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Diffusé le 26 mars 2008 - ::
L'histoire du livre de Ruth est tissée sur le fond sordide de l'époque des chefs Juges. Israël avait alors sombré dans l'idolâtrie la plus grotesque. Le faux dieu Baal, en particulier, était considéré comme le propriétaire du pays. Les Cananéens et bon nombre d'Israélites croyaient qu'il avait des rapports sexuels avec sa contrepartie féminine Ashareth, ce qui procurait la fertilité de la terre et de ses habitants.
Ça paraît stupide, mais en y réfléchissant, est-ce vraiment plus abracadabran que de croire que les signes du zodiaque contrôlent nos vies ? L'adoption par la majorité des Israélites des divinités cananéennes était un véritable soufflet infligé à l'Éternel ; plus que cela, c'était une offense à main levée, un crime de lèse-majesté. D'ailleurs, leur jugement fut à la hauteur de leur crime. Le livre de Ruth par contraste raconte l'histoire d'une jeune femme étrangère au peuple d'Israël. C'est un vrai roman d'amour, presque à l'eau de rose.
Je commence à lire.
À l'époque où les chefs gouvernaient Israël, une famine survint dans le pays. Un homme de Bethléhem en Juda partit séjourner avec sa femme et ses deux fils dans la campagne du pays de Moab. Cet homme s'appelait Élimélek, sa femme Noémi et ses deux fils Mahlôn et Kilyôn. Ils faisaient partie des Éphratiens, de Bethléhem en Juda. Ils parvinrent en Moab, dans la campagne, et s'y établirent (Ruth 1.1-2).
Éphrata est le groupe familial auquel appartient Élimélek qui est un joli nom signifiant Mon Dieu est roi, tandis que Noémi veut dire Ma charmante. Leurs enfants par contre, Mahlôn et Kilyôn, devaient être malingres à la naissance, car ces noms signifient respectivement maladie et fragilité.
Je continue.
Élimélek, le mari de Noémi, mourut là et elle resta seule avec ses deux fils. Ils épousèrent des femmes moabites, dont l'une s'appelait Orpa et l'autre Ruth. Ils demeurèrent là une dizaine d'années (Ruth 1.3-4).
La mort du mari pose un problème à Noémi, car à cette époque une veuve était laissée à elle-même. Heureusement, elle a deux fils sur lesquels s'appuyer, et il y a tout lieu de penser qu'ils ont pris soin de leur mère. La loi de Moïse interdisait aux Israélites d'épouser des Cananéennes, mais pas des Moabites, qui sont cousins des Hébreux. Donc, ces deux garçons se marient avec des filles du pays, et c'est ainsi que Ruth entre sur scène.
Je continue.
Puis Mahlôn et Kilyôn moururent à leur tour, et Noémi resta seule, privée à la fois de ses deux fils et de son mari (Ruth 1.5).
Il n'est pas dit pourquoi ces trois hommes sont décédés avant leur temps. La tradition juive ajoute ceci à ce court verset : « et parce qu'ils avaient transgressé le décret de la parole de l'Éternel, et qu'ils s'étaient alliés à un peuple étranger, alors leurs jours furent abrégés ». Quoi qu'il en soit, les deux belles-filles qui restent sont la seule famille proche de Noémi. Cette fois-ci, elle est dans la détresse, car étrangère et sans parent masculin pour la protéger, elle encourt le risque de se faire exploiter un maximum.
Je continue.
Lorsqu'elle apprit que l'Éternel était intervenu en faveur de son peuple et qu'il lui avait donné de quoi se nourrir, Noémi se mit en route avec ses deux belles-filles pour rentrer du pays de Moab. Elles quittèrent donc ensemble l'endroit où elles s'étaient établies et prirent le chemin du pays de Juda (Ruth 1.6).
Maintenant que l'arrière-plan est en place, commence la partie narrative. L'histoire se compose de beaucoup de dialogues, qui représentent 70 % de tout le texte du livre. La famine avait pris fin. À plusieurs reprises, le récit souligne la souveraineté du Dieu d'Israël sur les événements. Noémi décide alors de faire marche arrière, de laisser les tombes de son mari et de ses fils derrière elle et de retourner dans sa patrie. Toutes les trois font leurs paquets et s'apprêtent à quitter leur demeure pour retourner en Israël.
Je continue.
Alors Noémi dit à ses deux belles-filles : — Allez et rentrez chacune dans la famille de votre mère ! Que l'Éternel soit bon pour vous, comme vous l'avez été pour ceux qui sont morts et pour moi-même (Ruth 1.8).
