Chapitre 6
Introduction
Aujourd'hui, nous en sommes au chapitre 6 du livre de Josué. Les préliminaires sont terminés et les guerres de conquête vont débuter pour de bon avec la prise de Jéricho. Jusqu'ici, Israël a traversé le Jourdain sans même se mouiller les pieds alors que le fleuve était en crue. En faisant ce miracle extraordinaire, l'Éternel a prouvé sa présence au milieu d'Israël et a causé la panique parmi les peuplades cananéennes. Jusque-là, tout s'est bien passé ; une vraie promenade dominicaine. Mais maintenant, les choses sérieuses vont commencer. Les Hébreux sont arrivés aux portes du bon pays où coulent le lait et le miel que Dieu avait promis de donner aux descendants d'Abraham. C'est sans doute dans ce même site que se trouvait tout au début du monde, le jardin d'Éden dans lequel vivaient Adam et Ève jusqu'à ce qu'ils en soient expulsés.
L'heure est venue pour l'Éternel de juger les populations qui habitent en Canaan à cause de leur méchanceté et de leur idolâtrie qui les entraînent à commettre des crimes odieux. Les deux villes fortifiées de Jéricho et d’Aï sont au centre-sud du pays. En les prenant, les Israélites vont le couper en deux. Cette stratégie militaire fait partie des classiques et fut mise en pratique par bon nombre de généraux après Josué jusqu'à nos jours. C'est la méthode préférée pour faire une percée en territoire ennemi.
Verset 1
Je commence à lire.
La ville de Jéricho avait soigneusement fermé toutes ses portes et s'était barricadée derrière, par peur des Israélites. Plus personne n'entrait ni ne sortait par ses portes (Josué 6.1).
Sur l'emplacement de Jéricho se trouve aujourd'hui ce qui s'appelle Tell-es-Sultan, et qui comprend plus de deux douzaines de cités antiques qui ont été construites les unes sur les autres. Plusieurs d'entre elles avaient des doubles murailles. Les archéologues ont reconstitué les fortifications. Elles étaient faites de deux murailles : le mur extérieur se composait d'un sous-bassement de pierres de 4 m de haut sur lequel était construit un autre mur de briques et de boue, celui-là de 6 m de haut ; donc en tout, 10 m pour la muraille extérieure. Celle à l'intérieur était faite de boue et de briques sur laquelle étaient construites des habitations.
Jéricho veut littéralement dire ville de la lune. Elle était le principal centre cananéen de culte lunaire. En la faisant tomber, Dieu s'attaquait non seulement à un verrou stratégique, mais encore à un haut lieu de la fausse religion. Quoi qu'il en soit, les habitants savent très bien qu'une grave menace pèse sur eux à cause de ces envahisseurs israélites. En conséquence, ils se sont réfugiés dans leur forteresse imprenable derrière leurs portes fermées à double tour.
Versets 2-4
Je continue.
L'Éternel dit alors à Josué : Regarde, je te livre Jéricho, son roi et tous ses guerriers. Pendant six jours, toi et tous tes soldats vous ferez chaque jour le tour de la ville, une fois par jour. Sept prêtres portant chacun un cor fait d'une corne de bélier précéderont le coffre de l'alliance. Le septième jour, vous ferez sept fois le tour de la ville, et les prêtres sonneront du cor (Josué 6.2-4).
Toute l'armée d'Israël faisant le tour de la ville tous les jours était certes impressionnante, mais militairement sans valeur. Les prêtres sonnaient ce cor aussi lors de la fête du Jubilé qui rendait la liberté à tous ceux qui avaient dû vendre leur travail pour payer des dettes. En temps de guerre, il signalait la présence de l'Éternel dans le combat. La répétition du nombre 7, dans 7 jours, 7 prêtres et 7 tours, souligne le caractère sacré de l'événement qui est en train d'avoir lieu.
Versets 5-7
Je continue.
