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Émission 339 - Actes 9:3 - 9:29

Diffusé le 17 avril 2008 - ::

Chapitre 9

Versets 3-6

Saul de Tarse, celui qui devint le grand apôtre Paul, s'était engagé dans une politique de terre brûlée. Il conduit une délégation à Damas en Syrie avec la ferme intention d'y détruire l'Église. Mais aux grands maux, les grand remèdes ; le Seigneur Jésus-Christ l'a arrêté dans sa folie furieuse en lui apparaissant et en le frappant de cécité.

Versets 7-9

Je lis dans le chapitre 9 du livre des Actes.

Ses compagnons de voyage restèrent figés sur place, muets de stupeur : ils entendaient bien la voix, mais ne voyaient personne. Saul se releva de terre, mais il avait beau ouvrir les yeux, il ne voyait plus. Il fallut le prendre par la main pour le conduire à Damas. Il resta aveugle pendant trois jours, et ne mangea ni ne but (Actes 9.7-9).

Les compagnons de Saul entendirent bien le son d'une voix, mais n'en distinguèrent pas les paroles. Luc établit un contraste saisissant entre le Saul qui fulminait sur la route, déterminé à se saisir des chrétiens pour les éliminer, et cet homme aveugle qui doit être conduit par la main comme le serait un petit enfant. Maintenant, le futur apôtre Paul aveugle doit attendre jusqu'à ce qu'il reçoive son ordre de mission de la part du Seigneur. Le Saint-Esprit ferma physiquement ses yeux, mais les ouvrit spirituellement afin qu'il voie le Seigneur Jésus. Ces trois jours de cécité furent comme une retraite spirituelle pour lui. Ils furent consacrés à un jeûne d'affliction et un temps de prière et de réflexion. Il vivait un chamboulement intérieur comparable à l'éruption d'un volcan.

Pour la conversion de Saul, l'Esprit du Seigneur utilisa sa connaissance parfaite de l'Ancien Testament ainsi que la prédication d'Étienne qu'il avait entendue et qui sans nul doute l'avait profondément troublé. De plus, je me dis que Saul était peut-être bien hanté par le souvenir des derniers moments d'Étienne. En effet, juste avant qu'on ne le fasse mourir, il avait fixé ses regards sur le ciel et avait dit :

Écoutez : je vois le ciel ouvert et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu (Actes 7.56).

Saul, lui, avait beau euh regardé, il n'avait rien vu, mais en observant le visage rayonnant d'Étienne, il eut la conviction qu'il voyait vraiment quelque chose. Tout cela était gravé dans la mémoire de Saul et le tourmentait sans doute, ce qui expliquerait sa haine démesurée contre les chrétiens.

Versets 10-12

Je continue.

Or, à Damas, vivait un disciple nommé Ananias. Le Seigneur lui apparut dans une vision et lui dit : — Ananias ! — Oui, Seigneur, répondit-il. Et le Seigneur lui dit : — Lève-toi, et va dans la rue que l'on appelle la rue droite et, dans la maison de Judas, demande à voir un nommé Saul, originaire de Tarse. Car il prie et, dans une vision, il a vu un homme du nom d'Ananias entrer dans la maison et lui imposer les mains pour lui rendre la vue (Actes 9.10-12).

Ce genre de vision n'était pas rare dans l'Ancien Testament. C'est de cette manière, par exemple, qu'a commencé la vocation de Samuel, le plus grand juge d'Israël. Une telle révélation était nécessaire à Ananias, car Saul terrifiait tous les chrétiens qui cherchaient surtout à l'éviter. Si le Seigneur lui a parlé en pleine nuit alors qu'il dormait paisiblement du sommeil du juste, le réveil a dû être brutal. Tout ce qu'il a entendu est qu'il devait aller voir le persécuteur. C'est comme si le Seigneur lui demandait d'entrer dans la cage au lion. La rue droite où se trouvait Saul était large d'une trentaine de mètres, et constituait une voie principale qui reliait une porte d'accès à la ville à une autre dans le sens ouest-est.

Versets 13-14

Je continue.

— Mais Seigneur, répliqua Ananias, j'ai beaucoup entendu parler de cet homme ; de plusieurs côtés, on m'a dit tout le mal qu'il a fait à tes saints, ceux qui t'appartiennent à Jérusalem. De plus, il est venu ici muni de pouvoirs, que lui ont accordés les chefs des prêtres, pour arrêter tous ceux qui invoquent ton nom et te prient (Actes 9.13-14).

