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Émission 281 - Deuteromome 1:1 - 1:44

Diffusé le 28 janvier 2008 - ::

Introduction 1

Introduction 1

Aujourd'hui, je commence le commentaire du livre du Deutéronome. Il est le dernier des cinq ouvrages écrits par Moïse et qui forment un ensemble qui s'appelle le Pentateuque, ou encore la Torah, ce qui veut dire la Loi en hébreu. Les 4 autres qui le précèdent sont la Genèse, l'Exode, le Lévitique et les Nombres. Le contenu du Deutéronome et sa rédaction sont explicitement attribués à Moïse, non seulement ici, mais aussi ailleurs par d'autres auteurs bibliques aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament, ainsi que par Jésus lui-même. Moïse était un homme extraordinaire ; appelé l'ami de Dieu, il lui parlait face à face sans toutefois le voir dans sa gloire. Le psalmiste déclare :

L'Éternel a manifesté ses desseins à Moïse et montré ses hauts faits au peuple d'Israël (Psaumes 103.7).

Bien que la génération qui sortit de captivité fut témoin de prodiges sans précédent, en particulier les 10 plaies d'Égypte et la traversée de la mer Rouge, ils se rebellèrent contre l'Éternel. La conséquence fut leur mort prématurée durant les 38 années de pérégrinations dans le désert. Deux chefs de tribus ne périrent pas, car ils étaient demeurés fidèles à l'Éternel. Il s'agit de Caleb et de Josué, le futur successeur de Moïse. La traduction du titre hébreu de ce 5e livre de Moïse est Paroles. C'est le premier mot du texte originel. Le nom Deutéronome de nos versions modernes de la Bible provient du grec et veut dire deuxième loi. Mais ce titre résulte en fait d'une mauvaise traduction d'un passage du livre où il est question, non pas d'une deuxième loi, mais d'une récapitulation de celle-ci.

Le Deutéronome est donc une reprise des ordonnances de l'Éternel telles qu'on les trouve dans les livres de l'Exode, du Lévitique et des Nombres. C'est à l'occasion du renouvellement de l'alliance avec la nouvelle génération d'Israélites que Moïse répète la Loi. Alors que jusqu'à présent et dans les législations précédentes, c'était Dieu qui avait donné la Loi à son serviteur, dans le Deutéronome, c'est Moïse lui-même qui, en tant que patriarche et ami, cherche à faire pénétrer l'esprit de cette Loi dans le cœur de ceux qui ont à charge de la mettre en pratique. Cependant, certains points particuliers y sont illustrés et développés pour répondre à de nouvelles questions qui se posaient à la nouvelle génération sur le point d'entrer dans le pays promis. Le peuple campe dans les plaines de Moab à l'entrée de la Palestine après avoir vaincu plusieurs rois et conquis leurs territoires transjordaniens, ceux à l'est du Jourdain.

La structure du livre suit la forme des traités de suzeraineté de la fin du 2e millénaire avant notre ère. Le problème de la succession royale avait aussi sa place dans le Proche-Orient ancien. On a dans ce livre l'équivalent avec Moïse qui nomme Josué choisi par Dieu pour le remplacer. Il veut assurer la fidélité du peuple à ce qu'on pourrait comparer à une dynastie royale du Proche-Orient ancien. Ici, c'est l'Éternel qui est le suzerain, mais il exerce son règne par l'intermédiaire des chefs qu'il donne à son peuple. Le Deutéronome se présente comme un ensemble de 5 discours de Moïse et qui sont :

  • le rappel d'événements passés,
  • la récapitulation de la Loi,
  • le renouvellement de l'alliance,
  • le cantique de louange de Moïse et finalement
  • les bénédictions prophétiques de Moïse sur les 12 tribus.

Suite à ces discours, Moïse se prépare à mourir. Le grand thème de ce livre est Aimer et Obéir. Il enseigne que l'obéissance est la réponse de l'homme à l'amour de Dieu. Ce n'est pas encore l'Évangile, mais son grand principe y est énoncé ; le mot « aimer » y figure 22 fois. Lorsque Jésus a dit à ses disciples : Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements (Jean 14.15), il n'apportait pas une révélation entièrement nouvelle, mais définissait l'amour pour Dieu comme la bonne motivation de l'obéissance. En fait, c'est dans le Deutéronome que se trouve le commandement que Jésus considéra comme le plus grand, celui d'aimer l'Éternel. Je le cite :

Tu aimeras l'Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force (Deutéronome 6.5).

