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Émission 324 - RUTH 2:2 - 2:20

Diffusé le 27 mars 2008 - ::

Chapitre 2

Verset 2

Le livre de Ruth raconte une histoire des plus charmantes, mais qui se déroule durant l'époque particulièrement troublée des chefs Juges, où chacun faisait comme bon lui semblait. Après la mort de son mari et de ses deux fils, Noémi, une Israélite originaire du village de Bethléhem, est revenue du pays de Moab dans la terre de ses ancêtres. Sa belle-fille Ruth, bien qu'étrangère, a choisi de l'accompagner par amour pour elle.

Afin de subvenir à leurs besoins, ils utilisent leur droit de grappillage, qui consiste à passer derrière ceux qui font les récoltes et ramasser ce qui a été laissé sur place spécifiquement pour les démunis. Ruth n'a pas peur du soleil et tôt matin, elle se rend dans les champs afin d'y chercher des gerbes laissées derrière eux par les moissonneurs.

Verset 3

Je continue la lecture dans le chapitre 2.

Il arriva par hasard qu'elle se trouvait dans un champ appartenant à Booz, ce parent d'Élimélek (Ruth 2.3).

Les Textes Sacrés n'enseignent jamais le fatalisme, c'est-à-dire, que ma vie est programmée d'avance sans que je puisse en altérer le cours. Par contre, les Écritures ne nient pas l'existence du hasard, c'est-à-dire la rencontre fortuite d'un ensemble de circonstances sans lien de causalité entre elles. Cependant, Dieu est souverain, ce qui veut dire que rien ne se fait dans son univers sans son autorisation. C'est lui qui conduit ma destinée, mais sans pour autant empiéter sur ma liberté et ma responsabilité.

Au niveau humain, je ne peux pas vraiment réconcilier dans ma tête le fait que la volonté divine d'une part et la possibilité de faire mes propres choix d'autre part marchent main dans la main. Ce que je sais, c'est que ces deux composantes se situent sur des plans différents ; l'une se passe dans le royaume de Dieu, et l'autre ici-bas sur terre. Tant que je les considère dans leur propre sphère, alors j'évite la confusion. Ce n'est que si je ramène ces deux réalités au niveau de ma compréhension humaine, qu'elles se contredisent.

Cela dit, je ne peux pas comprendre comment la volonté divine et ma liberté humaine, aussi vraies l'une que l'autre, peuvent fonctionner ensemble. C'est un mystère qui ne nous a pas été révélé. Les Écritures affirment que bien des vérités sont hors de ma portée, comme le dit le texte suivant :

Les choses cachées sont à l'Éternel, notre Dieu ; les choses révélées sont à nous et à nos enfants, à perpétuité, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette loi (Deutéronome 29.28).

Tout ça pour dire que Dieu se sert des circonstances et des gens, des bons et des méchants, pour réaliser ses desseins. Donc, Ruth sort de chez elle, descend la colline et là s'étendent des champs avec des moissonneurs. Comment a-t-elle choisi celui de Booz ? Elle ne savait rien de lui, ni même qu'il était un grand propriétaire terrien. Peut-être même ignorait-elle jusqu'à son existence. Nous savons à ce moment du récit que ces deux personnages ne se connaissaient pas. D'un point de vue humain, c'est par pur hasard que Ruth choisit d'aller glaner dans le champ qui appartient à la parenté de sa belle-mère. La suite va montrer que c'est la main de Dieu qui dirigeait tout.

Versets 4-7

Je continue le texte.

Un peu plus tard, Booz lui-même vint de Bethléhem et salua les moissonneurs en leur disant : — Que l'Éternel soit avec vous ! Ils lui répondirent : — Que l'Éternel te bénisse ! Booz demanda au serviteur qui était responsable des moissonneurs : — À qui est cette jeune femme ? Le responsable des moissonneurs lui répondit : — C'est la jeune Moabite qui est revenue avec Noémi des plaines de Moab. Elle nous a demandé la permission de glaner les épis entre les gerbes derrière les moissonneurs. Elle est venue ce matin et, depuis, elle a été à pied d'œuvre jusqu'à maintenant et s'est à peine reposée un instant (Ruth 1.4-7).

Booz rend visite à ses serviteurs et leurs salutations témoignent de leur piété au moins en apparence. Ça commence bien. Puis, il remarque la jeune femme, qu'il n'avait jamais vue auparavant, et qui glanait en y mettant tout son cœur. Le texte souligne l'ardeur au travail de Ruth, car elle est décidée à pourvoir aux besoins de sa belle-mère.

Versets 8-9

Je continue.