Quand le peuple les entendra produire, avec leur cor, un son prolongé, tout le monde poussera un grand cri, et les remparts de la ville s'écrouleront sur place. Alors le peuple donnera l'assaut, chacun droit devant soi. Josué, fils de Noun, convoqua les prêtres et leur dit : Chargez le coffre de l'alliance sur vos épaules et que sept d'entre vous prennent sept cors faits de cornes de béliers et marchent devant le coffre de l'Éternel. Puis il dit au peuple : En avant : faites le tour de la ville, et que les hommes armés précèdent le coffre de l'Éternel (Josué 6.5-7).
Des cris tout en donnant l'assaut, comme d'ailleurs l'usage de cors retentissants, étaient pratiques courantes dans les guerres de cette époque, et ce, jusqu'au 20e siècle. On voit ça dans presque tous les vieux films à grand spectacle. Tous les régiments ont une section musique, et même les Indiens d'Amérique utilisaient le tam-tam pour s'encourager au combat.
Versets 8-14
Je continue.
Le peuple fit comme Josué l'avait ordonné : sept prêtres portant sept cors faits de cornes de béliers passèrent devant l'Éternel et se mirent à sonner de leur instrument tandis que le coffre de l'alliance suivait. Les hommes armés les précédaient ; une arrière-garde suivait aussi le coffre ; ils marchaient au son du cor. Josué avait donné cette consigne au peuple : « Pas de cri ! Restez muets ! Ne dites pas une parole jusqu'au jour où je vous ordonnerai de pousser des cris ! » Le coffre de l'Éternel fit une fois le tour de la ville, puis tous rentrèrent au camp pour la nuit. Le lendemain, Josué se leva de bon matin et les prêtres chargèrent le coffre de l'Éternel sur leurs épaules. Sept prêtres, portant sept cors faits de cornes de béliers, se remirent en route devant le coffre de l'Éternel, en sonnant de leur instrument. L'avant-garde les précédait et l'arrière-garde suivait le coffre de l'Éternel ; ils marchaient au son des cors. Ils refirent une fois le tour de la ville ce jour-là, avant de regagner le camp. Ils firent ainsi pendant six jours (Josué 6.8-14).
La ville de Jéricho est prête : les défenseurs sont abrités derrière leurs fortifications et attendent en se rongeant les ongles tout en épiant l'horizon. Les responsables militaires font l'aller-venu entre le quartier général et la muraille où les sentinelles leur font un rapport du front. Soudain, quelqu'un s'écrie : Les voilà ! Les hommes de guerre israélites arrivent en bon ordre de marche. Certains précèdent et d'autres suivent le coffre sacré qui reçoit toute l'attention, car il est le centre vital d'Israël ; c'est là que réside l'Éternel qui dirige les opérations et donne la victoire.
Devant les Cananéens éberlués, les Israélites ne jettent pas le moindre regard dans leur direction. Ils marchent droit devant eux sans dire un mot. Seuls les bruits de pas, de métal, et le son du cor déchirent le silence. Les défenseurs suivent la troupe des yeux sans comprendre. Ils se déplacent à l'intérieur de la ville accompagnant les Israélites qui tournent en rond à l'extérieur. Puis tout à coup, ils font demi-tour et repartent. C'est fini pour aujourd'hui ; et soudain, c'est à nouveau le grand silence, pesant et inquiétant. Le roi et ses chefs militaires se congratulent, pensant qu'Israël n'a pas osé les attaquer. Le lendemain a lieu le même manège, puis le troisième jour c'est encore pareil, jusqu'au sixième.
Certains Israélites commençaient à en avoir marre de tourner en rond ; ça ne fait pas sérieux pour un soldat de se comporter ainsi. À l'intérieur, on lit l'inquiétude sur le visage des défenseurs ; les chefs militaires non plus ne comprennent pas la tactique des envahisseurs ; un jour d'accord, mais 6 jours de suite, ça n'a pas de sens. Ils implorent leurs dieux, mais sans succès.
Verset 15
Je continue le texte.
Le septième jour, ils se levèrent dès l'aurore et firent sept fois le tour de la ville de la même manière. C'est le seul jour où ils en firent sept fois le tour (Josué 6.15).