Cette emphase sur l'amour ne veut pas dire que les préceptes rigoureux de la Loi sont mauvais, loin de là ! En elle-même, la Loi est parfaite, mais son grand défaut est qu'elle fut donnée à la race humaine qui est incapable de la respecter. Outre Aimer et Obéir, d'autres thèmes importants apparaissent tout au long de ce livre. Ainsi, le monothéisme est fortement affirmé, comme dans le texte suivant :

Écoute, Israël, l'Éternel est notre Dieu, il est le seul Éternel (Deutéronome 6.4).

Cette vérité est devenue la confession de foi de la liturgie israélite. Le thème de l'unicité de Dieu justifie l'interdiction de l'idolâtrie, qui est énoncée comme la faute par excellence, tellement les avertissements contre les pratiques idolâtres sont nombreux. En ordonnant un seul lieu de culte, la loi vise à préserver le monothéisme, ce qui permettait un certain contrôle des pratiques religieuses israélites et contribuait à éviter l'adoration des faux dieux.

Un autre thème, qui revient souvent dans le Deutéronome, est l'élection du peuple d'Israël par l'Éternel. Il est cependant affirmé sans ambiguïté que ce n'est pas à cause de ce qu'Israël est ou fait que l'Éternel l'a choisi, mais en vertu du seul amour que Dieu a décidé de lui porter. Au contraire, Moïse souligne à diverses reprises combien Israël est désobéissant, corrompu et rebelle, et cela, dès son origine. C'est d'ailleurs ce qui entraînera l'accomplissement des malédictions de l'alliance contre le peuple de Dieu, et en particulier l'exil.

Ce livre du Deutéronome, le 5e de cet ensemble qui constitue la Loi est de mauvais augure. On y perçoit que l'alliance entre l'Éternel et le peuple choisi est vouée à l'échec. Israël en subira les conséquences fâcheuses. L'affirmation de la responsabilité humaine, qu'on retrouve dans toute l'Écriture, est particulièrement soulignée ici ; notamment, lorsque les Hébreux sont placés devant un choix et face à leur obligation d'obéir à l'Éternel leur Suzerain.

Cependant avec Dieu, tout espoir n'est jamais perdu, car il ne reste pas sur une défaite de ceux qu'il s'est choisis. Au-delà de l'exil, il apportera la restauration à un reste de son peuple et agira pour que celui-ci applique enfin les commandements contenus dans les livres de la Loi. Moïse va d'ailleurs utiliser à cet égard une image nouvelle, celle de la circoncision du cœur. Dieu demande à son peuple d'ôter ce qu'il y a de mauvais en lui, mais comme les Israélites sont incapables d'opérer cette chirurgie de l'âme, c'est finalement l'Éternel qui l'effectuera. Ce même message sera repris plus tard par le prophète Jérémie qui annoncera une alliance nouvelle et meilleure, et qui trouvera son accomplissement en la personne de Jésus-Christ et en la régénération opérée par le Saint-Esprit.

Le Deutéronome a exercé une très forte influence sur les écrits postérieurs de l'Ancien Testament, en particulier sur les écrits historiques et prophétiques. C'est en effet par ce livre que les actions des rois d'Israël seront jugées et sur la base de cette loi que certains d'entre eux entreprendront des réformes morales. Le Deutéronome est aussi le livre le plus souvent mentionné dans le Nouveau Testament. Par exemple, Jésus le cite trois fois de suite tout au début de son ministère, pour répondre au diable lorsque celui-ci le tenta dans le désert. Il contient également la promesse de la venue du prophète comme Moïse, que les Juifs attendaient encore au premier siècle de notre ère. Il s'agit bien entendu de Jésus-Christ.

Dans le premier chapitre du Deutéronome, Moïse commence à passer en revue les errances des Israélites dans le désert et qui virent la mort de tous ceux qui sortirent d'Égypte, à l'exception de deux hommes. Ce dernier livre de la Loi sert en quelque sorte à préparer les jeunes loups à entrer en Terre Promise, leur rappelant l'expérience de leurs aînés afin qu'ils ne répètent pas leurs échecs.

Chapitre 1

Versets 1-2

Je commence à lire tout en évitant certains noms de lieux imprononçables et inconnus.

Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël à l'est du Jourdain, dans le désert, dans la plaine qui fait face à Souph, entre Parân et Tophel, et entre Labân, Hatséroth et Di-Zahab. Il y a onze journées de marche depuis Horeb, par le chemin de la montagne de Séir, jusqu'à Qadech-Barnéa (Deutéronome 1.1-2).

