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Émission 267 - Evangile de Jean 13:18 - 14:1

Diffusé le 8 janvier 2008 - ::

Chapitre 13

Verset 18

À partir du 13e chapitre de l'Évangile de Jean, Jésus va se consacrer à ses disciples. Cependant, l'un d'entre eux est un traître. De toutes les calamités morales qu'on peut expérimenter en ce bas monde, la trahison d'un soi-disant ami est particulièrement douloureuse. Cela m'est arrivé et à vous ? Jésus ressent la morsure de Judas, mais il poursuit néanmoins l'enseignement des apôtres qui devront très bientôt prendre sa relève.

Verset 20

Je continue le texte.

Vraiment, je vous l'assure : qui reçoit celui que j'envoie me reçoit moi-même, et qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé (Jean 13.20).

Jésus était investi d'une haute et sainte dignité, non seulement à cause de qui il était, mais aussi par le mandat qui lui avait été confié par le Père. Les apôtres sont eux aussi chargés de mission et portent des lettres de noblesse parce qu'ils parlent au nom du Seigneur. Quiconque leur ouvre sa porte, reçoit celui qu'ils représentent, et du même coup accepte également le Père. Ce n'est pas vraiment le messager, ni son ambassade qui compte, mais celui qui l'envoie et au nom duquel il s'exprime. Les disciples servent d'intermédiaire. Ils ne sont qu'un instrument, un moyen pour Dieu de se révéler au monde. Tout ce qui leur est demandé est de se montrer fidèle dans leur responsabilité.

Verset 21

Je continue.

Après avoir dit cela, Jésus fut troublé intérieurement et il déclara solennellement : — Oui, vraiment, je vous l'assure : l'un de vous me trahira (Jean 13.21).

Jésus fait une déclaration solennelle qui l'afflige beaucoup. Parce qu'il était 100 % humain, il n'est pas indifférent à la pensée que Judas allait incessamment trahir son amour et son amitié pour 30 malheureuses pièces d'argent. Parce qu'il était d'essence divine, il savait d'avance que cela se produirait. Il sentait rôder autour de lui le mal et le malin qui avaient causé l'endurcissement et la mort spirituelle dans Judas.

Verset 22

Je continue.

Les disciples, déconcertés, se regardaient les uns les autres ; ils se demandaient de qui il pouvait bien parler (Jean 13.22).

Jésus a jeté un froid terrible dans la petite pièce où ils sont tous rassemblés. Voilà trois ans que les apôtres cheminaient ensemble. Ils étaient solidaires, se connaissaient bien et s'étaient investis à fond pour leur Maître. Ils sont dans un état de choc en apprenant qu'un de leur groupe d'intimes est un traître. Ils sont stupéfaits parce qu'il leur est impossible de comprendre comment l'un des 12 qui avaient été si près de Jésus puisse faire une chose pareille. Judas avait si bien caché son jeu qu'aucun des autres ne le soupçonnait.

Versets 23-25

Je continue.

L'un d'entre eux, le disciple que Jésus aimait, se trouvait à table juste à côté de Jésus. Simon Pierre lui fit signe de demander à Jésus de qui il parlait. Et ce disciple, se penchant aussitôt sur la poitrine de Jésus, lui demanda : — Seigneur, de qui s'agit-il ? (Jean 13.23-25).

Pierre, en tant que chef de facto du groupe des apôtres et sans doute le plus émotif, voulait peut-être prendre en main cette vilaine affaire et vider l'abcès tout de suite. Il demande au disciple que Jésus aimait, c'est-à-dire l'apôtre Jean, et qui était à côté du Seigneur, de se renseigner. Selon la tradition gréco-romaine, lors des grands repas, les participants étaient allongés sur leur côté gauche, la tête proche de la table. Il suffisait donc au disciple qui était à droite de Jésus de se pencher un peu en arrière pour se trouver tête à tête avec lui.

Versets 26-27

Je continue.

Et Jésus lui répondit : — Je vais tremper ce morceau de pain dans le plat. Celui à qui je le donnerai, c'est lui. Là-dessus, Jésus prit le morceau qu'il avait trempé et le donna à Judas, fils de Simon Iscariot. Dès que Judas eut reçu ce morceau de pain, Satan entra dans Judas. Alors Jésus lui dit : — Ce que tu fais, fais-le vite (Jean 13.26-27).