Booz dit à Ruth : — Écoute bien, ma fille : Ne va pas glaner dans un autre champ ; reste ici et suis mes servantes ! Regarde bien où mes hommes moissonneront et suis les femmes qui ramassent les épis. J'ai interdit à mes serviteurs de t'ennuyer. Et si tu as soif, va boire aux cruches qu'ils ont remplies (Ruth 2.8-9).

Les hommes coupaient d'abord les tiges ; ensuite, les femmes ramassaient les épis et les liaient en javelles ; puis les glaneuses récupéraient ce qui avait été laissé sur place. Booz dit à Ruth : Écoute bien, ma fille . Il s'adresse à elle comme si c'était son enfant, car il pourrait être son père, étant plus proche de l'âge de Noémi que de celui de Ruth qui était encore une jeune femme. Il lui donne aussi les mêmes droits qu'à son personnel. Elle peut se servir à boire comme ses servantes et demeurer avec elles tout en glanant.

Il est particulièrement charitable, car d'habitude les pauvres suivaient les moissonneurs de très loin, afin de ne pas les gêner dans leur travail. De plus, il donne des ordres pour qu'on la laisse en paix. En effet, Ruth était étrangère et peut-être bien jolie, ce qui aurait pu attirer toute sorte de remarques désobligeantes de la part des serviteurs. Les hommes étaient plutôt machos à cette époque et un peu rustres envers les femmes qu'ils considéraient comme une commodité.

Verset 10

Je continue le texte.

Ruth s'inclina jusqu'à terre, se prosterna et lui dit : — Pourquoi m'accueilles-tu avec tant de faveur et t'intéresses-tu à moi qui ne suis qu'une étrangère ? (Ruth 2.10).

Dans l'introduction de ce livre, j'ai dit que l'auteur utilisait pas mal de jeux de mots dans son histoire. Il y en a ici et là en hébreu comme dans ce texte, mais il est impossible de les rendre en français. Ruth est donc très surprise par cette faveur toute spéciale de la part de cet homme important et répond par un signe de profond respect. Cette attitude d'humilité, courante dans le Moyen-Orient ancien, est fréquemment mentionnée dans les Écritures.

En tant que Moabite, elle s'attendait à de l'animosité de la part des Israélites. C'est tout le contraire qui se passe, et elle est fort reconnaissante pour ce traitement de faveur de la part du seigneur des lieux. Cependant, elle cherche à en comprendre le pourquoi.

Verset 11

Je continue.

Booz lui répondit : — On m'a bien raconté tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari. Je sais que tu as quitté ton père et ta mère et ton pays natal pour venir vivre chez un peuple que tu ne connaissais pas auparavant (Ruth 2.11).

Ces paroles rappellent celles que Dieu adressa à Abraham lorsqu'il lui a dit de quitter sa patrie. Je cite le passage.

L'Éternel dit à Abraham : Va, quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père pour te rendre dans le pays que je t'indiquerai (Genèse 12.1).

Les nouvelles concernant l'arrivée de Noémi et de Ruth avaient fait le tour de la petite bourgade de Bethléhem en un rien de temps. Alors, Booz savait tout concernant cette Moabite. On apprend en passant que les parents de Ruth étaient encore en vie, ce qui donne d'autant plus de valeur à son départ du pays de Moab et à son attachement à Noémi. Elle a véritablement coupé avec sa patrie et affectivement quitté sa famille pour se rendre en Israël.

Booz montre de la bienveillance envers Ruth parce qu'elle-même s'est montrée particulièrement compatissante envers sa belle-mère, qui est de sa parenté par Élimélek, son mari décédé. De plus, le fait que Ruth soit Moabite ne le gêne certainement pas, parce que lui-même est un arrière-petit-fils de Rahab, la prostituée cananéenne qui accueillit les espions israélites et les cacha. Cette histoire est racontée dans le livre de Josué.

Verset 12

Je continue le texte.

Que l'Éternel te récompense pour ce que tu as fait et que le Dieu d'Israël, sous la protection duquel tu es venue t'abriter, t'accorde une pleine récompense ! (Ruth 2.12).

Comme je l'ai déjà dit, la démarche que Ruth a faite de s'attacher à Noémi n'est pas une petite chose, mais un véritable engagement à vie. En renonçant à sa patrie et aux idoles des Moabites et en choisissant l'Éternel, Ruth s'est placée au bénéfice de l'alliance que Dieu a conclue avec Israël. Elle est donc sous sa protection. C'est pourquoi Booz prononce une bénédiction sur elle.

Verset 13

Je continue.