Il est évident que la nouvelle de la venue de Saul en vue de persécuter les chrétiens de Damas avait précédé son arrivée ; et sa réputation n'était plus à faire. C'est pourquoi on détecte ce manque d'enthousiasme flagrant de la part d'Ananias qui doit sans doute trembler comme une feuille et transpirer à grosses gouttes. On le comprend, car il pense que sa dernière heure vient de sonner. Alors, il donne au Seigneur quelques informations saillantes sur Saul, comme si Dieu ne savait pas tout cela. Mais il faut se mettre à sa place, il est sous le coup d'une forte émotion. Dans son esprit, le Seigneur vient de lui demander d'aller se jeter tout droit dans la gueule du loup.

Ananias utilise la terminologie tes saints pour désigner les croyants. C'est dans ce passage que les disciples du Christ sont pour la première fois appelés ainsi dans le livre des Actes. Selon l'enseignement du Nouveau Testament, l'Église est constituée de gens mis à part et consacrés au Seigneur. C'est ça la signification exacte du mot saint . Le pape Jean-Paul II a béatifié et fait saint un grand nombre de personnes pieuses, mais décédées ; mais le sens que l'Église catholique romaine donne à ce mot est différent de ce qu'il veut dire dans le Nouveau Testament.

Versets 15-16

Je continue le texte.

Mais le Seigneur lui dit : — Va ! car j'ai choisi cet homme pour me servir : il fera connaître mon nom, qui je suis aux nations étrangères et à leurs rois, ainsi qu'aux Israélites. Je lui montrerai moi-même tout ce qu'il devra souffrir pour moi (Actes 9.15-16).

Le Seigneur confirme son ordre, mais dans sa bienveillance explique aussi pourquoi il a appelé Saul à son service. Tout d'abord, il devra porter le nom de Jésus devant trois groupes de personnes. En premier lieu, Paul deviendra l'apôtre des païens. En second lieu dans la suite du récit du livre des Actes, il ira témoigner devant les hauts dignitaires romains, comme les gouverneurs Félix et Porcius Festus, le roi Hérode Agrippa II et l'empereur Néron. En troisième lieu, il servira Dieu auprès de ses frères israélites.

Lorsqu'il se rendait dans une nouvelle ville, la stratégie de Paul consistait d'abord à aller dans la synagogue pour y prêcher le Christ. Cela lui servait de porte d'entrée dans la vie religieuse de la cité. Ensuite, il s'adressait aux non-Juifs avec lesquels il passait le plus clair de son temps et de son énergie. La deuxième raison pour laquelle le Seigneur dit avoir appelé Saul à son service est pour qu'il le glorifie en souffrant pour son nom. Dans une de ses lettres, l'apôtre Paul fait un inventaire partiel de ses souffrances qui montrent bien combien la prédiction de Jésus s'est littéralement réalisée dans sa vie. Je vais citer ce passage tout à fait extraordinaire :

J’ai travaillé davantage, j'ai été plus souvent en prison, j'ai essuyé infiniment plus de coups ; plus souvent, j'ai vu la mort de près. Cinq fois, j'ai reçu des Juifs les « quarante coups moins un ». Trois fois, j'ai été fouetté, une fois lapidé, j'ai vécu trois naufrages, j'ai passé un jour et une nuit dans la mer. Souvent en voyage, j'ai été en danger au passage des fleuves, en danger dans des régions infestées de brigands, en danger à cause des Juifs, mes compatriotes, en danger à cause des païens, en danger dans les villes, en danger dans les contrées désertes, en danger sur la mer, en danger à cause des faux frères. J'ai connu bien des travaux et des peines, de nombreuses nuits blanches, la faim et la soif, de nombreux jeûnes, le froid et le manque d'habits. Et sans parler du reste, je porte mon fardeau quotidien : le souci de toutes les Églises (2Corinthiens 11.23-28).

En lisant cette liste, il est en effet difficile d'imaginer qu'un chrétien n’ait jamais souffert autant que l'apôtre Paul pour le nom de Jésus-Christ.

Verset 17

Je continue le texte.

Ananias partit donc et, arrivé dans la maison, il imposa les mains à Saul et lui dit : — Saul, mon frère, le Seigneur Jésus qui t'est apparu sur le chemin par lequel tu venais, m'a envoyé pour que la vue te soit rendue et que tu sois rempli du Saint-Esprit (Actes 9.17).

