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Émission 326 - RUTH 3:8 - 4:7

Diffusé le 31 mars 2008 - ::

Chapitre 3

Versets 8-9

Dans le livre de Ruth, Noémi est revenue au pays après que son mari et ses deux fils soient morts. Mais l'Éternel a veillé sur le bien-être de ces deux femmes. Le mot hébreu pour veuve veut dire celle qui est muette. Apparaît Booz, un parent qui possédait le droit du lévirat, celui de racheter les biens de Noémi et de l'épouser. Il accepte la requête de Ruth qui lui a demandé sa protection. Il va donc parler pour ces deux femmes qui étaient incapables de se défendre.

Verset 10

Je continue le texte du chapitre 3 dans lequel Booz répond à la requête de Ruth.

Que l'Éternel te bénisse, ma fille, lui dit-il. Ce que tu viens de faire est une preuve d'amour envers ta belle-mère encore plus grande que ce que tu as déjà fait. En effet, tu aurais pu courir après les jeunes hommes, qu'ils soient pauvres ou riches (Ruth 3.10).

Le souci de Ruth d'obtenir la protection de Booz par le mariage, ainsi qu'une descendance, est directement en rapport avec son affection pour sa belle-mère. En effet, Noémi sera, elle aussi, au bénéfice de la nouvelle situation. Le texte semble indiquer que Ruth aurait déjà pu trouver un jeune mari si elle avait voulu. Mais par loyauté envers sa belle-mère, son premier mari et la famille d'Élimélek, elle était prête à épouser un vieil homme.

Versets 11-12

Je continue.

Maintenant, ma fille, ne t'inquiète pas : je ferai pour toi tout ce que tu demandes, car tous les gens de l'endroit savent que tu es une femme de valeur. Il est vrai que j'ai envers toi la responsabilité d'un proche parent, mais il existe un parent plus direct que moi (Ruth 3.11-12).

Ruth était très intimidée par cet homme important. Alors, les paroles de Booz se veulent apaisantes. Il la rassure, lui disant qu'il fera tout ce qu'elle demande. Il semble qu'il avait même anticipé cette requête de Ruth et en avait examiné les ramifications légales. L'auteur met en parallèle Ruth, une femme de valeur, et Booz qu'il nous a introduit en disant :

Noémi avait un parent du côté de son mari, un homme riche et de valeur (Ruth 2.1).

Le même mot hébreu, traduit par valeur, est utilisé pour décrire la personnalité de ces deux personnages. En outre, cette remarque admirative de Booz montre qu'il n'a pas l'intention d'épouser Ruth uniquement par devoir, mais qu'il l'apprécie en tant que personne, car elle est à ses yeux de caractère noble et avait par ailleurs une excellente réputation dans Bethléhem.

Cependant, il y a une complication. Quelqu'un du village a priorité sur lui. Néanmoins, il promet qu'il allait faire le nécessaire pour que Ruth puisse se marier à l'intérieur du clan de son premier mari. Il est bien décidé à assurer son avenir. Cela veut dire que si le parent proche refuse de l'épouser, alors lui, Booz le fera.

Verset 13

Je continue.

Passe ici la fin de la nuit, et demain matin nous verrons si cet homme veut s'acquitter envers toi de sa responsabilité de proche parent. Si oui, qu'il le fasse. S'il refuse, je te promets, aussi vrai que l'Éternel est vivant, que je m'en acquitterai envers toi. En attendant, reste couchée jusqu'au matin ! (Ruth 3.13).

Ce Booz est vraiment quelqu'un de sympathique. D'une part, il respecte la priorité du parent proche, et d'autre part il permet à Ruth de rester sous sa protection jusqu'au petit matin. Il ne voulait pas la renvoyer en pleine nuit, car les chemins étaient particulièrement dangereux à cette époque. Non seulement il y avait les rôdeurs, mais aussi beaucoup d'animaux sauvages en Palestine. De plus, Booz va veiller à ce que cette affaire aboutisse dans les plus brefs délais. Il s'engage par serment à préserver Noémi et Ruth de la pauvreté et à leur donner une descendance, ce qui était de la plus haute importance en Israël.

Versets 14-15

Je continue.

