Chapitre 16
Versets 21-22
Dans le chapitre 16 de l'Évangile de Jean, juste avant de se rendre à la croix, Jésus donne ses dernières instructions à ses disciples. Il les avertit également qu'ils vont connaître une profonde détresse, mais qui sera suivie d'une très grande joie. Pour illustrer ses paroles, il emploie l'image d'une femme sur le point d'accoucher. Cette scène très parlante est déjà utilisée à plusieurs reprises dans l'Ancien Testament. Elle évoque l'angoisse et la souffrance qui précèdent un changement majeur dans la vie de la nation d'Israël, comme par exemple une déportation en terre étrangère, mais qui sera éventuellement suivie d'un retour en Palestine.
C'est aussi ce que vont éprouver les apôtres. Ils vont tout d'abord se retrouver dans une très grande détresse, mais après la résurrection, lorsqu'ils reverront Jésus, ils éprouveront un immense bonheur. Cette joie transcendera toutes les circonstances de leur vie et les accompagnera même après le départ de Jésus. Elle ne cessera jamais, car l'œuvre de la rédemption du Christ a été accomplie une fois pour toutes, et ses fruits, dont la joie, sont éternels. D'ailleurs, les auteurs du Nouveau Testament ont fort bien exprimé ces vérités. Je cite deux passages :
Car nous savons que le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; c'est pour le péché qu'il est mort une fois pour toutes. Mais à présent, il est vivant... Mais Jésus, lui, parce qu'il demeure éternellement, il est en mesure de sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, puisqu'il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur auprès de Dieu (Romains 6.9-10 ; Hébreux 7.24-25).
Celui qui a placé sa confiance en Jésus-Christ, même s'il est dans la détresse à cause d'événements fâcheux, a toujours de bonnes raisons de se réjouir, parce qu'il sait que le jour viendra où il retrouvera la joie de Dieu parce qu'il est son enfant. De plus, je sais que là-haut, dans le royaume des cieux, ma joie dans la présence de Jésus surpassera infiniment toutes les peines que j'aurais pu connaître ici-bas.
Versets 23-24
Je continue.
Quand ce jour viendra, vous ne me poserez plus aucune question. Oui, vraiment, je vous l'assure : tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera. Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, pour que votre joie soit complète (Jean 16.23-24).
Les disciples étaient des hommes pieux qui priaient Dieu, mais ils ne l'avaient encore jamais fait au nom de Jésus puisqu'il était parmi eux. Les événements qui allaient se produire entraîneraient des changements dans leur relation avec leur Seigneur. Encore cette fois-ci, les paroles, Oui, vraiment, je vous l'assure, servent d'introduction à une déclaration importante. Après son ascension, il ne sera plus possible aux disciples d'interroger Jésus de vive voix, mais ils pourront s'approcher librement du Père et lui demander ce dont ils auront besoin pour accomplir au mieux leur nouveau rôle d'ambassadeurs.
La prière au nom de Jésus est une nouveauté qui est liée à l'œuvre du Christ sur la croix, à son entrée en gloire et à la venue de l'Esprit. Le croyant n'a plus à passer par les rituels sanglants, contraignants et complexes tels qu'ils étaient réglementés par la loi de Moïse. Suite à la mort et à la résurrection de Jésus, le régime de l'Ancienne Alliance a été aboli et l'humanité est entrée dans l'ère de la grâce et de l'Église. Prier en son nom n'est cependant pas une formule magique. Ces paroles établissent un lien entre la requête du disciple et la volonté de Jésus-Christ, au même titre que sur terre, le Fils faisait tout au nom de son Père et accomplissait son bon plaisir.
Verset 25
Je continue.
Je vous ai dit tout cela en parabole. L'heure vient où je ne vous parlerai plus de cette manière ; je vous annoncerai en toute clarté ce qui concerne le Père (Jean 16.25).
Bien que Jésus fut un maître par excellence et enseigna ses disciples pendant 3 ans par son exemple et sa parole, leur compréhension du Père demeurait très rudimentaire. Mais bientôt, l'enseignement jusqu'alors imagé de Jésus laissera la place à un langage clair et direct. En effet, après la résurrection, le Fils parla du Père ouvertement et sans l'aide de paraboles. Puis un peu plus tard, suite à l'ascension, le Saint-Esprit enseigna aux apôtres toutes les réalités spirituelles au point où ils purent écrire le Nouveau Testament.