Les belles-filles avaient été des femmes vertueuses à l'égard de leurs maris et de Noémi qui leur rend hommage. Elle admet volontiers qu'elles avaient été de bonnes épouses. Le mot hébreu traduit par bon apparaît à plusieurs reprises dans ce livre et est fréquent dans l'Ancien Testament. Il est utilisé pour signifier la loyauté et la grâce de l'Éternel envers son peuple.
Noémi sait très bien que la possibilité pour ses belles-filles de trouver à se marier en Israël est insignifiante, car les Moabites et les Israélites n'entretenaient pas de relations amicales. De temps en temps, ces deux peuples étaient en guerre l'un contre l'autre. Alors, elle prononce une bénédiction sur ses belles-filles au nom de l'Éternel, car en mariant des Israélites, elles s'étaient placées sous le Dieu de l'alliance.
Je continue.
Qu'il vous donne à chacune de trouver le bonheur dans un nouveau foyer. Puis elle les embrassa pour prendre congé. Les deux jeunes femmes pleurèrent à gros sanglots et lui dirent : — Non ! nous t'accompagnerons dans ta patrie (Ruth 1.9-10).
Noémi demande à ce que ses belles-filles trouvent de nouveaux maris. À cette époque, le mariage était un gage de sécurité pour une femme. En partant pour Israël, Ruth abandonnerait cette possibilité. Les pleurs et l'affirmation de vouloir suivre Noémi faisaient certes partie des bonnes convenances de cette époque, mais il faut aussi y voir un fort attachement affectif entre ces deux générations de femmes.
Je continue.
Noémi leur répondit : — Retournez chez vous, mes filles ! Pourquoi viendriez-vous avec moi ? Je ne peux plus avoir des fils qui pourraient vous épouser (Ruth 1.11).
Dans le Moyen-Orient ancien, une femme sans mari était dans une situation très précaire, car elle n'avait personne pour la défendre. Les veuves étaient dans une situation encore plus difficile. C'est la raison pour laquelle Noémi fait allusion à la loi du lévirat qui stipulait que la veuve laissée sans descendance devait être épousée par le frère du mari défunt. Mais comme elle n'a pas d'autres fils, elle va insister à trois reprises pour que ses belles-filles restent dans le pays de Moab. C'était leur meilleure chance de se trouver un nouveau mari.
Je continue.
Retournez chez vous, mes filles, allez ! Je suis trop âgée pour me remarier. Et même si je disais : « J'ai de quoi espérer des enfants, je me donnerai à un mari cette nuit même et j'en aurai des fils, attendriez-vous qu'ils aient grandi et renonceriez-vous pour cela à vous remarier ? Bien sûr que non, mes filles ! Je suis bien plus affligée que vous, car l'Éternel est intervenu contre moi » (Ruth 1.12-13).
Noémi a dépassé l'âge d'avoir des enfants et même si elle se remariait et avait des fils, cela ne changerait rien. Le temps passe pour tout le monde, et ses belles-filles ne pourraient attendre que ses garçons soient devenus des hommes pour les épouser. Mais à l'heure actuelle des choses, elles étaient suffisamment jeunes pour espérer se remarier, tandis que pour elle c'était trop tard. Noémi avait foi en Dieu dans le sens qu'elle croyait véritablement que c'était lui qui dirigeait les événements qui faisaient la vie des hommes.
Dans sa détresse, elle attribue son malheur à l'Éternel, ce qui somme toute était vrai puisqu'il est le Dieu souverain. Il y a de fortes chances que la mort de son mari et de ses fils soit un jugement contre cette famille sans que la raison nous soit donnée. Bien sûr, ils avaient quitté la Palestine, le pays de la promesse, ce qui pouvait être considéré comme une faute. Cependant, l'explication la plus plausible de leurs morts est que ces hommes s'étaient laissé entraîner à une des formes d'idolâtrie pratiquées par les Moabites.
Je continue.
Alors les deux belles-filles se remirent à sangloter. Finalement, Orpa embrassa sa belle-mère, mais Ruth resta avec elle (Ruth 1.14).
En restant dans son pays, Orpa obéissait aux instances de sa belle-mère, qui était maintenant la chef de famille. C'est ainsi que cette jeune femme disparaît des Écritures. Ruth, de son côté, fait la surprise en décidant de suivre Noémi en Israël coûte que coûte. Elle savait qu'elle ne se remarierait pas, mais étant apte à travailler grâce à sa jeunesse, elle voulait avant tout porter secours à sa belle-mère. Cette attitude est des plus nobles. D'ailleurs, un texte du Nouveau Testament l'atteste. Je le cite :
La religion authentique et pure aux yeux de Dieu, le Père, consiste à aider les orphelins et les veuves dans leurs détresses et à ne pas se laisser corrompre par ce monde (Jacques 1.27).
