Chapitre 18
Versets 29-31
Jésus a été arrêté par les chefs religieux qui ont décidé de se débarrasser de lui. Ils se rendent donc vers le gouverneur Pilate pour lui demander de le mettre à mort. Il arrivait, dans certaines circonstances mal définies, que les Juifs exécutent quelqu'un à coups de pierres, mais ils risquaient gros à cause des Romains qui seuls pouvaient prononcer la peine capitale. C'est la raison pour laquelle Jean explique que les autorités religieuses remirent Jésus entre les mains du gouverneur Pilate. Les exécutions juives par lapidation broyaient les membres et le squelette de la victime, tandis que les Romains crucifiaient les criminels.
La mort du Christ devait avoir lieu sur la croix pour trois raisons. D'abord pour accomplir plusieurs prophéties, l'une étant qu'aucun de ses os ne serait brisé ; ensuite afin que selon la classification biblique, les deux groupes de l'humanité, les Juifs et les païens, révèlent leur culpabilité dans ce crime ; et finalement, afin que Jésus soit élevé comme le fut le serpent de bronze que fabriqua Moïse dans le désert, une histoire très chargée de symbolisme. En outre, une personne maudite par Dieu devait être exposée pendue, pour signifier que son crime, son péché, était jugé.
Versets 33-35
Je continue.
Pilate rentra donc dans le palais de justice et fit comparaître Jésus : — Es-tu le roi des Juifs ? lui demanda-t-il. — Dis-tu cela de toi-même ou d'autres t'ont-ils dit cela à mon sujet ? répondit Jésus. — Est-ce que je suis juif, moi ? répliqua Pilate. Ce sont ceux de ta nation et les chefs des prêtres qui t'ont livré à moi (Jean 18.33-35).
Pilate eut un entretien privé avec le Seigneur, car il se rendait compte que toute cette histoire ne tenait pas debout. Jésus avait été accusé de se faire passer pour le Christ, le Messie, ce qui incluait le titre de roi. C'est ce qui intéresse Pilate, mais Jésus lui renvoie la balle en lui demandant ce que lui pensait.
En d'autres mots, il lui pose la question si en tant que gouverneur romain, il était inquiet. Pilate est surtout ébahi et exaspéré. Il est intrigué par ce titre de roi que se donne Jésus, mais sent que la situation commence à lui échapper. Bien sûr, il n'est pas intéressé par les croyances religieuses juives, seulement par ce qui touche les affaires civiles. Des mois auparavant et à plusieurs reprises, Jésus avait annoncé à ses disciples que les autorités religieuses comploteraient contre lui et le livreraient entre les mains des païens. C'est ce qui vient d'arriver.
Verset 36
Je continue.
Pilate lui demanda : Qu'as-tu fait ? Jésus lui répondit : — Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume appartenait à ce monde, mes serviteurs se seraient battus pour que je ne tombe pas aux mains des chefs des Juifs. Non, réellement, mon royaume n'est pas d'ici (Jean 18.36).
Jésus qualifie la substance de son royaume. Il n'est pas comme les autres : son origine, son mode de fonctionnement et sa nature sont profondément différents. Il n'est pas d'ici-bas, il est du ciel, hors de l'espace-temps. Il ne sera pas établi par un coup d'État. Rome n'a pas à craindre une insurrection politique, car Jésus n'est pas un zélote ou un chef révolutionnaire de la guérilla. Il n'envisageait ni manœuvre politique, ni action violente, et ses disciples n'étaient pas des soldats. Jésus prêchait la soumission à Dieu, le pardon et la nouvelle naissance.
Dans la suite des temps, le Créateur va bel et bien établir son royaume sur terre par la force et le Christ sera alors le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, mais Pilate peut dormir tranquille sur ses deux oreilles, il n'assistera pas à ces événements encore lointains.
Verset 37
Je continue.
— Es-tu donc roi ? reprit Pilate. — Tu le dis toi-même : je suis roi ! Si je suis né et si je suis venu dans ce monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité. Celui qui appartient à la vérité écoute ce que je dis (Jean 18.37).
En deux mots, Jésus affirme son origine et sa mission divines. Il accepte le titre de roi, mais il a des réserves sur le sens qu'on lui donne. Son royaume surpasse tous les autres et ses sujets sont ceux qui acceptent la vérité à laquelle il rend témoignage. En entendant cela, Pilate décroche. Il était lui-même une crapule et une marionnette de Rome qui avait acheté sa charge politique de gouverneur. Il comprenait le mot magouille, mais la vérité était pour lui un mystère.