Versets 26-27
Je continue.
Ce jour-là, vous adresserez vos demandes au Père en mon nom. Et je ne vous dis même pas que j'interviendrai en votre faveur auprès du Père. Car le Père lui-même vous aime parce que vous m'aimez et que vous avez cru que je suis venu de lui (Jean 16.26-27).
Ici encore, Jésus fait état de la pleine harmonie qui règne entre lui et le Père. Ces deux personnes de la Trinité sont constamment sur la même longueur d'onde, véritablement un en esprit et en vérité ; et jamais il n'y a de nuages entre eux. Dans une perspective purement terrestre, on pourrait dire que le Père et le Fils sont interchangeables, tellement ils sont similaires.
Après la résurrection et la Pentecôte, un jour nouveau va poindre à l'horizon et permettre aux apôtres d'entrer en communion intime avec le Père. Cette relation se fera sur la base de l'amour et de la foi qu'ils avaient en Jésus et grâce bien sûr à son sacrifice sur la croix. Le Fils n'a pas à argumenter pour convaincre le Père de condescendre à venir en aide aux disciples parce que lui-même les aime. Ils jouiront alors d'une entrée personnelle auprès de Dieu grâce au nom de Jésus. Il n'aura donc plus à intercéder pour eux puisqu'ils pourront s'adresser eux-mêmes directement au Père. Or seuls les enfants ont le privilège d'avoir ce genre d'accès auprès de leur Père, ce que l'apôtre Paul déclare dans une de ses lettres lorsqu'il écrit :
Et parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : papa ! Père ! (Galates 4.6).
Versets 28-30
Je continue le texte.
C'est vrai : je suis venu du Père et je suis venu dans le monde. Maintenant, je quitte le monde et je retourne auprès du Père. — Maintenant enfin, s'écrièrent ses disciples, tu nous parles en toute clarté, et non plus de manière figurée. À présent, nous savons que tu sais tout et que tu connais d'avance les questions que l'on aimerait te poser. C'est pourquoi nous croyons que tu viens de Dieu (Jean 16.28-30).
Jésus donne un résumé de qui il est et de son ordre de mission en une phrase : Il était avec le Père, il fut incarné et humilié, il est sur le point de mourir, puis va ressusciter et retourner dans l'état éternel glorieux qui était le sien avant qu'il ne naisse dans une humble étable. Il vint de l'éternité et y retourne après avoir accompli la purification des péchés.
Maintenant, les disciples disent enfin comprendre et croire que Jésus est omniscient, qu'il connaît toutes choses parce qu'il est d'origine et de nature divines. Ils savent qu'il peut percer les secrets des cœurs, qu'il prononce les paroles de Dieu et donne la vie. Mais ils ne saisissent pas du tout le sens des événements qu'ils sont en train de vivre et n'ont aucune idée de ce qui les attend. L'ironie du récit est que dans quelques heures ils vont s'enfuir et l'abandonner.
Versets 31-32
Je continue.
— Ainsi donc, leur répondit Jésus, est-ce que vous croyez à présent ? Mais l'heure vient, elle est déjà là, où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi (Jean 16.31-32).
Bien que les disciples se soient montrés honnêtes et sincères en affirmant leur foi, Jésus connaissait leurs limites bien mieux qu'eux. Ils croyaient du bout des lèvres pourrait-on dire. Maintenant encore ce sont des poltrons qui vont se comporter comme des poules mouillées.
Ce n'est que plus tard qu'ils auront une foi solide, entière et véritable ; c'est après la résurrection de Jésus et la venue du Saint-Esprit lors de la Pentecôte qu'ils deviendront des lions n'ayant peur de rien ni de quiconque.
Lorsque Jésus dit : vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul, il confirme une prophétie de l'Ancien Testament que je cite :
Épée, réveille-toi contre mon berger, le chef de mon peuple, contre mon compagnon, demande l'Éternel, le Seigneur des armées célestes. Va, frappe le berger : que les brebis soient dispersées ! (Zacharie 13.7).