L'auteur fait remarquer qu'il ne fallait que onze journées de marche pour aller d'Horeb où se trouve le mont Sinaï jusqu'à Qadech, qui est la porte d'entrée de la Terre Sainte. Il établit ainsi un contraste saisissant avec les 38 ans qu'ont duré les pérégrinations de la première génération d'Israélites à cause de leur incrédulité.

Verset 3

Je continue.

Le premier jour du onzième mois de la quarantième année après la sortie d'Égypte, Moïse communiqua aux Israélites tout ce que l'Éternel lui ordonna pour eux (Deutéronome 1.3).

À la fin des 40 ans dans le désert, Moïse commence son premier discours dans lequel il va rappeler les événements qui ont eu lieu depuis que la Loi fut donnée sur le mont Sinaï. Cette allocution sert d'introduction aux deux suivantes. Il va rappeler au peuple tous les bienfaits dont Dieu l'a comblé depuis la sortie d'Égypte et l'ingratitude dont il a fait preuve. Ce coup d'œil rétrospectif a pour but d'inspirer aux Hébreux un vif sentiment d'humilité. Moïse cherche aussi à enflammer leur désir de répondre désormais positivement à la haute vocation dont Dieu l'a honoré et que lui rappelleront les discours suivants.

Versets 9-15

Je continue plus loin.

À cette époque-là, je vous ai dit : Je ne peux pas, à moi seul, assumer la responsabilité de vous tous. Comment pourrais-je à moi seul m'occuper de vous, de vos affaires et de vos différends ? J'ai donc pris les chefs de vos tribus, des hommes sages et estimés, et je les ai établis chefs de vos « milliers », de vos « centaines », de vos « cinquantaines » et de vos « dizaines » et administrateurs pour vos tribus (Deutéronome 1.9, 12, 15).

De tous les événements survenus pendant le voyage à travers le désert, Moïse ne relève que celui-là, l'établissement de magistrats pour statuer sur les problèmes des Israélites entre eux. C'était en effet cette institution qui avait inauguré l'organisation sociale du peuple. L'importance que Moïse attribue à cette organisation judiciaire ressort de plusieurs passages dans les discours suivants.

Il faut dire que le peuple lui a mené la vie dure. Il devait non seulement endurer les difficultés et les privations du voyage, mais encore supporter leurs murmures et satisfaire leurs exigences en allant constamment plaider leur cause devant l'Éternel. Il devint frustré et finit par perdre son sang-froid, oubliant pour un temps que c'était Dieu et non pas lui qui portait le peuple.

Versets 19-25

Je continue en condensant.

Après cela, nous sommes partis du mont Horeb, nous avons traversé tout ce vaste et terrible désert que vous avez vu, et nous sommes arrivés à Qadech-Barnéa. Je vous ai dit alors : Regardez : l'Éternel votre Dieu met le pays à votre disposition ; allez-y et prenez-en possession, comme l'Éternel, le Dieu de vos ancêtres, vous l'a dit. N'ayez pas peur, ne vous laissez pas effrayer. Alors vous êtes tous venus me trouver pour me dire : Nous voudrions envoyer quelques hommes en avant pour qu'ils fassent, pour nous, une reconnaissance du pays et qu'ils nous renseignent sur la route que nous devons prendre et sur les villes où nous devons aller. La proposition m'a paru bonne et j'ai pris douze hommes d'entre vous, un par tribu. Ils ont pris la direction de la montagne. Ils ont emporté des produits du pays et nous les ont rapportés. Dans leur rapport, ils nous ont dit : « Le pays que l'Éternel notre Dieu nous donne est un bon pays » (Deutéronome 1.19-25).

Le livre du Deutéronome souligne à de nombreuses reprises que la Terre Promise donnée par l'Éternel à son peuple est un bon pays. Ce mot évoque sa beauté et sa fertilité, mais aussi le bonheur dont Israël pourra y jouir, si du moins il reste fidèle à Dieu.

Versets 26-39

Je continue.

