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Diffusé le 7 janvier 2008 - ::
Je suis sur le point d'aborder la dernière grande section de l'Évangile de Jean et qui consiste en un enseignement très précis de Jésus sur lui-même, Dieu le Père, et sur l'amour qui les unit. La totalité de l'enseignement de Jésus qui nous a été rapporté par les Évangiles se compose de 4 grands discours. Les trois premiers sont surtout développés dans l'Évangile de Matthieu. Il s'agit du Sermon sur la Montagne, des paraboles du royaume des cieux, et les prophéties sur la suite des temps dans le Jardin des Oliviers. Le quatrième et le plus long commence ici dans l'Évangile de Jean. C'est le discours dans la Chambre Haute, l'endroit où Jésus célébra sa dernière Pâque avec les apôtres hormis Judas.
Cet enseignement qu'il leur donna n'était pas destiné aux foules, mais uniquement à ceux qui s'étaient déjà engagés à le suivre. L'apôtre Jean nous donne davantage de détails sur les instructions que Jésus a laissées à ses disciples que les trois autres Évangiles réunis. La dernière soirée avant son arrestation, il alla avec eux dans la Chambre Haute afin d'y célébrer la Pâque. Vers la fin du repas, il lava leurs pieds puis il fit le très long discours que nous rapporte Jean et qui s'étend sur 5 chapitres. Ensuite, il se rendit au Jardin des Oliviers où eut lieu son arrestation par une troupe en armes conduite par Judas.
Je commence à lire ce 13e chapitre.
C'était juste avant la fête de la Pâque. Jésus savait que l'heure était venue pour lui de quitter ce monde pour s'en aller auprès de son Père. C'est pourquoi il donna aux siens, qu'il aimait et qui étaient dans le monde, une marque suprême de son amour pour eux (Jean 13.1).
Jésus savait que sa mort et sa résurrection étaient imminentes. Il était venu pour mourir, obéissant ainsi à la volonté du Père. En outre, sa venue sur terre avait été une démarche d'amour vis-à-vis de toute l'humanité comme l'affirme un passage au début de cet Évangile que je rappelle :
Oui, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu'ils aient la vie éternelle. En effet, Dieu a envoyé son Fils dans le monde non pas pour condamner le monde, mais pour qu'il soit sauvé par lui (Jean 3.16-17). Toutefois, Jésus avait un amour particulier pour ses brebis ce qui est exprimé par la phrase : il donna aux siens, qu'il aimait et qui étaient dans le monde, une marque suprême de son amour pour eux.
Je continue le texte.
C'était au cours du repas de la Pâque. Déjà le diable avait semé dans le cœur de Judas, fils de Simon Iscariot, le projet de trahir son Maître et de le livrer (Jean 13.2).
La description de l'amour de Jésus contraste brutalement avec le mal suscité par Satan. Jésus avait prédit auparavant que l'un des 12 allait se retourner contre lui ; et pourtant, Dieu contrôlait tous les événements qui conduisirent à la mort de son Fils. Cela dit, Judas avait de lui-même résolu de trahir son Maître. Il était furieux d'avoir passé 3 ans de sa vie à suivre quelqu'un qui ne correspondait pas à ses attentes. Il avait compris que Jésus n'était pas un Messie politique, un quelconque révolutionnaire qui libérerait la nation juive du joug romain. De plus, il aimait l'argent, alors 30 pièces d'argent, c'est toujours bon à prendre, bien que ce mobile ait été secondaire.
Je continue.
Jésus savait que le Père avait tout remis entre ses mains, qu'il était venu d'auprès de Dieu et allait retourner auprès de lui. Il se leva de table pendant le dîner, posa son vêtement et prit une serviette de lin qu'il se noua autour de la taille (Jean 13.3-4).
Non seulement Jésus va accomplir la tâche qui revenait aux serviteurs ou aux esclaves, mais il s'habille comme eux. Il quitte sa robe de rabbin juif pieux et se ceint d'un linge de service. À y réfléchir, c'est assez choquant quand on pense qui est Jésus-Christ : il a quitté la gloire qui lui revenait de droit dans le royaume céleste ; il est descendu ici-bas, ayant commencé son pèlerinage terrestre comme un bébé, c'est-à-dire un petit être totalement dépendant des autres. Il s'est mis au service du peuple d'Israël, les a enseigné concernant l'Éternel leur Dieu, a nourri la foule miraculeusement au moins à deux reprises, a ressuscité plusieurs morts et a guéri tous ceux qui sont venus à lui quelque fut leur maladie.