Les disciples avaient manifesté leur attachement à Jésus ; ils l'aimaient vraiment et lui avaient été fidèles pendant 3 ans. Mais dans le fort de l'épreuve, ils s'effondreront tous, abandonnant leur Maître et s'enfuyant à toutes jambes. Pour Jésus, la présence du Père à ses côtés était tout aussi réelle et tangible que ses onze disciples assemblés autour de lui. Le Fils dépendait beaucoup du soutien affectif du Père. Néanmoins, à un certain moment, Dieu se détournera de Jésus lorsque sur la croix il sera juridiquement chargé du péché du monde. Il devra entièrement seul expier les fautes de toute l'humanité.
Verset 33
Je finis ce chapitre.
Il fallait que je vous dise aussi cela pour que vous trouviez la paix en moi. Dans le monde, vous aurez à souffrir bien des afflictions. Mais courage ! Moi, j'ai vaincu le monde (Jean 16.33).
Tout ce que Jésus a dit à ses disciples dans ce discours de la Chambre Haute avait pour but de les soutenir et leur procurer la paix à cause de lui. La vie des croyants a deux aspects. D'un côté, ils sont liés au Christ, et d'un autre, ils sont dans le monde qui exerce sur eux une pression souvent hostile. Il est tout de même notoire que le Seigneur ait été mis à mort par une coalition composée des dirigeants religieux juifs et du pouvoir politique romain. Mais ils n'étaient que des exécutants. Jésus est allé au fond du problème et a triomphé du diable, leur chef invisible. Il a vaincu par là le monde en tant que système qui sous-tend tout ce qui se passe sur terre. En effet, les politiciens de tous bords comme les religieux quels qu'ils soient, peuvent très facilement devenir des jouets ou des marionnettes entre les mains de Satan ; car c'est lui, qui dans les coulisses tire les ficelles. La croix fut une victoire contre Satan, le dominateur de ce monde, contre la mort et le mal dans son essence. Les apôtres devront s'en souvenir et ainsi garder courage lorsqu'ils auront eux aussi maille à partir avec le judaïsme puis les autorités romaines ; ensuite viendront les hérésies issues du christianisme qui n'en finiront jamais, car elles seront appuyées par une meute de faux croyants toujours plus nombreuse. Mais au travers de toutes ces afflictions, les vrais disciples demeureront fidèles grâce à l'œuvre du Consolateur, le Saint-Esprit. Il est la sève qui par la Parole de vérité fait passer la vie de Jésus le vrai cep aux croyants qui sont les sarments et leur donne le pouvoir de porter du fruit.
Chapitre 17
Introduction
Nous voici arrivés au chapitre 17 qui est un passage surprenant. Il s'agit d'une prière de Jésus et la plus longue qui soit rapportée dans les Textes Sacrés. Après avoir lavé les pieds de ses disciples et donné ses dernières instructions, le Christ se tourne maintenant vers son Père, car l'heure est venue pour lui de devenir l'Agneau qui enlève le péché du monde. Or, la croix est un règlement de comptes particulièrement violent entre d'une part Jésus, le Fils de l'homme et le champion de la race humaine, et d'autre part l'Éternel Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, et qui est fort en colère contre l'humanité à cause de sa rébellion contre lui. La bataille n'aura pas seulement lieu sur le mont du Calvaire, mais va aussi s'étendre au monde invisible, aussi bien dans les cieux qu'aux enfers.
Jésus va partir seul à l'assaut des ennemis de l'homme. Il va vaincre Satan et régler ce qui fait sa force, le péché d'une part, et la mort qui en est la conséquence. Mais le Seigneur est horrifié par ce qui l'attend. C'est pour cela qu'il va longuement prier son Père, afin de se préparer au combat et obtenir la victoire pour Dieu, pour ses disciples et pour tous ceux qui dans la suite des temps lui feront confiance. Depuis l'aube de l'histoire humaine, il n'y a jamais eu d'enjeu aussi important, et il n'y en aura plus jamais.