Le septième jour, les Israélites reviennent et recommencent leur rituel. C'est maintenant une affaire qui ronronne. Les défenseurs les suivent du regard alors qu'ils font comme les autres fois le tour de la ville. Et puis c'est fini, croient-ils. Surprise ! Les Israélites recommencent une seconde fois, une troisième, une quatrième. . Ils font ainsi 7 tours de la ville, ce qui n'est pas une petite affaire. Ils en ont plein les bottes de marcher. À l'intérieur des murs, on s'interroge, qu'est-ce que cela signifie ?
Versets 16-19
Je continue.
La septième fois, lorsque les prêtres sonnèrent du cor, Josué ordonna au peuple : Poussez des cris, car l'Éternel vous livre la ville ! La ville avec tout ce qu'elle contient sera vouée à l'Éternel ; seule Rahab, la prostituée, sera laissée en vie avec tous ceux qui se trouveront dans sa maison, car elle a caché les hommes que nous avions envoyés. Mais attention ! Prenez bien garde à ce qui doit être voué à l'Éternel. Ne prenez rien de cela, sinon vous placeriez le camp d'Israël sous une sentence de destruction et vous lui attireriez le malheur. Tout l'argent et l'or, tous les objets de bronze et de fer seront consacrés à l'Éternel et on les mettra dans son trésor (Josué 6.16-19).
Selon la Loi de Moïse, les Cananéens devaient être dévoués par interdit, ce qui signifie que l'Éternel prenait possession de tout et de quiconque, que la ville et ses habitants devaient être anéantis à cause de leur idolâtrie. Cela voulait aussi dire qu'il était interdit aux Israélites de s'approprier quoi que ce soit sauf si Dieu l'avait auparavant expressément permis, ce qui n'était pas le cas ici. Ce qui ne pouvait être brûlé, c'est-à-dire tous les objets en métal, allait dans le trésor de Dieu qui était sous la responsabilité des prêtres. Rahab n'est pas oubliée. Josué annonce à tous les hommes de guerre qu'elle et sa famille seront épargnées ; qu'on se le dise !
Verset 20
Je continue.
On sonna donc du cor. Dès que le peuple l'entendit, il poussa un formidable cri, et le rempart s'écroula sur place. Aussitôt, les Israélites s'élancèrent à l'assaut de la ville, chacun droit devant soi, et ils s'en emparèrent (Josué 6.20).
Les chercheurs, archéologues et commentateurs qui croient au récit biblique ont essayé d'avancer plusieurs hypothèses qui expliqueraient que les murs se soient soudainement effondrés comme ça d'eux-mêmes. Bien sûr, on pense tout de suite à la foudre ou à un tremblement de terre localisé. C'est vrai que cette muraille, aussi solide soit-elle, n'était pas construite en béton armé et qu'une secousse sismique d'amplitude moyenne aurait suffi à la fissurer et à la faire s'écrouler. Cela aurait également détruit ou gravement endommagé toutes les constructions à l'intérieur de la ville.
Quoi qu'il en soit, et selon le récit biblique, c'est l'Éternel qui est intervenu d'une manière ou d'une autre. Ce fut un prodige à l'image de celui qui arrêta le cours des eaux tumultueuses du Jourdain afin de permettre à tout le peuple d'Israël de le traverser à pied sec. Si je m'en tiens au texte, les murailles se sont écroulées toutes seules. On a retrouvé des vestiges de ce qui pourrait bien être Jéricho, mais avec la partie basse de la muraille extérieure intacte. Elle était en pierres et faisait 4 m de haut.
Mais alors comment les assaillants ont-ils pu pénétrer dans la ville ? Il semble que le mur intérieur en briques et en boue se soit écroulé vers l'extérieur. Cet amas de débris a constitué un pont en pente que les Israélites ont gravi pour pénétrer à l'intérieur de la ville. Jéricho s'est en quelque sorte ouverte aux assaillants comme une fleur au soleil. L'explication que donne le Nouveau Testament de cet événement n'est pas du tout technique. Je la cite :
Par la foi, les murailles de Jéricho se sont écroulées quand le peuple en eut fait le tour pendant sept jours. Par la foi, Rahab la prostituée n'est pas morte avec ceux qui avaient refusé d'obéir à Dieu, parce qu'elle avait accueilli avec bienveillance les Israélites envoyés en éclaireurs (Hébreux 11.30-31).