Malgré ce qu'il va faire, Judas est assis à une place d'honneur, à côté du Maître qu'il va trahir. Sans aucune honte ni aucun regret, il reçoit de sa main le pain de l'amitié. La réponse de Jésus à Jean fut suffisamment discrète pour que les autres ne la comprennent pas. En même temps et par ce geste, le Seigneur donnait une dernière possibilité à Judas de se repentir. La situation est particulièrement ironique parce que c'était une marque d'honneur que de recevoir le morceau de pain trempé dans la sauce des mains de l'hôte du banquet.

On peut bien sûr spéculer sur ce qui aurait pu se passer si Judas était revenu sur sa décision de trahir son Maître, et aussi sur la façon dont les Écritures se seraient alors accomplies. Mais Dieu n'étant jamais pris de court, cette interrogation comme beaucoup d'autres, n'a pas raison d'être. Cette petite phrase : Satan entra dans Judas, est une déclaration à me glacer le sang. Cet homme était devenu un instrument entre les mains du diable. Il faut cependant bien remarquer que cette action funeste et effroyable eut lieu seulement après que Judas ait résolument décidé de trahir son Maître et non pas avant.

Dieu et Satan prennent, tous deux, bonne note des décisions que je prends, et que vous prenez. Dieu a réellement donné à l'être humain le libre arbitre. Il a reçu la liberté de faire des choix véritables ; cependant, il doit aussi en assumer les conséquences. Maintenant, Judas reçoit l'ordre d'agir promptement, ce qu'il va faire puisque le voilà découvert. Les chefs religieux voulaient attendre la fin de la fête, une fois que les foules auraient quitté Jérusalem, pour supprimer Jésus parce qu'ils ne voulaient pas de problème. Cependant, c'est le plan de Dieu qui va se réaliser.

Versets 28-30

Je continue.

Aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela. Comme Judas gérait la bourse commune, quelques-uns supposèrent que Jésus le chargeait d'acheter ce qu'il leur fallait pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres. Dès que Judas eut pris le morceau de pain, il se hâta de sortir. Il faisait nuit (Jean 13.28-30).

Au moment où Judas s'absentait, les disciples ne pensaient que du bien de lui. Ils ne se doutaient toujours de rien. Il avait trompé tout son monde à l'exception de Jésus évidemment. Le fait que Jean précise qu'il faisait nuit a une valeur symbolique. En effet, Judas avait choisi de quitter Jésus qui est la lumière du monde ; il pénétrait donc de facto dans les ténèbres du mal. Et puisqu'il ne se repentira pas de sa trahison, mais ira se pendre, il venait d'entrer dans une nuit éternelle, dont il ne sortira jamais ; sinistre pensée, j'en conviens.

Il faut aussi savoir par la même occasion que la neutralité n'existe pas dans le domaine spirituel. Cela veut dire que de ne pas choisir est une décision qui engage tout autant qu'un choix volontaire et bien réfléchi. Dans un autre Évangile, Jésus a dit à ceux qui l'écoutaient et je le cite :

Celui qui n'est pas avec moi, est contre moi, et celui qui ne se joint pas à moi pour rassembler, disperse (Matthieu 12.30).

Ce repas de la Pâque que sont en train de partager les apôtres est le dernier. C'est un repas d'adieu. En lavant les pieds des 12, Jésus a mis un comble à son amour pour eux en prenant la place du serviteur alors qu'il était l'hôte de ce banquet. Cet acte annonçait sa mort par laquelle il allait effectivement laver, mais avec son sang, les fautes de tous ceux qui croiraient en lui, à commencer par les apôtres. Ce que Jésus a fait a mis en relief l'amour qu'il avait pour les siens, même pour Judas. Il a montré sa maîtrise des événements, car il sait tout d'avance et a prévu ce qu'il allait faire.

Par la même occasion, le Seigneur a aussi enseigné deux vérités distinctes à ses disciples : d'une part, le besoin quasi constant de purification intérieure, et d'autre part, l'esprit de service avec lequel il veut que la communauté des futurs croyants vive entre eux.

Versets 31-32

Je continue.

Quand il fut parti, Jésus dit : — Maintenant, la gloire du Fils de l'homme éclate, et Dieu va être glorifié en lui. Puisque Dieu va être glorifié en lui, Dieu, à son tour, va glorifier le Fils de l'homme en lui-même, et il le glorifiera bientôt (Jean 13.31-32).