Cette prière de Jésus est l'apothéose de tous ses enseignements. Martin Luther en a dit ceci : Cette prière est au-delà de toute mesure chaleureuse et pleine d'affection. Jésus nous ouvre les profondeurs de son cœur qu'il expose au grand jour, aussi bien en ce qui concerne sa relation avec nous, ses disciples, que celle qu'il entretient avec son Père. Cette prière respire la sincérité et la simplicité. Elle est si profonde, si riche et d'une telle envergure que nul ne peut la sonder. Bien d'autres grands hommes du passé ont considéré cette prière comme le passage le plus sublime des Écritures. C'était le texte préféré de John Knox, un des grands artisans du mouvement de la réforme. Il le lisait et le relisait sans cesse. Alors qu'il était sur son lit de mort, c'est cette prière qu'il demanda à sa femme de lire alors qu'il entrait dans l'éternité. La même chose pour l'évêque de Rochester sous le règne du roi d'Angleterre Henri VIII ; lui aussi demanda à ce qu'on lui lise ce passage juste avant qu'il ne soit exécuté à cause de sa foi en Jésus-Christ.
Sous le régime de la Loi de Moïse, le souverain sacrificateur, c'est-à-dire le grand-prêtre, faisait l'expiation des péchés du peuple d'Israël. Cette prière est celle du Seigneur Jésus qui va remplir ce rôle pour l'humanité. Il est le nouveau et dernier Grand-Prêtre qui est sur le point de s'offrir lui-même, l'Agneau de Dieu. Cependant, ici, Jésus prie pour nous, pour moi et pour vous si vous mettez votre confiance en lui.
Cette longue prière nous autorise aussi un regard sur la Trinité. Elle nous renseigne sur la relation intime qui existe en permanence dans le ciel et dans l'éternité entre le Fils et le Père . Pendant tout le temps de son séjour sur terre, Jésus communiquait ou plutôt communiait sans cesse avec son Père. Il commença son ministère en se rendant dans un endroit solitaire pour prier. À plusieurs reprises dans les Évangiles on le voit passer une nuit entière dans le recueillement à invoquer Dieu.
Maintenant que son heure est venue, Jésus va encore prier. Il vient de mettre un terme à l'enseignement de ses disciples avec ce cri de victoire : Moi, j'ai vaincu le monde ! Ces paroles annonçaient les conséquences de l'œuvre qu'il était sur le point d'accomplir à la croix. Tout au long de son ministère, Jésus obéissait strictement à la volonté de son Père. Il le consultait chaque fois qu'il avait une décision à prendre, chaque fois que des difficultés surgissaient. C'est ce qu'il va faire alors que la partie la plus difficile de sa mission reste encore à accomplir. Il va d'abord prier pour lui-même, puis pour ses apôtres, et finalement pour tous ceux qui, dans la suite des temps, croiront en lui.
Verset 1
Je commence à lire ce chapitre 17.
Après avoir ainsi parlé, Jésus leva les yeux au ciel et dit : — Mon Père, l'heure est venue : fais éclater la gloire de ton Fils, pour qu'à son tour, le Fils fasse éclater ta gloire (Jean 17.1).
Jésus s'approchait de Dieu en vertu de sa relation Fils-Père. Il commença donc sa prière par le mot Père, qu'il utilisa encore 3 fois, ainsi que Père saint et Père juste. Il dit tout d'abord que l'heure est venue. Alors qu'il parle, l'horloge céleste marque et sonne le moment où la seconde personne de la Trinité allait donner sa vie en rançon pour l'humanité. Cette heure fatidique avait été fixée de toute éternité, avant même la création de l'univers, ce qui est stupéfiant. C'est pourtant bien ce que l'apôtre Pierre écrit dans une de ses lettres et que je cite.
Il a fallu que le Christ, tel un agneau pur et sans défaut, verse son sang précieux en sacrifice pour vous. Dès avant la création du monde, Dieu l'avait choisi pour cela, et il a paru, dans ces temps qui sont les derniers, pour agir en votre faveur (1Pierre 1.19-20).
Ensuite, Jésus dit : fais éclater la gloire de ton Fils . Dans sa requête, Jésus demande à son Père de le soutenir dans sa souffrance, d'accepter son sacrifice, de le ressusciter et de le rétablir dans la gloire qui était sienne de toute éternité. En même temps, il allait rendre gloire à Dieu en manifestant par son sacrifice sa sagesse, sa puissance et son amour. Au cours de cette prière, Jésus va aussi appeler les croyants à glorifier Dieu ; en fait, c'est là le but essentiel, la raison d'être de l'homme.