Verset 38
Je continue.
— Qu'est-ce que la vérité ? lui répondit Pilate. Là-dessus, il alla de nouveau trouver les Juifs et leur dit : — En ce qui me concerne, je ne trouve chez cet homme aucune raison de le condamner (Jean 18.38).
Cette question de Pilate, Qu'est-ce que la vérité, a retenti au travers des siècles, mais on ne sait pas trop ce qu'il voulait dire. Cependant, avant que Jésus ne lui réponde il se détourne abruptement de lui et sort de son palais. Le fait qu'il ait déclaré Jésus innocent est important. Mais cela n'empêchera pas qu'il va mourir en tant qu'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Il est l'accomplissement, la réalisation de l'agneau symbolique qui était mis à mort chaque année pour la Pâque juive, et qui comme l'exigeait la Loi de Moïse, devait être un mâle sans défaut dans sa prime jeunesse.
Versets 39-40
Je finis ce chapitre.
Il est d'usage que je vous relâche un prisonnier à l'occasion de la fête de la Pâque. Voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? Ils lui répondirent en criant : — Non ! Pas lui ! Barabbas ! Or, Barabbas était un bandit (Jean 18.39-40).
Pilate est un bien mauvais bougre. Il a déjà manifesté son manque d'intérêt pour la vérité, maintenant il va montrer le peu de cas qu'il fait de la justice. Puisqu'il reconnaît que Jésus est innocent, il aurait dû le libérer. Et si les Juifs s'étaient soulevés, il avait plusieurs légions en rangs serrés qui le doigt sur la gâchette n'attendaient que cela pour se distraire un peu. Mais Pilate n'avait pas le courage de ses convictions. C'était un lâche. Il va mettre en branle toute une série d'actions compromettantes afin d'éviter de prendre une décision embarrassante dans une situation difficile. Il pensait que la foule préférerait la libération de Jésus plutôt que celle d'un criminel.
Mais les chefs religieux s'avérèrent très persuasifs et savaient bien manipuler le peuple. Non seulement Pilate ne valait pas un clou en tant qu'individu, mais il était de plus un très mauvais fonctionnaire romain. Le fait qu'il offre de relâcher Barabbas qui s'était déjà avéré dangereux pour Rome, montre qu'il faisait preuve d'un très mauvais jugement en tant que défenseur des intérêts de l'Empire.
Chapitre 19
Introduction
Le récit continue au chapitre 19. C'est maintenant que va avoir lieu une entorse monumentale au droit commun. Dans le monde entier, l'Empire romain avait la réputation de rendre une justice équitable. Sur le bureau de chaque homme de loi se trouvait une petite statue de Janus, le dieu aux deux visages, tournés en sens contraire ; l'un regardait vers l'avenir et l'autre vers le passé. Cette idole avait pour but de rappeler aux magistrats qu'ils devaient considérer les deux aspects de toute affaire, et écouter les deux parties plaignantes. Cela faisait plus de 1 000 ans que Rome était le maître de l'Occident.
Quand un nouveau peuple était conquis, le César en place cherchait alors à gagner la faveur des vaincus en leur promettant des voies de communication, une loi juste pour tous, l'ordre, la protection et la fameuse pax romana. Les tribunaux rendaient la justice équitablement, mais les coupables n'obtenaient jamais miséricorde. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi lors du procès du Christ. Ce fut l'innocent qui fut exécuté, tandis que Barabbas, coupable jusqu'au bout des ongles, fut libéré et les conspirateurs religieux juifs obtinrent gain de cause. La justice tout court, mais aussi celle habituellement administrée par Rome, fut bafouée.
Verset 1
Je commence à lire ce chapitre 19.
Alors Pilate donna l'ordre d'emmener Jésus et de le faire fouetter. Les soldats lui mirent sur la tête une couronne tressée de rameaux épineux et ils l'affublèrent d'un manteau de couleur pourpre et, s'avançant au-devant de lui, ils s'écriaient : — Salut, roi des Juifs ! Et ils lui donnaient des soufflets (Jean 19.1).
Pilate s'est détourné de la vérité, puis de la justice, et maintenant, après avoir déclaré Jésus innocent, il le fait fouetter essayant par là d'amadouer les Juifs. Il continue à se compromettre et s'enfonce dans son purin. Il espérait que la foule, en voyant un peu de sang couler, serait satisfaite.