En pressant Judas à exécuter son sinistre projet, Jésus vient d'accepter le chemin de la croix qui le conduira à la gloire. Ce mot (ou une de ses formes verbales) est mentionné à 5 reprises dans ce passage. Dieu en tant que Père et Fils fut glorifié par la mort et la résurrection de Jésus, parce que ses attributs divins, son amour, sa compassion et sa justice, furent révélés de manière éclatante. En obéissant jusqu'au bout, le Seigneur va faire connaître son Père et le plan de salut. Jésus a scellé son exécution, mais maintenant que le traître est parti, l'atmosphère dans la chambre haute va changer. Les événements qui vont conduire à sa mort vont se précipiter, mais les 11 ne se doutent encore de rien.

Versets 33-35

Je continue.

Mes chers enfants, je suis encore avec vous, mais plus pour longtemps. Vous me chercherez ; et ce que j'ai dit à tous, je vous le dis à vous aussi maintenant : vous ne pouvez pas aller là où je vais. Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres (Jean 13.33-35).

Jésus se montre très affectueux avec ces onze hommes auxquels il est humainement très attaché. Il leur explique qu'il va les quitter ; ce sera une première fois par sa mort et puis une seconde lors de son ascension. Quant à eux, ils restent ici-bas parce qu'il leur confie la mission de continuer son œuvre. En vue de cela, il leur donne un nouveau commandement, celui de s'aimer.

La marque du chrétien n'est pas la connaissance des Écritures ou même la fidélité à Dieu, mais l'amour pour les autres. Seulement voilà, ce terme a tellement été galvaudé, utilisé à tors et à travers par le monde du cinéma et de la musique, qu'il ne veut plus dire grand-chose. Dans les Écritures, l'amour est une action en faveur des autres et non un sentiment. C'est un don de soi qui va jusqu'au sacrifice de sa vie. C'est ça qui était vraiment nouveau pour les disciples.

Jésus avait déjà commencé à révéler combien il les aimait lorsqu'il leur avait lavé les pieds, mais le summum de son amour pour eux et pour l'humanité en général sera démontré par le don de sa vie sur la croix pour racheter tous ceux qui lui feront confiance. De même que Jésus exprimait l'amour de Dieu, les disciples devront révéler l'amour de Christ par leur conduite les uns envers les autres. C'est ce soutien mutuel qui va leur permettre de survivre dans un monde hostile.

Tertullien, un père de l'Église et apologiste chrétien du 2e siècle de notre ère, écrivit que l'empire romain était troublé par l'Église naissante qui augmentait en flèche. Les croyants refusaient d'adorer l'empereur et même d'offrir une pincée d'encens devant son image. Croyant qu'ils organisaient des réunions secrètes pour renverser Rome, des espions furent envoyés dans diverses assemblées. Le rapport qu'ils firent étonna beaucoup les autorités. Ils dirent quelque chose comme ça : Ces chrétiens sont des gens étranges. Ils se réunissent dans une pièce vide pour adorer. Il n'y a pas une seule image. Ils parlent de quelqu'un qu'ils appellent Jésus qui est absent, mais qu'ils comptent revoir à tout moment. Et ils l'aiment vraiment avec passion et s'aiment entre eux profondément.

Versets 36-38

Je continue le texte.

Simon Pierre lui demanda : — Seigneur, où vas-tu ? Jésus lui répondit : — Tu ne peux me suivre maintenant là où je vais, mais plus tard tu me suivras. Mais Pierre reprit : — Et pourquoi donc, Seigneur, ne puis-je pas te suivre dès maintenant ? Je suis prêt à donner ma vie pour toi ! — Tu es prêt à donner ta vie pour moi ? répondit Jésus. Oui, vraiment, je te l'assure : avant que le coq ne se mette à chanter, tu m'auras renié trois fois (Jean 13.36-38).

Pierre toujours prompt à parler avant de réfléchir aux implications de ses paroles, demande des précisions sur ce que Jésus veut dire. Il aimait vraiment le Seigneur et désirait de tout son cœur le suivre. Il s'est comporté comme un enfant avec son père et qui lui demanderait d'abord : Où vas-tu papa ? Et puis ensuite : Pourquoi je ne peux pas venir avec toi ? Il ne pouvait concevoir de situations où il ne serait plus avec Jésus. Il était convaincu que son courage et son amour pouvaient relever n'importe quel défi, y compris la mort. Il n'avait rien d'un traître, bien au contraire, c'était un disciple loyal. Il était, on ne le peut, plus sincère quand il a affirmé sans blêmir qu'il était prêt à mourir pour son Maître.