Versets 22-23
Ce passage nous ramène à Rahab et je continue le texte un peu plus loin.
Josué dit aux deux hommes qu'il avait envoyés pour explorer le pays : Allez à la maison de Rahab, la prostituée, et faites-la sortir de là avec les siens, comme vous le lui avez juré. Les deux hommes y allèrent et firent sortir Rahab, son père, sa mère, ses frères, ses biens et toute sa parenté, et ils les installèrent en dehors du camp d'Israël (Josué 6.22-23).
Dès que les guerriers eurent pénétré dans la ville, ils suivirent les ordres de Josué et évitèrent de se rendre à l'endroit où se trouvait ce fameux cordon écarlate que Rahab s'était empressée d'attacher à sa fenêtre. Ce sont les espions qui vont la chercher, elle avec toute sa famille, quelque part sous les décombres de ce qui fut sa maison. Puisque le mur extérieur de 4 m de haut en pierres était resté debout, c'est au niveau du sol et entre les deux murailles qu'avaient dû se réfugier Rahab, tous les siens et tous leurs biens. C'est aussi dans ce mur de pierres que devait se trouver la fenêtre où était attaché le cordon écarlate.
Peu importe mon explication même plausible, ce qui compte vraiment c'est que cette femme et tous les siens étaient toujours en vie et furent installés dans une tente à l'extérieur du campement israélite parce que les païens, à cause de leur idolâtrie, ne pouvaient pas être admis à l'intérieur. Ils n'ont cependant pas été traités comme des prisonniers, mais comme des étrangers, et c'est ainsi qu'ils seront éventuellement intégrés au peuple juif, ce qui est confirmé par la suite du texte et par le fait que Rahab fait partie des aïeules du Christ.
Versets 24-25
Je continue.
Puis ils brûlèrent la ville avec tout ce qui s'y trouvait, excepté l'argent, l'or et les objets de bronze et de fer que l'on déposa dans le trésor du sanctuaire de l'Éternel. Josué laissa la vie sauve à Rahab, la prostituée, ainsi qu'aux membres de sa famille, et il épargna tous ses biens parce qu'elle avait caché les hommes que Josué avait envoyés en reconnaissance à Jéricho. Elle a habité parmi les Israélites jusqu'à aujourd'hui (Josué 6.24-25).
Les fouilles de ces villes construites les unes sur les autres, à l'emplacement de Jéricho, ont mis à jour une grande quantité de céréales conservées dans des vases en argile. Cette découverte montre que le siège fut de très courte durée : 7 jours, selon le récit biblique. Non seulement Rahab et sa famille ont eu la vie sauve, mais ils ont pu conserver tout ce qui leur appartenait, ce qui inclut des objets personnels et les produits de la récolte qui venait d'avoir lieu, des instruments financiers comme de l'argent et de l'or, ainsi que des animaux domestiques. À côté de la polyculture, les Cananéens pratiquaient l'élevage.
En conservant leurs biens, la famille de Rahab avait de quoi commencer une nouvelle vie sans être à charge aux Israélites ; leur situation, bien que stressante, était bien meilleure que les réfugiés du 21e siècle qui errent ici et là de par le monde surtout à cause des guerres. Comme ils sont démunis de tout, ils dépendent des organisations caritatives pour subsister quoique misérablement. Rahab a placé sa confiance en l'Éternel, le Dieu d'Israël, comme le mentionne le texte du Nouveau Testament que j'ai lu précédemment, et c'est grâce à cette foi qu'elle et tous les siens eurent la vie sauve. On pourrait rétorquer que les membres de sa famille n'ont pas eu à croire en Dieu.
En réalité, eux aussi ont dû choisir, soit de croire Rahab et quitter leur propre habitation pour se réfugier sous son toit, soit de considérer ses avertissements comme des balivernes et mettre leur confiance dans les murailles de la ville qui comme chacun sait la rendaient imprenable. Donc en déménageant chez Rahab, ils ont prouvé qu'ils avaient foi en l'Éternel. Comme quoi, les actions parlent plus fort que les paroles.