Ruth dit : — Mon maître, tu m'accueilles avec tant de faveur que j'en suis réconfortée. Tes paroles me touchent, moi ta servante, bien que je ne sois pas même au rang de tes servantes (Ruth 2.13).

Noémi, à ce qu'on sache, n'a donné aucun encouragement à Ruth. Au contraire, elle a tout fait pour qu'elle ne vienne pas à Bethléhem, voulant sans doute lui éviter toutes sortes de désagréments dus à son origine ethnique. Mais les choses tournent plutôt bien. Ruth est récompensée pour sa compassion envers sa belle-mère par cet homme puissant qui la prend sous sa protection. Cela a dû lui faire chaud au cœur, parce qu'elle s'attendait à tout sauf à de la bienveillance.

Verset 14

Je continue.

À l'heure du repas, Booz lui dit : — Approche-toi et viens prendre un morceau de pain. Trempe-le dans la vinaigrette ! Alors elle s'assit à côté des moissonneurs, et Booz lui offrit des épis grillés. Elle en mangea à satiété et garda le reste (Ruth 2.14).

Booz savait très bien que Ruth venait ramasser ce qui est laissé aux pauvres, non seulement pour elle-même, mais pour sa belle-mère. Il est véritablement touché par la bonté de cette jeune Moabite dont il admire la générosité. C'est pourquoi il se montre de plus en plus gentil avec elle et ne la laisse pas se débrouiller toute seule. Il l'invite au bon repas préparé pour ses serviteurs. En fait, elle est même mieux traitée que les autres puisqu'il lui donne davantage de nourriture que ce qu'elle peut manger. C'était pour Booz une façon indirecte de pourvoir aux besoins de Noémi, sa parente par alliance, sans l'humilier en lui faisant la charité.

Versets 15-16

Je continue.

Quand elle retourna pour glaner, Booz ordonna à ses serviteurs : — Permettez-lui aussi de glaner entre les gerbes sans la rabrouer ! Laissez même tomber exprès pour elle quelques épis des javelles et abandonnez-les pour qu'elle puisse les ramasser ! Et ne lui faites pas de reproches ! (Ruth 2.15-16).

Ruth retourne glaner. Alors, Booz se montre encore davantage généreux envers elle. Il va bien au-delà de ce que requiert la Loi afin de lui permettre de faire une abondante récolte.

Verset 17

Je continue.

Ainsi Ruth glana dans le champ jusqu'au soir, puis elle battit ce qu'elle avait ramassé. Il y avait quarante litres d'orge (Ruth 2.17).

Normalement, le grain était foulé par les animaux, mais en petite quantité on le battait au fléau. À la tombée de la nuit, Ruth a presque récolté 30 kg d'orge. Ce fut une dure journée de labeur, mais aussi extrêmement profitable. Les deux veuves ne vont pas mourir de faim, surtout que ce n'est que le début de la moisson et qu'elle sera suivie par celle du blé.

Versets 18-19

Je continue.

Elle l'emporta, rentra au village et montra à sa belle-mère ce qu'elle avait ramassé. Elle sortit aussi les épis qui restaient de son repas de midi après qu'elle se fut rassasiée et les lui donna. Sa belle-mère lui demanda : — Mais où donc as-tu glané aujourd'hui ? Dans quel champ as-tu travaillé ? Que l'Éternel bénisse celui qui a eu pour toi tant d'attention ! Alors Ruth raconta à sa belle-mère chez qui elle avait travaillé et lui apprit qu'il s'appelait Booz (Ruth 2.18-19).

Noémi est surprise par la quantité d'orge et le copieux repas de midi qui lui est présenté. Elle se rend compte que Ruth est tombée sur un propriétaire qui était bien généreux. Les ténèbres de Noémi commencent à se dissiper et elle aperçoit une lumière au fond de sa nuit de chagrins. Elle sait qu'elle peut compter sur Ruth, et le généreux personnage rencontré au gré du hasard est de la famille.

Verset 20

Je continue.

Noémi dit à sa belle-fille : — Que l'Éternel le bénisse ! L'Éternel n'a cessé d'être bon envers nous les vivants comme il l'a été envers ceux qui sont morts. Puis elle ajouta : Cet homme est notre proche parent, l'un de ceux qui ont envers nous le droit de rachat (Ruth 2.20).