Je continue le texte.
Noémi lui dit : — Regarde : ta belle-sœur est partie rejoindre son peuple et ses dieux, fais comme elle : retourne chez les tiens ! (Ruth 1.15).
À cette époque, un lien étroit unissait un peuple à ses divinités. Noémi ne facilite pas la décision de Ruth. Elle veut véritablement la renvoyer chez les siens et vers les faux dieux de Moab, ce qui laisse un peu perplexe. Mais à cette époque, même les Israélites qui avaient foi en l'Éternel ne comprenaient pas la gravité de l'attachement aux divinités païennes. Leur vision théologique du monde était très biscornue.
Je continue.
Mais Ruth lui répondit : — N'insiste pas pour que je te quitte et que je me détourne de ta route ; partout où tu iras, j'irai ; où tu t'installeras, je m'installerai ; ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu (Ruth 1.16).
Cela fait maintenant trois fois que Noémi essaie de renvoyer Ruth, alors elle proteste, car sa décision est prise pour de bon. En faisant ce choix remarquable, elle rejette sa famille, son identité nationale et l'idolâtrie. Elle choisit délibérément Israël comme son nouveau peuple et l'Éternel comme son Dieu. Quelqu'un dans cette famille lui avait sans aucun doute parlé du Dieu d'Israël, mais il est peu probable qu'elle le reconnaissait comme le Créateur du ciel et de la terre, le seul souverain et l'unique vrai Seigneur.
Cette décision inébranlable de Ruth de s'attacher à sa belle-mère est le plus bel exemple d'engagement de toute la littérature mondiale. Elle fait une rupture totale avec son passé de Moabite idolâtre. Elle répète ce qu'avait fait Abraham 1000 ans plus tôt lorsque lui aussi avait quitté ses ancêtres idolâtres.
Mais Ruth agit avec davantage de grandeur d'âme. En effet, l'Éternel avait juré au patriarche qu'il lui donnerait un pays et une postérité. Ruth n'a reçu aucune promesse de bénédiction ; au contraire, puisqu'elle est étrangère, elle peut s'attendre à de mauvais traitements de la part des Israélites. Elle ne profite aucunement de sa belle-mère pour être introduite en Israël, elle ne fait pas du stop. Elle s'attache à Noémi avec qui elle habitera afin de lui venir en aide dans sa vieillesse, en travaillant pour subvenir à leurs besoins.
Je continue.
Là où tu mourras, je mourrai aussi et j'y serai enterrée. Que l'Éternel me punisse avec la plus grande sévérité, si autre chose que la mort me sépare de toi ! (Ruth 1.17).
L'attachement de Ruth à sa belle-mère était tellement profond qu'elle s'identifie à elle également dans la mort et l'ensevelissement. Cet engagement n'est motivé par aucun intérêt puisque Noémi n'a strictement rien à offrir. C'est de la part de Ruth un acte purement gratuit, une preuve d'amour. Son sort sera le même que celui de sa belle-mère. Ruth est née et fut élevée Moabite. À ce jour, sa vie est totalement chamboulée. Elle a fait volte-face et a changé de direction.
Pour bien montrer que sa décision était irrévocable, elle ajoute une formule de serment accompagnée d'imprécations contre elle-même. Elle jure fidélité à Noémi au nom de l'Éternel, le Dieu d'Israël. Le lieu d'ensevelissement était très important pour les gens de cette époque. Or Ruth a choisi de lier son sort temporel et éternel à celui des Israélites qui sont sous l'alliance que l'Éternel a conclue avec eux depuis Abraham. Les croyants de l'Ancienne Alliance pensaient avec raison qu'ils ressusciteraient ici-bas sur terre pour y vivre éternellement. Cette espérance va aussi devenir celle de Ruth.
Je continue.
Devant une telle résolution à la suivre, Noémi cessa d'insister (Ruth 1.18).
Cette fois-ci, elle a compris qu'il était inutile d'essayer de renvoyer Ruth. Le fait qu'elle ait juré au nom de l'Éternel a mis fin aux discussions. Cependant, on ne sait pas si Noémi était ravie de cette décision ou si au contraire elle s'imaginait que cela allait compliquer les choses une fois de retour dans le pays d'Israël.
Je continue jusqu'à la fin du chapitre.
