrent bon voyage et les laissèrent retourner auprès de ceux qui les avaient envoyés. Silas cependant trouva bon de rester à Antioche, de sorte que Jude rentra seul à Jérusalem. Paul et Barnabas restèrent à Antioche, continuant avec beaucoup d'autres à enseigner et à annoncer la Parole du Seigneur (Actes 15.32-35).
Jude et Silas étaient prophètes, c'est-à-dire des prédicateurs inspirés du Saint-Esprit plutôt que des Nostradamus. D'après la suite du récit, il est plus que probable que Paul et Silas travaillèrent ensemble dans l'Église pendant environ un an et apprirent ainsi à se connaître et à s'apprécier mutuellement.
Je continue.
Après quelque temps, Paul dit à Barnabas : — Partons refaire le tour de toutes les villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur et rendons visite aux frères pour voir ce qu'ils deviennent. Mais Barnabas voulait emmener avec lui Jean, appelé aussi Marc, et Paul estimait qu'il ne convenait pas de prendre avec eux celui qui les avait abandonnés en Pamphylie et qui ne les avait pas accompagnés dans leur œuvre. Leur désaccord fut si profond qu'ils se séparèrent. Barnabas emmena Marc avec lui et s'embarqua pour Chypre (Actes 15.36-39).
Paul, connaissant le caractère inconstant des Galates, se faisait du souci pour eux. Il voulait donc retourner sur les lieux de leur premier voyage pour vérifier que tout se passait bien. Barnabas est d'accord à condition d'emmener cette fois encore son neveu Marc qui leur avait faussé compagnie dès qu'ils eurent atteint l'Asie Mineure. Il discerne en lui un potentiel et veut lui donner une chance de se racheter. Mais Paul n'est pas d'accord. Il n'a aucune envie de s'embarrasser de quelqu'un sur qui il ne peut pas compter. Au vu des persécutions sanglantes qu'ils avaient essuyées, je le comprends.
Ces deux hommes, bien qu'apôtres, étaient humains et avaient leur propre façon de voir les choses. Alors, ils eurent des mots. En fait, leur désaccord fut profond, provocant et irritant ; le mot grec utilisé a donné en français paroxysme, c'est tout dire. Barnabas est celui qui au tout début s'était porté garant de Paul et lui avait ainsi permis de s'introduire dans les Églises. Paul devait beaucoup à son ancien compagnon de mission. Tous deux avaient affronté ensemble d'énormes difficultés et même la mort et maintenant ils étaient en gros froid l'un avec l'autre. Comme ni l'un ni l'autre ne veut céder, ils décident d'œuvrer séparément.
On sait pourtant qu'ils sont demeurés amis malgré leur dispute. D'ailleurs dans ses lettres, Paul parle aussi bien de Marc que de Barnabas en termes positifs. Donc, ce dernier retourne à Chypre parce que c'était sa patrie et qu'il voulait également revoir ce qu'il advenait de l'Église que Paul et lui y avaient implantée. Selon la tradition, il se rendit plus tard en Afrique du Nord. À partir d'ici, il ne sera plus question ni de Marc, ni de Barnabas dans la suite du récit de Luc, ni de l'apôtre Pierre non plus d'ailleurs, comme je l'ai déjà dit. À cause de cette dispute entre les chefs, ce sont deux voyages missionnaires qui auront lieu et non pas un seul.
Je finis ce chapitre.
Paul, de son côté, choisit Silas et partit avec lui, après avoir été confié par les frères à la grâce du Seigneur. Il parcourut la Syrie et la Cilicie en fortifiant les Églises (Actes 15.40-41).
La Cilicie se trouvait en Asie Mineure au centre-sud de la Turquie actuelle. Cette région donnait sur ce qui s'appelle aujourd'hui le golfe d'Alexandrette en Méditerranée. L'Église d'Antioche soutenait la décision de Paul de partir en mission avec Silas. En choisissant cet homme-prophète dont le nom romain était Sylvain, l'apôtre fit un choix judicieux.
Non seulement l'Église d'Antioche le connaissait bien, lui faisait confiance et l'appréciait, mais il était aussi un représentant officiel des frères de Jérusalem puisqu'il fut l'un des deux porte-paroles du concile de Jérusalem. Par ailleurs, étant comme Paul citoyen romain, ils avaient tous deux l'entière liberté de circuler dans tout l'Empire. Paul a donc bien choisi son compagnon de route. Le plan de Dieu est mieux servi si je fais preuve de bon sens dans mes décisions quelles qu'elles soient.