Beaucoup trop naïf et sûr de lui, il faisait confiance à son impulsivité, sa fougue et ses bonnes dispositions. Il ne se connaissait pas aussi bien qu'il le pensait. Il ne se rendait pas compte que son engagement envers Jésus était faible, et que la peur aurait raison de lui. De plus, il n'avait aucune idée des puissances sataniques qui étaient à l'œuvre autour et contre lui.

L'annonce du reniement de Pierre par Jésus a pris les autres disciples complètement par surprise. D'abord, il y avait un traître parmi eux et maintenant une prédiction que leur chef va renier le Seigneur. On peut être sûr que dans l'esprit de quelques-uns Pierre se dessinait comme celui qui allait trahir le Seigneur. La situation était devenue critique ; ils étaient extrêmement ébranlés, sur le qui-vive et au point de rupture. Il suffirait d'un événement imprévu et ce serait la débandade ; et c'est d'ailleurs ce qui est arrivé lorsque Jésus fut arrêté. Alors, ils se sont soudainement enfuis à toutes jambes pour ne plus se montrer jusqu'à ce que le Christ ressuscité leur apparaisse pour les rassurer et les remettre sur les rails.

Il est vrai qu'après avoir marché avec Jésus pendant 3 ans, avoir vu tous ses prodiges et sa puissance, avoir cru qu'il était le Messie, ils ne pouvaient ni concevoir ni accepter qu'il soit arrêté et crucifié comme un agneau sans défense. D'ailleurs, chaque fois que Jésus leur annonçait qu'il lui fallait aller à Jérusalem pour y souffrir et y mourir entre les mains des autorités religieuses, leur esprit s'embrumait et leurs oreilles se fermaient, car c'était d'une part trop difficile à accepter, et d'autre part ça n'avait aucun sens dans leur vision des choses.

Chapitre 14

Introduction

Nous voici arrivés au chapitre 14 de l'Évangile de Jean. La division des Textes Sacrés en chapitres et versets est très pratique pour s'y retrouver. C'est un moine qui a fait ce travail. Mais de temps en temps, elle tombe au mauvais endroit, comme c'est le cas ici. Ce que le Seigneur va maintenant dire est la continuation directe du passage précédent dans lequel les disciples sont en état de choc, complètement abasourdis et déprimés.

Jésus vient de leur dire qu'il s'en allait, qu'il allait mourir, qu'un des 12 était un traître, que Pierre le renierait trois fois et, selon les autres Évangiles, que Satan œuvrerait contre eux, et que finalement tous l'abandonneraient. Le poids de toutes ces révélations fut pour eux une source de profond découragement. Ça leur fit le même effet qu'une lourde pierre attachée autour du cou d'un condamné jeté en eau profonde. Leur raison de vivre, leur confiance au Seigneur, leur espérance en l'avenir, tout cela coulait à pic. C'est pourquoi Jésus cherche maintenant à réconforter les siens.

Verset 1

Je commence à lire.

Jésus dit : — Que votre cœur ne se trouble pas. Ayez foi en Dieu : ayez aussi foi en moi (Jean 14.1).

Le cœur de l'homme est le centre de sa personnalité. Le Seigneur va maintenant adresser aux disciples plusieurs exhortations accompagnées de promesses. Il donne ici le fondement de la paix intérieure, le moyen par lequel chaque croyant peut obtenir le soulagement de son âme attristée, et le soutien dont il a besoin dans les épreuves de la vie. Dans un autre Évangile, Jésus précise ces paroles de la manière suivante et je le cite :

Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d'un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vous-mêmes. Oui, mon joug est facile à porter et la charge que je vous impose est légère (Matthieu 11.28-29).

La déclaration, Ayez foi en Dieu : ayez aussi foi en moi, n'est pas un exercice intellectuel passif, mais un attachement ferme au Père et à Jésus, son Fils. En effet, le verbe croire est toujours suivi de la préposition en ou à. C'est une action qui consiste à me remettre aux bons soins de l'objet de ma foi. Lorsque je suis en avion, de temps en temps il y a des turbulences à vous donner la peur au ventre. Certes, j'ai une pleine confiance dans le plan de Dieu pour moi, ce qui signifie que mon sort ultime est entre ses mains. Mais en même temps, je dois dire que je compte aussi sur le savoir-faire du pilote et sur la solidité de toute cette quincaillerie dans laquelle je voyage.