Elle resta couchée à ses pieds jusqu'au matin, puis elle se leva au petit jour avant que l'on puisse se reconnaître, car Booz avait dit : Il ne faut pas que l'on sache qu'une femme est venue sur l'aire. Avant qu'elle parte, il lui dit : — Donne la cape que tu portes, tiens-la bien ! Elle la tint ainsi, et il y versa vingt-cinq litres d'orge et l'aida à les charger sur elle, puis elle rentra à la ville (Ruth 3.14-15).

Avant que les routes et les champs ne grouillent de monde, Ruth rentre chez elle en douce dé, sans se faire remarquer. En effet, et bien que rien d'immoral ne se soit passé, ce n'était pas la peine de provoquer des commérages nuisibles dans Bethléhem. Mais avant de partir, Booz lui donne encore presque 20 kg d'orge. Ce don est une façon de remercier Ruth d'être venue pour le demander en mariage en quelque sorte. Ça fait un peu bizarre à dire, mais c'est bien exact. Il verse les céréales dans sa cape qui était un grand morceau d'étoffe qui enveloppait toute la personne. Elle était faite d'un tissu grossier, mais très solide qui servait d'habit, de couverture, de porte-tout et à d'autres usages. Elle a probablement placé ce paquet sur sa tête et s'est mise en route. Je m'imagine que Ruth devait être bien gaie et rayonnante alors qu'elle rentrait d'un pas vif, impatiente de tout raconter à Noémi.

Versets 16-18

Je continue jusqu'à la fin du chapitre.

Quand elle arriva chez sa belle-mère, celle-ci lui demanda : — Comment les choses se sont-elles passées, ma fille ? Alors Ruth lui raconta tout ce que cet homme avait fait pour elle. Elle ajouta : — Il m'a même donné ces vingt-cinq litres d'orge, car il m'a dit : « Tu ne retourneras pas les mains vides auprès de ta belle-mère. » Noémi lui dit : — Maintenant, ma fille, reste là jusqu'à ce que tu saches comment les choses tourneront, car cet homme ne se donnera aucun répit avant d'avoir réglé cette affaire aujourd'hui (Ruth 3.16-18).

Noémi est convaincue que Booz va s'occuper activement de l'affaire et garantir l'avenir de sa belle-fille d'une manière ou d'une autre. Mais elle n'est pas oubliée non plus, puisque c'est à son intention qu'il a donné cet orge. Ce don était une façon d'exprimer sa reconnaissance envers sa parente pour avoir pensé à lui en lui demandant d'exercer son droit de rachat sur Ruth.

À partir de maintenant, Noémi peut dormir sur ses deux oreilles. Cet homme puissant et riche va assurer l'avenir et subvenir aux besoins des deux veuves et même aller au-delà puisqu'il est prêt à leur assurer une descendance en se mariant avec Ruth. De cette façon, que ce soit par lui ou par le parent le plus proche, les deux veuves vont être tirées d'affaire. D'une part, elles vont sortir de la misère, et d'autre part, la possibilité existera de donner une descendance à Noémi et à la famille d'Élimélek.

Ainsi, son nom ne s'éteindra pas. Selon la loi, le premier fils de Ruth, issu de cette nouvelle union, sera considéré comme le fils de Mahlôn, son premier mari défunt, pour perpétuer son nom et hériter de son patrimoine. Cette histoire a certes une composante romantique, mais il est étonnant de constater combien les gens de cette époque étaient terre-à-terre. Cet empressement à assurer une lignée coûte que coûte me fait un peu penser au temps où les paysans amenaient le taureau aux vaches en chaleur afin d'obtenir des veaux. Et ça, c'est beaucoup moins romantique. Mais au moins, les gens ne pratiquaient pas l'insémination artificielle.

Chapitre 4

Verset 1

Nous voici arrivés au chapitre 4 du livre de Ruth, où a lieu le dénouement de cette charmante histoire. Le récit dépeint de manière vivante la façon dont s'effectuaient les transactions juridiques en Israël. Je commence à lire.

Booz se rendit à la porte de la ville, et il y prit place. Quand le plus proche parent, dont il avait parlé et qui avait le devoir de s'occuper de Ruth vint à passer, Booz lui dit : — Un tel ! Viens donc t'asseoir ici ! L'homme s'approcha et s'assit (Ruth 4.1).

Booz se rend à la porte qui permettait de pénétrer à l'intérieur de la ville fortifiée. C'était le lieu habituel où l'on réglait les affaires civiles et personnelles, les différends entre les individus, les tractations commerciales et où l'on prononçait les jugements qui faisaient loi. Booz lui-même était sans aucun doute un des notables qui siégeaient à l'entrée de Bethléhem.