En compensation, il n'a rencontré qu'ingratitude, scepticisme, et hésitation. Au pire, un de ses intimes va le trahir et les chefs du peuple ont résolu de le mettre à mort. Au mieux, ses disciples qui l'ont fidèlement suivi ne le comprennent pas. Le seul acte gratuit et honorable de l'humanité envers leur créateur qu'ils vont mettre à mort fut accompli par une femme disciple. Elle lui a rendu hommage en oignant ses pieds de parfum en vue de son ensevelissement proche. Maintenant, Jésus prend la place d'un esclave pour laver les pieds des apôtres.
Je continue le texte.
Ensuite, il versa de l'eau dans une bassine et commença à laver les pieds de ses disciples, puis à les essuyer avec la serviette qu'il s'était nouée autour de la taille (Jean 13.5).
Les pieds des disciples avaient constamment besoin d'être lavés, parce qu'ils marchaient en sandales sur des routes poussiéreuses. À cette époque, les gens ne portaient pas de chaussettes. L'hôte, qui voulait honorer ses invités, mettait un serviteur à leur disposition pour leur laver les pieds. Par contre, ne pas le faire était une entorse aux règles de l'hospitalité. Par son geste, Jésus montre que ses disciples étaient ses amis et qu'il les aimait. La coutume voulait que les épouses nettoient les pieds de leur époux, et les enfants ceux de leurs parents. Mais bien entendu, la plupart des gens se lavaient tout seuls.
Jésus n'aurait pas pu s'abaisser plus bas que d'accomplir ce geste à l'égard des apôtres. Dans la Loi de Moïse, il était stipulé qu'un Hébreu ne pouvait se vendre comme esclave à un compatriote que pendant 6 ans après quoi il était libre, et sa dette épongée. Mais par contre, si par amour pour son maître il décidait sans contrainte de rester à son service, on lui perçait l'oreille avec un poinçon, et il devenait alors esclave à vie. Je me demande si cette coutume n'était pas un peu prophétique, une image à rapprocher des marques des clous et de la lance qui ont fait 5 plaies dans le corps de Jésus. Il est devenu en quelque sorte l'esclave des hommes, d'une part en portant toute leur saleté sur lui, leurs péchés, et d'autre part en s'identifiant à eux pour l'éternité en épousant une forme humaine.
Car il faut bien garder à l'esprit que le corps glorifié du Seigneur ressuscité a toujours, et pour l'éternité, les marques de son supplice. Même aujourd'hui, alors qu'il est assis à la droite de la majesté divine, il porte encore les cicatrices de la croix sur lui.
Je continue.
Quand vint le tour de Simon Pierre, celui-ci protesta : — Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ? (Jean 13.6).
Aucun des apôtres n'était préparé à ce renversement de situation qu'ils trouvent choquant et à juste titre. C'est Pierre qui en tant que porte-parole du groupe exprime la pensée des autres. En tant que disciple, il aurait à la rigueur envisagé de laver les pieds de son Maître, et encore c'est loin d'être sûr, tellement cette besogne était considérée comme dégradante ; mais le contraire était impensable.
Je continue.
Jésus lui répondit : — Ce que je fais, tu ne le comprends pas pour l'instant, tu le comprendras plus tard. Mais Pierre lui répliqua : — Non ! Tu ne me laveras pas les pieds ! Sûrement pas ! Jésus lui répondit : — Si je ne te lave pas, il n'y a plus rien de commun entre toi et moi (Jean 13.7-8).
Le Christ explique que la communion avec lui passe par la purification des péchés en général dont ce lavage des pieds est un symbole. Pierre comprendra la signification du geste de Jésus une fois qu'il se sera offert en sacrifice pour laver par son sang les fautes des hommes dont celles de Pierre. L'apôtre donne un nouvel exemple où il a parlé un peu trop vite et sans réfléchir. Il se comporte comme si le Seigneur n'avait pas une bonne raison pour agir ainsi.
Je continue.
— Dans ce cas, lui dit Simon Pierre, ne me lave pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête. Jésus lui dit : — Celui qui s'est baigné est entièrement pur, il lui suffit de se laver les pieds. Or vous, vous êtes purs, mais pas tous (Jean 13.9-10).