La flagellation romaine se pratiquait avec un fouet de cuir dont les extrémités étaient munies de petits morceaux de métal ou d'os. Il n'était pas rare qu'une personne meure sous les coups. La flagellation, la couronne d'épines, le manteau de pourpre, les insultes, les crachats et les soufflets qui défigurèrent le Christ faisaient partie de l'humiliation profonde du Serviteur de l'Éternel, qui s'identifiait au péché de l'homme. Il devint méconnaissable sous les coups comme l'affirme une prophétie que je cite :
Beaucoup ont été horrifiés tellement son visage était défiguré et tant son apparence n'avait plus rien d'humain. Car il accomplira le rite de l'aspersion pour beaucoup de nations (Ésaïe 52.14-15).
Et en effet, Jésus avait commencé à verser son sang qui allait faire l'expiation des péchés du monde.
Versets 4-5
Je continue.
Pilate sortit de nouveau du palais et dit aux chefs des Juifs : — Voilà ! je vous le fais amener ici dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucune raison de le condamner. Jésus parut donc dehors, portant la couronne d'épines et le manteau de couleur pourpre. Pilate leur dit : — Voici l'homme (Jean 19.4-5).
Pilate a mauvaise conscience. Il tente encore vainement d'obtenir la libération de Jésus en l'amenant devant la foule. Il espère que cette mise en scène et les coups infligés suffiraient à satisfaire la soif de vengeance des accusateurs de Jésus. Mais là encore, il fait une erreur de jugement ; le désir des Juifs de voir couler beaucoup de sang était sans appel. Ils réclamaient du sang et éventuellement ils vont en avoir beaucoup plus que ce qu'ils voulaient, mais ce sera le leur. En l'an 70, lorsque le général Titus rasa Jérusalem, ce sont des ruisseaux de sang qui coulèrent.
Ces paroles de Pilate, Voici l'homme, sont dites avec un ton méprisant peut-être vis-à-vis de Jésus, mais surtout à l'égard des chefs juifs et de leurs accusations contre le Christ qui étaient sans fondement. Pilate se sent piégé et comme il n'a pas le courage de sortir du guet-apens que lui ont tendu les autorités religieuses, il est furieux. Cependant pour l'apôtre Jean, cette parole : Voici l'homme, est une déclaration qui présente Jésus dans son humanité parfaite. En effet, il est l'homme par excellence, Le Juste qui va échanger sa vie contre celle de tous ceux qui lui feront confiance, l'Agneau de Dieu qui va se donner en sacrifice pour racheter l'humanité déchue.
Versets 6-7
Je continue.
En le voyant, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : — Crucifie-le ! Crucifie-le ! — Vous n'avez qu'à le prendre, leur lança Pilate, et le crucifier vous-mêmes. Moi, je ne trouve aucune raison de le condamner. Les chefs des Juifs répliquèrent : — Nous, nous avons une Loi, et d'après cette Loi, il doit mourir, car il a prétendu être le Fils de Dieu (Jean 19.6-7).
Les chefs juifs manifestent leur haine à l'égard de Jésus et voulaient absolument sa mort. La crucifixion était une exécution honteuse habituellement réservée aux criminels, aux esclaves et surtout aux révolutionnaires comme Barrabas. Finalement, on passe du domaine politique au religieux. Les religieux avouent le vrai motif de leur accusation. Les affirmations de Jésus concernant son identité, son origine et sa relation avec le Père sont la raison officielle de son arrestation. Dans la réalité, c'était surtout la perte de prestige des chefs vis-à-vis du peuple et leur jalousie qui firent qu'ils poursuivirent le Christ inlassablement jusqu'à ce qu'il soit mis à mort.
Versets 8-11
Je continue.
Ces propos effrayèrent vivement Pilate. Il rentra au palais de justice et demanda à Jésus : — D'où viens-tu ? Mais Jésus ne lui donna aucune réponse. Alors Pilate lui dit : — Comment ! C'est à moi que tu refuses de parler ? Tu ne sais donc pas que j'ai le pouvoir de te relâcher et celui de te crucifier ? Jésus lui répondit : — Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, s'il ne t'avait été donné d'en haut. Voilà pourquoi celui qui me livre entre tes mains est plus coupable que toi (Jean 19.8-11).