Ananias fut le premier à appeler Saul un frère dans la foi. Quel changement ! Il n'est plus l'ennemi à fuir, mais un croyant en Jésus-Christ. Dans ce passage, l'imposition des mains est associée à la guérison de la cécité de Paul et à la plénitude de l'Esprit qu'il reçoit en vue de son futur service pour le Seigneur.

Verset 18

Je continue.

Au même instant, ce fut comme si des écailles tombaient des yeux de Saul et il vit de nouveau. Alors il se leva et fut baptisé (Actes 9.18).

L'aveuglement de Paul, de même que sa guérison, était symptomatique de sa condition spirituelle. Plus loin dans le livre des Actes, il témoigne de sa conversion devant le grand-prêtre et le conseil juif. C'est alors qu'il rapporte que le Seigneur avait donné à Ananias des instructions précises le concernant, dont l'exhortation à se faire baptiser. Le baptême par immersion de Paul était, comme je l'ai déjà dit, un sceau sur sa décision de placer sa confiance totale en Jésus-Christ et non plus dans la pratique stricte du judaïsme des pharisiens.

Versets 19-20

Je continue.

Puis il mangea et reprit des forces. Saul passa quelques jours parmi les disciples de Damas. Et dans les synagogues, il se mit tout de suite à proclamer que Jésus est le Fils de Dieu (Actes 9.19-20).

Les chrétiens de Damas devaient être éberlués. Alors qu'ils s'attendaient à une persécution en règle, voilà que leur bourreau rejoint leurs rangs. Après avoir seulement passé quelques jours avec eux, Paul se met à prêcher aux Juifs que Jésus est leur Messie. Sur la route de Damas, le Christ s'était présenté à Saul sous son nom humain de Jésus. Au vu des circonstances extraordinaires de cette rencontre, Paul avait perçu que cet être de lumière qui s'adressait à lui était d'origine surnaturelle, mais c'est tout. Maintenant, il a compris que Jésus est le Fils de Dieu et donc le Messie.

Cette découverte est devenue le fer de lance de sa prédication. Alors que Saul avait prévu d'aller dans les synagogues de Damas avec des lettres de recommandation l'autorisant à arrêter les croyants, c'est en tant que disciple du Christ qu'il s'y présente. Il a subi une véritable métamorphose.

Versets 21-22

Je continue.

Ses auditeurs n'en revenaient pas. Ils étaient hors d'eux-mêmes. Tous disaient : — Voyons, n'est-ce pas lui qui s'acharnait, à Jérusalem, contre ceux qui, dans leurs prières, invoquent ce nom-là ? N'est-il pas venu ici exprès pour les arrêter et les ramener aux chefs des prêtres ? Mais Saul s'affermissait de jour en jour dans la foi et les Juifs qui habitaient à Damas ne savaient plus que dire, car il leur démontrait que Jésus est le Messie (Actes 9.21-22).

Les Juifs sont en état de choc. Ils n'en croient pas leurs oreilles, mais ne sont pas capables d'argumenter contre la sagesse de Paul. Il faut dire qu'il avait un arrière-plan et des qualités qui l'avaient parfaitement préparé pour le ministère auquel Dieu l'avait appelé. Ainsi, il connaissait parfaitement la langue grecque et l'hébreu. Parce qu'il avait été éduqué à Tarse, une ville universitaire, dirait-on aujourd'hui, la culture grecque et ses philosophies lui étaient très familières. Né d'un père juif qui avait acquis la citoyenneté romaine, il jouissait lui-même de tous les privilèges d'un citoyen romain.

En plus de cela, il était non seulement imbibé de judaïsme, mais aussi versé et très à l'aise dans la théologie de l'Ancien Testament. En effet, il avait étudié à Jérusalem dans les grandes écoles rabbiniques sous la direction du célèbre maître rabbin Gamaliel ; suite à quoi, il était devenu pharisien, adhérant à l'interprétation la plus stricte de la Loi de Moïse. Selon la coutume juive, il avait aussi appris un métier séculier qui lui permettait de subvenir à ses besoins où qu'il aille. Mais en plus de tous ces atouts humains, Dieu lui donna des qualités de chef et une perspicacité hors pair pour tout ce qui concerne la foi chrétienne.

Versets 23-25

Je continue.

Après un certain temps, les Juifs résolurent de le faire mourir. Saul eut vent de leur complot. Jour et nuit, ils faisaient même surveiller les portes de la ville avec l'intention de le tuer. Mais une nuit, les disciples qu'il enseignait l'emmenèrent et le firent descendre dans une corbeille le long du rempart (Actes 9.23-25).