C'est alors qu'arrive, dans le hasard de Dieu, le plus proche parent des deux veuves, celui qui a la priorité de rachat des propriétés et de Ruth. L'auteur ne nous donne pas son nom volontairement, afin d'éviter que par la suite, des mauvaises langues le découpent en lanières.

Verset 2

Je continue.

Booz fit approcher dix hommes parmi les responsables de la ville et leur demanda de s'asseoir avec eux (Ruth 4.2).

Booz convoque un tribunal d'audience. Il fallait un quota, un certain nombre de responsables pour qu'il soit officiel et que les affaires traitées deviennent loi. C'étaient les responsables de la ville, aussi appelés anciens qui faisaient office de juges. Ici, ils servent de témoins à la transaction entre Booz et le plus proche parent de Ruth. Les deux femmes avaient œuvré pour en venir là, pour que leur cause soit présentée, entendue et décidée devant cette cour locale composée des notables de Bethléhem. L'heure était sérieuse et une décision publique devait être prise concernant l'avenir de Ruth la Moabite et de Noémi.

Verset 3

Je continue.

Lorsqu'ils se furent installés, il s'adressa ainsi au plus proche parent : — Noémi, qui est revenue du pays de Moab, met en vente le champ d'Élimélek, notre parent (Ruth 4.3).

Booz avait soigneusement préparé sa stratégie. Il présente pas à pas la situation aux anciens du village. La plupart des terres appartenant au mari de Noémi avaient déjà été vendues avant leur départ pour le pays de Moab. Le plus proche parent a non seulement le droit, mais la priorité pour les racheter, en même temps que le champ que Noémi vient tout juste de mettre en vente. Afin que ces propriétés restent dans la lignée d'Élimélek, c'est le devoir d'un de ses membres de les acquérir pour éviter que le patrimoine familial en soit amputé.

Verset 4

Je continue.

J'ai pensé t'en informer et te proposer de le racheter par-devant les habitants de la ville et les responsables de mon peuple ici présents. Si tu veux exercer ton droit de rachat, fais-le. Sinon, déclare-le-moi, que je le sache, car tu viens en premier lieu pour disposer du droit de rachat, et je viens directement après toi. L'homme lui répondit : — Oui, je veux le racheter (Ruth 4.4).

Ce proche parent est fin prêt à racheter ce beau champ ainsi que les autres propriétés qui avaient déjà été vendues. Il trouve certainement que ces terres constituent un ajout non négligeable à son patrimoine familial. Ce surcroît de valeur donné à ses possessions va également augmenter son influence dans le village. Il sort son carnet de chèques quand Booz reprend la parole pour lui donner une vue plus complète des choses.

Verset 5

Je continue.

Booz poursuivit : — Si tu acquiers le champ de la main de Noémi, tu prendras pour femme Ruth la Moabite, la veuve du défunt, pour donner au défunt une descendance qui héritera de son patrimoine (Ruth 4.5).

Ah oui, dit Booz, j'avais presque oublié un petit détail : aux terres de Noémi s'ajoute bien sûr Ruth, la Moabite qu'il te faut épouser. La cour est en session et tous les regards des notables comme un seul homme pointent en direction de ce parent proche. Lui, il vient de prendre un grand coup de massue derrière les oreilles. Il ne s'attendait pas à ça. Il reprend doucement ses esprits et la parole.

Verset 6

Je continue.

Dans ces conditions, dit le plus proche parent, je ne peux pas racheter pour mon compte, car je ferais tort à mon propre patrimoine. Reprends donc à ton compte mon droit de rachat, car je ne puis en profiter moi-même (Ruth 4.6).

Adieu, veaux, vaches et cochons, se dit le parent proche. Je viens de perdre toutes ces belles propriétés. Le prix était décidément trop élevé. En effet, cet homme aurait dû acheter les propriétés de la famille d'Élimélek, le mari défunt de Noémi, avec ses propres deniers et pourvoir aux besoins de sa nouvelle épouse. C'est ce qu'exigeait la Loi. Il aurait ainsi entamé ses biens, sans pour autant que cette nouvelle acquisition appartienne à sa lignée, puisque le champ et autres terres devaient éventuellement revenir à la famille d'Élimélek. Ce n'est pas tout. Les enfants de Ruth dont il serait le père auraient eux aussi droit à une partie de son patrimoine. Ça change toutes les données du problème.