Et elles s'en allèrent toutes deux ensemble jusqu'à Bethléhem. Leur arrivée là-bas mit toute la localité en émoi. — Est-ce bien là Noémi ? demandèrent les femmes. Elle leur répondit : — Ne m'appelez plus Noémi (L'heureuse), appelez-moi Mara (L'affligée), car le Tout-Puissant m'a beaucoup affligée. Je suis partie d'ici comblée, et l'Éternel m'y fait revenir les mains vides. Alors pourquoi m'appeler encore Noémi quand l'Éternel s'est prononcé contre moi et que le Tout-Puissant m'a plongée dans l'affliction ? C'est ainsi que Noémi et sa belle-fille, Ruth, la Moabite, revinrent des plaines de Moab. Lorsqu'elles arrivèrent à Bethléhem, c'était le début de la moisson de l'orge (Ruth 1.19-22).
Les deux femmes quittent donc le pays de Moab pour retourner dans le territoire de la tribu de Juda, la patrie de Noémi. Les gens la reconnaissent, mais la trouvent passablement changée, physiquement, mais aussi en son esprit qui s'est aigri face aux dures épreuves de la vie qu'elle a subies. Elle n'a aucun doute quant à l'origine de ses maux. Ils proviennent de l'Éternel et semblent, du moins en partie, avoir pour origine le départ de la famille du pays d'Israël.
On imagine aussi que pour Ruth cette arrivée sans fanfare dans Bethléhem ne devait pas être très gaie non plus. Elle reste avec sa belle-mère afin de l'aider, mais celle-ci déprime. Ruth est étrangère et arrive en terre inconnue. De plus, ces femmes sont sans ressource, sinon l'assistance prévue par la Loi de Moïse, si la communauté la respecte. Le tableau qu’offrent ces deux veuves est particulièrement pathétique. Mais à côté de cela, c'est le printemps et les champs sont en fête. Nous sommes en avril au début de la moisson de l'orge qui sera suivie dans quelque temps par celle du blé.
Nous voici arrivés au second chapitre du livre de Ruth. Les deux femmes s'installent quelque part, sans doute avec de la parenté comme cela se faisait à cette époque dans une pareille situation. Je commence à lire.
Noémi avait un parent du côté de son mari, un homme riche et de valeur de la famille d'Élimélek, nommé Booz (Ruth 2.1).
Le récit nous présente un nouveau personnage, quelqu'un de puissant et de valeur selon le texte originel. Booz était en effet un homme diligent et qui menait une vie exemplaire.
Je continue.
Ruth la Moabite dit à Noémi : — Permets-moi d'aller aux champs ramasser des épis laissés par les moissonneurs. J'irai derrière celui qui m'accueillera aimablement. Noémi lui répondit : — Va ma fille. Ruth partit donc et se mit à glaner dans les champs derrière les moissonneurs (Ruth 2.2).
Ruth veut retrousser ses manches et se mettre à l'ouvrage. C'est justement pour cela qu'elle est restée avec sa belle-mère, qui à cause de son âge n'est plus en mesure d'effectuer les travaux des champs. Comme elles sont pauvres et veuves de surcroît, elles sont au bénéfice de la Loi de Moïse concernant les démunis. Je cite deux passages :
Quand vous ferez les moissons dans votre pays, tu ne couperas pas les épis jusqu'au bord de ton champ, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. De même, tu ne cueilleras pas les grappes restées dans ta vigne et tu ne ramasseras pas les fruits qui y seront tombés. Tu laisseras tout cela au pauvre et à l'immigré. Je suis l'Éternel, votre Dieu. Quand tu moissonneras ton champ, si tu oublies une gerbe dans le champ, ne retourne pas pour la ramasser, laisse-la pour l'immigré, pour l'orphelin ou la veuve, afin que l'Éternel ton Dieu te bénisse dans tout ce que tu entreprendras. Quand tu secoueras tes oliviers, ne cueille pas ensuite ce qui reste aux branches, ce sera pour l'immigré, l'orphelin ou la veuve (Lévitique 19.9-10 ; Deutéronome 24.19-20).
Les propriétaires ne devaient pas moissonner les coins de leurs champs. Ceux qui étaient particulièrement généreux laissaient environ le quart de la récolte, que ce soient des céréales, des olives, ou des fruits, sur place pour les nécessiteux. De cette manière, ces derniers préservaient leur dignité en n'étant pas transformés en assistés vivants aux crochets de la société. Ils devaient sortir du lit et aller chercher eux-mêmes leur nourriture sous le soleil de plomb. Notre civilisation occidentale arrogante aurait beaucoup à apprendre de la Loi de Moïse dans bien des domaines comme celui de s'occuper des démunis par exemple.