Un des thèmes du livre des Actes qui apparaissent bien dans ce passage est l'opposition des chefs religieux à l'Évangile de Jésus-Christ. Luc comprime le récit et omet le bref séjour de Paul en Arabie, dont il est question ailleurs. En tout cas, les plans de Saul pour éliminer les chrétiens de Damas avaient pris une drôle de tournure. À peine arrivé à destination, il avait été emmené aveugle dans la ville et en repartait environ 3 ans plus tard dans un panier. Ironiquement, c'est lui qui devint l'objet de persécutions. Il faudra qu'il s'y fasse, car le ministère de Paul va provoquer complot sur complot contre sa vie.

Versets 26-28

Je continue.

À son arrivée à Jérusalem, il essaya de se joindre aux disciples. Mais tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas qu'il fût vraiment devenu un disciple. Barnabas le prit avec lui, le conduisit auprès des apôtres et leur raconta comment, sur le chemin de Damas, Saul avait vu le Seigneur, comment le Seigneur lui avait parlé et avec quel courage il avait prêché à Damas au nom de Jésus. Dès lors, il se joignit à eux, allant et venant avec eux à Jérusalem, et parlant ouvertement au nom du Seigneur (Actes 9.26-28).

Fier et talentueux, Saul, jeune pharisien, à l'avenir prometteur et agent honoré du Grand-Conseil de la nation juive, il avait quitté Jérusalem en ennemi implacable du christianisme et avait été envoyé à Damas pour en extirper toute trace en persécutant l'Église à mort. En cours de route, il était devenu chrétien et un disciple zélé du Seigneur. Il revient maintenant un paria pour sa propre nation, son brillant avenir brisé, persécuté et haï des Juifs. Arrivé à Jérusalem il voulut tout naturellement se joindre à l'Église locale, mais il était soupçonné d'être un loup dans la bergerie. Les réticences des chrétiens de Jérusalem rappellent celles d'Ananias et soulignent la réputation d'inquisiteur de Saul et la crainte qu'elle engendrait.

Cependant, sa transformation a été nette : il a reçu l'Esprit, a proclamé que Jésus est le Fils de Dieu et est devenu à son tour l'objet de la persécution de ses compatriotes. Alors qu'il était à Damas, Paul avait eu besoin d'Ananias pour le tirer d'affaire. Maintenant, il lui faut un autre ami qui se porte garant de lui. Ce sera Barnabas. Son nom signifie fils d'encouragement. Et il en fut vraiment un. Ce brave homme devint en quelque sorte le parrain de Paul, jusqu'à ce qu'il puisse voler de ses propres ailes. Quelle bénédiction que d'avoir un ami qui passe son bras autour de mes épaules pour m'encourager quand mon horizon est obscurci.

Versets 29-30

Je continue.

Il avait aussi beaucoup d'entretiens et de discussions avec les Juifs de culture grecque ; mais ceux-là aussi cherchèrent à le faire mourir. Quand les frères l'apprirent, ils le conduisirent jusqu'à Césarée et, de là, le firent partir pour Tarse (Actes 9.29-30).

Tarse se trouve en Asie Mineure, au centre-sud de la Turquie, proche du golfe d'Alexandrette en Méditerranée. Paul témoigne de Jésus-Christ aux Juifs ayant un arrière-plan grec, poursuivant ainsi l'œuvre d'Étienne dont il avait précédemment approuvé le meurtre. Quel retournement de situation ! Mais comme l'argumentation de Paul est trop solide pour eux, un nouveau complot se trame contre lui en coulisse et il doit à nouveau s'enfuir, pour sa ville natale cette fois-ci. Peut-être y avait-il de la famille, mais il n'en parle jamais.

L'apôtre Paul ne connaîtra jamais une vie de repos, style Club Méditerranée. Son existence va se composer d'une suite incessante de dangers, de coups, de complots et d'emprisonnements. Sa conversion est l'un des événements les plus importants du livre des Actes. Elle est d'ailleurs racontée à nouveau à deux autres reprises par Luc. Ce changement radical de direction a conduit Saul d'un rôle de persécuteur de l'Église à celui de prédicateur zélé et puissant de l'Évangile de Jésus-Christ.

Les circonstances extraordinaires qui ont entraîné la métamorphose de Saul de Tarse sont tout à fait inhabituelles. Car ce n'est pas une simple vision ou un ange qui lui est apparu, mais le Seigneur lui-même. D'ailleurs, Paul considérera cette apparition de Jésus ressuscité équivalente à celle qu'ont vue et vécue les autres apôtres. Il y puisera le fondement même de son apostolat.