Comme il est avant tout un bon homme d'affaires, étant sur terre d'abord pour faire du fric et agrandir son patrimoine, faire du social, ce n'est pas son truc. Il n'en est pas question. Avoir Ruth une Moabite pour femme allait corrompre son sang, dégrader sa postérité, écorner l'héritage de ses descendants, car il y a de fortes chances qu'il était déjà marié et avait des enfants. Cet homme n'était aucunement prêt à ouvrir son cœur et son porte-monnaie.

Ce refus raisonné souligne encore davantage la générosité et la loyauté de Booz, qui assume son rôle de rédempteur et vient au secours des deux veuves et de leur lignée. Ce personnage sympathique préfigure Jésus-Christ en ce qu'il est le sauveur de ces femmes complètement démunies. Il est prêt à tous les sacrifices pour garantir leur bien-être et s'est occupé de toutes les démarches administratives de l'époque afin d'assurer leur rachat. Les deux veuves n'ont plus qu'à se reposer sur Booz en lui faisant entièrement confiance. C'est ce que Noémi avait d'ailleurs fait remarquer à sa belle-fille lorsqu'elle lui a dit :

Sois tranquille, ma fille, jusqu'à ce que tu saches comment finira la chose, car cet homme ne se donnera point de repos qu'il n'ait terminé cette affaire aujourd'hui (Ruth 3.18).

Versets 7-8

Je continue le texte.

Autrefois, en Israël, lorsqu'on procédait à un rachat ou à un échange de biens, la coutume voulait que l'un des contractants ôte sa sandale et la donne à l'autre pour valider la transaction. Ainsi, l'homme qui avait le droit de rachat dit à Booz : « Acquiers le champ », et il retira sa sandale (Ruth 4.7-8).

Dans les pays orientaux, la sandale est symbole de possession. Une transaction légale était confirmée, non pas en signant un morceau de papier, mais par un geste symbolique saisissant dont les autres témoins se souviendraient. Ainsi, conférer un droit ou une propriété à quelqu'un était conclu par le vendeur en donnant sa sandale à l'acheteur. La Loi de Moïse donne d'ailleurs le protocole exact à suivre lorsqu’un frère refuse d'exercer son devoir de rédempteur envers sa belle-sœur dans le cadre du lévirat. Je lis le passage.

Si cet homme n'a pas envie d'épouser sa belle-sœur, elle se rendra à la porte de la ville vers les responsables et leur dira : Mon beau-frère refuse de perpétuer le nom de son frère en Israël, il ne veut pas remplir son devoir de beau-frère. Alors les responsables de la ville le convoqueront et lui parleront. S'il persiste dans son refus d'épouser sa belle-sœur, celle-ci s'approchera de lui en présence des responsables, elle lui ôtera sa sandale et lui crachera au visage ; puis elle déclarera à haute voix : Voilà comment doit être traité l'homme qui ne veut pas constituer une famille pour son frère ! Dès lors, on surnommera la famille de cet homme en Israël « la famille du Déchaussé » (Deutéronome 25.7-10).

Si Noémi avait encore été en âge d'avoir des enfants, elle se serait elle-même rendue à la porte où siégeaient les notables et aurait suivi exactement le protocole que prescrit la loi du lévirat. Celui-ci était particulièrement déshonorant. Voilà pourquoi l'auteur du livre de Ruth ne nous donne pas le nom de ce déchaussé ni son degré de parenté. Tout laisse supposer qu'il était le beau-frère de Noémi et donc l'oncle de Ruth. La discrétion du texte épargne à cet homme et à toute sa lignée après lui de porter une tare à perpétuité.

Pour la petite histoire, des découvertes archéologiques qui s'appellent : les tablettes de Nouzi , et qui sont des documents akkadiens du milieu du 2e millénaire av. J-C, font état de coutumes semblables au lévirat. Après avoir donné sa sandale à Booz, ce parent proche, sans nom est maintenant déchaussé. Il s'estompe du récit et ne réapparaît plus nulle part dans les Textes Sacrés. Il en aurait été tout autre s'il avait accepté d'assumer sa responsabilité de proche parent de Noémi. Il a choisi son propre intérêt et disparaît donc à tout jamais.

Les Écritures reconnaissent et proclament bien haut la fidélité de ceux qui placent leur confiance en l'Éternel et qui désirent la gloire de son nom avant l'avancement de leur petite personne et la multiplication de leurs avantages matériels.