Noémi reconnaît que malgré ses malheurs, l'Éternel ne l'a pas oubliée. Dans cette rencontre providentielle entre Ruth et Booz, elle discerne la main de Dieu et voit renaître son espérance. Ce riche propriétaire est un proche parent, sans doute un cousin de son mari Élimélek et un de ceux qui ont le droit d'acheter les terres qui appartiennent à Noémi. Comme toutes les familles de toutes les tribus d'Israël, son mari Élimélek possédait un héritage qui lui était revenu en propre lors du partage du pays effectué par Josué. Mais lors d'une famine qui s'était prolongée, Élimélek fut certainement obligé d'en vendre une partie ; suite à quoi, il quitta Israël avec femme et enfants pour immigrer dans le pays de Moab.

Il est vrai que selon la Loi de Moïse toutes les possessions d'Élimélek seraient éventuellement retournées à la famille initialement propriétaire lors de la fête du Jubilé. Cette disposition légale est une des merveilles des ordonnances divines qui régissaient la société civile agraire israélite et sur laquelle je voudrais m'étendre un peu. Le texte de loi concernant le Jubilé et l'année sabbatique expose des principes vieux de 3000 ans. Ils me paraissent cependant révolutionnaires et je pèse bien mes mots. Je lis le passage :

Vous compterez sept années de repos, soit sept fois sept ans, c'est-à-dire une période de quarante-neuf ans. Le dixième jour du septième mois, le Jour des expiations, vous ferez retentir le son du cor à travers tout le pays. Vous déclarerez année sainte cette cinquantième année et, dans tout le pays, vous proclamerez la libération de tous ses habitants. Ce sera pour vous l'année du jubilé ; chacun retrouvera la possession de sa terre, et chacun retournera dans sa famille. La cinquantième année sera donc pour vous l'année du jubilé : vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas ce que les champs auront produit d'eux-mêmes durant cette année, et vous ne vendangerez pas la vigne non taillée, car c'est l'année du jubilé ; vous la tiendrez pour sainte ; vous mangerez ce qui aura poussé dans les champs. En cette année jubilaire, chacun de vous retournera dans sa propriété. Si donc vous vendez une propriété à votre compatriote, ou si vous en achetez une de lui, qu'aucun de vous ne lèse son compatriote. Vous fixerez le prix d'achat ou de vente d'une terre en tenant compte du nombre d'années écoulées depuis le dernier jubilé, et donc du nombre d'années de récolte jusqu'au prochain jubilé. Selon qu'il reste plus ou moins d'années, le prix d'achat sera élevé ou faible, car, en fait, ce qui est vendu, c'est un certain nombre de récoltes. Que nul de vous ne lèse donc son prochain, mais montrez que vous révérez votre Dieu ; car je suis l'Éternel, votre Dieu. Vous obéirez à mes commandements, vous observerez mes lois et vous les appliquerez ; ainsi vous demeurerez dans le pays en sécurité ; et la terre vous donnera ses fruits, vous mangerez à satiété et vous mènerez une existence paisible (Lévitique 25.8-19).

Le chanteur britannique John Lennon a composé un tube à grand succès qui s'appelle Imagine. J'aime bien cette chanson parce qu'elle fabrique un monde idyllique qui me fait penser à ce que l'Éternel avait en vue lorsqu'il a instauré pour Israël l'année sabbatique pour la terre tous les 6 ans et l'année du Jubilé tous les 49 ans. Déjà tous les 6 ans, les terres étaient laissées en friche. Durant ce repos sabbatique, les indigents pouvaient librement aller récolter ce qui avait poussé tout seul dans les champs. L'Éternel rappelait ainsi à son peuple qu'il n'était que locataire sur ce sol dont Lui, Dieu, était le vrai propriétaire. Cette pratique avait pour but de créer chez l'Israélite un état d'esprit de dépendance, de confiance, de reconnaissance et par là même aussi de compassion et de bienfaisance envers autrui.

De nos jours, les ventes sont définitives et les locations se font au moyen d'un bail, mais l'Éternel avait une meilleure idée. Après un cycle de sept fois sept années révolu, on célébrait l'année du Jubilé. Cette fête revenait ainsi tous les cinquante ans, deux par siècles. Non seulement, en cette année-là, la terre se reposait comme lors des repos sabbatiques, mais les propriétés qui avaient été hypothéquées retournaient à leurs propriétaires ancestraux. D'autre part, les Israélites qui avaient été obligés de se vendre ou plutôt de se louer comme travailleurs forcés recouvraient leur liberté, et cela, quels que fussent leurs maîtres, Israélites ou étrangers établis dans le pays. Ça, c'est du vrai progrès social ! Un vrai coup de génie prévu par la Loi de Moïse ! Je rêve à ce que notre monde pourrait être si ce système de répartition des richesses était étendu à l'ensemble de la planète. Et pourquoi ne pas commencer par la France ?