Mais vous avez refusé de vous y rendre et vous avez désobéi à l'Éternel votre Dieu. Quand l'Éternel entendit vos propos, il s'est irrité et a fait ce serment : Aucun des hommes de cette génération rebelle ne verra le beau pays que j'ai promis par serment à vos ancêtres, excepté Caleb, fils de Yephounné. Lui, il le verra et je lui donnerai, à lui et à ses descendants, le pays que son pied a foulé, parce qu'il a fidèlement accompli ma volonté. L'Éternel s'est aussi mis en colère contre moi à cause de vous et il a dit : Toi non plus, tu n'y entreras pas. Par contre, Josué, fils de Noun ton assistant, y entrera ; encourage-le, car c'est lui qui mettra Israël en possession de ce pays. Ce sont vos enfants, dont vous avez prétendu qu'ils deviendraient la proie des ennemis, vos fils qui aujourd'hui ne savent pas encore distinguer le bien du mal, qui y entreront ; c'est à eux que je le donnerai, et ils en prendront possession (Deutéronome 1.26, 34-39).

Outre l'établissement de magistrats, Moïse mentionne aussi la raison pour laquelle le peuple a séjourné si longtemps dans le désert. Il s'est révolté à Qadech, refusant de conquérir le pays de Canaan. Ce fut le commencement de l'époque douloureuse des 38 années de pérégrinations dans le désert. C'est en effet suite à cet épisode et la désobéissance des Israélites, qui se sont montrés incrédules, qu'ils furent condamnés à tourner en rond jusqu'à ce que toute la génération des plus de 20 ans disparaisse. Ce châtiment touche à sa fin et la nouvelle génération est maintenant aux portes de la Terre Promise.

Dans la foulée, Moïse fait son mea culpa. Sa condamnation, dont il parle, n'eut pas lieu à la même occasion, mais bien plus tard. S'il la rappelle ici, c'est qu'elle lui attira la même peine que celle dont furent frappés tous les autres Israélites de la première génération, et qu'elle eut une cause semblable, l'incrédulité. Soit dit en passant qu’Aaron, le frère de Moïse et premier grand-prêtre, a également subi le jugement de Dieu. Mais le peuple doit comprendre que lui aussi a contribué à cette défaillance de foi de ses chefs, résultat de la lassitude et de l'irritation produites chez eux par la rébellion quasi constante des Israélites. C'est donc avec raison que Moïse peut dire :

L'Éternel s'est aussi mis en colère contre moi à cause de vous ! (Deutéronome 1.37).

Les aînés refusèrent de conquérir la Palestine parce qu'ils ne croyaient pas que l'Éternel se souciait de leurs enfants. Maintenant, Dieu va prouver le contraire puisque ce sont eux qui vont entrer dans le Pays Promis.

Versets 40-43

Je continue.

Quant à vous, faites demi-tour. Repartez au désert en direction de la mer des Roseaux ! Alors vous vous êtes écriés : Nous avons commis une faute contre l'Éternel. Nous irons et combattrons, comme l'Éternel notre Dieu nous l'a ordonné. Chacun de vous a pris ses armes. Vous avez décidé de manière présomptueuse de gravir la montagne. Mais l'Éternel m'a dit : « Ordonne-leur de ne pas monter et de ne pas combattre, car je ne suis pas avec eux, et ils vont se faire battre par leurs ennemis. » Cependant, j'ai eu beau vous parler, vous n'avez pas écouté : vous avez désobéi à l'Éternel et vous avez eu la témérité de gravir la montagne (Deutéronome 1.40-43).

Il faut bien distinguer entre deux principes opposés : d'une part, la foi qui consiste à aller de l'avant en s'appuyant sur les promesses reçues de Dieu et d'autre part, la présomption qui revient à foncer la tête baissée en comptant essentiellement sur soi-même.

Versets 44-46

Je continue jusqu'à la fin du premier chapitre.

Alors les Amoréens qui occupent la montagne sont sortis pour marcher contre vous et vous ont poursuivis comme un essaim d'abeilles, ils vous ont battus depuis Séir jusqu'à Horma. À votre retour, vous avez pleuré devant l'Éternel, mais il ne vous a pas écoutés, il a fait la sourde oreille à vos lamentations. C'est ainsi que vous êtes restés très longtemps à Qadech (Deutéronome 1.44-46).

Après leur défaite, les Israélites pleurèrent amèrement. Cependant, il ne s'agissait pas d'une véritable repentance, mais d'un simple remords dû aux conséquences fort fâcheuses de leur rébellion. Ils ne se lamentèrent pas en vertu de leur désobéissance initiale, ou de leur incrédulité ou de leur présomption, mais à cause de leur défaite. Il y a une grande différence entre le remords et la repentance.