Pilate prend peur, car il est superstitieux. En tant que païen, il a entendu des histoires au sujet de dieux semblables à des êtres humains qui rendaient visite aux hommes et les jugeaient. La majesté, la prestance du Christ, l'autorité qui émanait de lui, son discours sur la vérité commençaient à convaincre Pilate qu'il s'était mis dans de sales draps ; et puis ce qui ajoutait de l'huile sur le feu, c'est qu'un peu plus tôt et selon un autre Évangile il avait reçu de sa femme un message bien étrange qui disait :
Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste, car cette nuit, j'ai été fort tourmentée par des rêves à cause de lui (Matthieu 27.19).
Enfin, Pilate pose la bonne question à Jésus : D'où viens-tu ? Mais le Seigneur refuse de répondre, car c'est trop tard pour lui. Les dés sont jetés. Par contre, il le secoue davantage lorsqu'il lui dit : Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, s'il ne t'avait été donné d'en haut. Cette fois-ci, Pilate pâlit. Il a des sueurs froides. Il veut relâcher Jésus, mais il y a longtemps qu'il n'a plus la situation en main. Il est très très mal dans ses sandales, car les événements l'ont pris de vitesse.
Versets 12-13
Je continue.
À partir de ce moment, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les chefs des Juifs redoublèrent leurs cris : — Si tu relâches cet homme, tu n'es pas l'ami de César. Si quelqu'un se fait roi, il s'oppose à César. Quand il eut entendu ces mots, Pilate fit amener Jésus dehors et s'assit à son tribunal, au lieu appelé « la Place Pavée » (en hébreu « Gabbatha ») (Jean 19.12-13).
Les chefs religieux sortent maintenant du domaine religieux et font appel au bon sens politique du gouverneur et à son intérêt personnel. Le titre, ami de César, pesait lourd dans la balance. C'était un titre honorifique officiel décerné à certains fonctionnaires impériaux, ce qui impliquait certains avantages. Tibère, qui était alors le César régnant, était malade, méfiant et souvent violent. Pilate craint Jésus, mais il a encore plus peur des religieux juifs qui pourraient l'accuser de trahison devant l'empereur. Il ne voulait surtout pas encourir ses foudres.
À choisir entre une loyauté envers Rome ou envers un Juif étrange et méprisé, il n'y avait pas à hésiter. Politicien opportuniste de piètre valeur et misérable pion de rien du tout, Pilate prend finalement la décision officielle. Il se mouille complètement, même s'il ne s'est lavé que les mains dans une bassine d'eau.
Versets 14-16
Je continue.
C'était la veille de la semaine pascale, vers midi. Pilate dit aux Juifs : — Voici votre roi ! Mais ils se mirent à crier : — À mort ! À mort ! Crucifie-le ! — Voici votre roi : est-ce que je dois le crucifier ? répondit Pilate. Les chefs des prêtres répliquèrent : — Nous n'avons pas d'autre roi que César. Alors Pilate le leur livra pour qu'il soit crucifié. Ils s'emparèrent donc de Jésus (Jean 19.14-16).
Tous ceux qui condamnent le Christ sont forcés de faire un choix douloureux et compromettant. Pilate a bafoué la justice et choisi par pur intérêt personnel César plutôt que le Fils de Dieu. Les chefs religieux qui avaient rejeté leur Messie se déclarent maintenant soumis à Rome plutôt qu'à Dieu. Ils vont jusqu'à nier la souveraineté de l'Éternel lorsqu'ils disent : Nous n'avons pas d'autre roi que César.
Autant l'un que les autres, ils ont littéralement vendu leur âme au diable, ce qu'ils découvriront à leur grande horreur dès qu'ils seront dans l'au-delà. Pilate ne croyait pas que Jésus était le roi des Juifs, mais pour vexer les religieux, il a fait cette déclaration : Voici votre roi . Cela était significatif pour l'apôtre Jean, car Jésus s'était effectivement présenté comme leur roi, et une fois rejeté il allait mourir pour son peuple.
Cependant, le jour viendra où dans une très grande gloire Jésus va bel et bien être proclamé le Seigneur des seigneurs par tout l'univers. Et alors, il est dit que toute créature s'inclinera devant lui. Je cite les passages :
Car il est écrit : Je suis vivant, dit le Seigneur, Tout genou fléchira devant moi, Et toute langue donnera gloire à Dieu. Afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre (Romains 14.11 ; Philippiens 2.10).
Le récit de l'arrestation de Jésus et des procédures judiciaires qui suivent révèle bien que le Père et le Fils de Dieu contrôlent toutes choses.