À cette époque, les gens se rendaient aux bains publics pour se laver. Mais sur le chemin du retour, les pieds devenaient à nouveau poussiéreux. Arrivé chez soi, on les nettoyait dans un bassin rempli d'eau et qui servait à cet usage. Pierre ne comprenait toujours pas pourquoi Jésus faisait cela, mais il était sûr d'une chose, il voulait demeurer en communion avec son Maître. C'est pourquoi il demanda à être décrassé de la tête aux pieds. On retrouve bien là son caractère impulsif et entier. Jésus précise alors que ce lavage de pieds est suffisant pour celui qui est déjà baigné. Qu'est-ce que cela veut dire ? Dans le Nouveau Testament, il est question d'un bain appelé de régénération. Je cite le passage :
Il nous a sauvés — non parce que nous aurions fait des œuvres de justice, mais en vertu de sa propre miséricorde — par le bain de la régénération (Tite 3.5).
C'est une référence à la nouvelle naissance qui transforme complètement l'état spirituel de celui qui accepte Jésus en tant que sauveur. Il passe de la mort à la vie, nous dit l'apôtre Paul. Ceux qui font confiance au Seigneur sont considérés par Dieu comme purs et parfaits. C'est ce que dit cet autre passage du Nouveau Testament que je cite :
Par une offrande unique, en effet, Jésus a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il purifie du péché (Hébreux 10.14).
Cela dit, il est tout à fait possible, même courant d'avoir la tête pleine de religion et de bonne volonté et les pieds qui puent parce qu'ils sont en contact constant avec le terre-à-terre et les choses de ce monde qui me polluent sans cesse. Par son action, Jésus voulait communiquer que même ceux qui étaient ou seraient ses disciples auraient constamment besoin de se purifier, car même les croyants les plus vertueux ne cessent jamais de commettre des fautes. C'est ce que Jean dans une de ses lettres appelle la confession ou la reconnaissance des péchés. Je cite le passage :
Si nous reconnaissons nos péchés, il est fidèle et juste et, par conséquent, il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de tout le mal que nous avons commis (1Jean 1.9).
Je continue le texte.
Jésus, en effet, connaissait celui qui allait le trahir. Voilà pourquoi il avait ajouté : « Vous n'êtes pas tous purs. » Après leur avoir lavé les pieds, il remit son vêtement et se rassit à table. Alors il leur dit : — Avez-vous compris ce que je viens de vous faire ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous devez, vous aussi, vous laver les pieds les uns aux autres (Jean 13.11-14).
Tous les apôtres, à l'exception de Judas, avaient mis leur confiance en Jésus et comptaient sur lui pour leur destinée éternelle. C'est en cela qu'ils étaient considérés comme purifiés de leurs péchés et saints. Après avoir donné cette leçon d'humilité, le Seigneur interroge les disciples sur la signification de son geste. Il utilise les termes « Maître et Seigneur » pour bien accentuer le fait qu'il est plus grand qu'eux ; et pourtant, il s'est abaissé au niveau d'un esclave, afin que les apôtres comprennent qu'ils étaient appelés à renoncer à eux-mêmes et à leurs prétendus droits, pour répondre aux besoins des autres. Les disciples sont appelés à développer entre eux des relations caractérisées par le pardon, l'exhortation mutuelle et le service que Jésus vient de symboliser.
Donc en résumé, ce lavage des pieds comporte deux aspects : le premier est très pratique puisqu'il concerne le service des autres, et le second est spirituel, car il a trait à la vie chrétienne au niveau moral. L'eau symbolise ici les Écritures, la Parole de Dieu, dont l'un des rôles, pour celui qui la lit dans un esprit de soumission, est de révéler en quoi il a pu errer dans son comportement, comparé aux exigences divines. L'apôtre Paul, s'adressant aux membres d'églises, illustre justement l'aspect spirituel de ce lavage de pieds. Je cite le passage :
Frères, si quelqu'un s'est laissé surprendre par quelque faute, vous qui vous laissez conduire par l'Esprit, ramenez-le dans le droit chemin avec un esprit de douceur. Et toi qui interviens, fais attention de ne pas te laisser toi-même tenter. Aidez-vous les uns les autres à porter vos fardeaux. De cette manière, vous accomplirez la loi du Christ (Galates 6.1).
Cette leçon d'humilité et de soumission les uns aux autres que Jésus donne à ses disciples est dure à avaler. En effet, à cette époque, la société juive était extrêmement macho et les hiérarchies plutôt fossilisées. Tout en bas de l'échelle, il y avait les femmes et les enfants ; ensuite les parias, les bergers et tous ceux qui soignaient les troupeaux. Au sommet de la pyramide, c'était bien sûr les chefs du peuple, les religieux qui tenaient le haut du pavé.
Je continue le texte.
Je viens de vous donner un exemple, pour qu'à votre tour vous agissiez comme j'ai agi envers vous. Vraiment, je vous l'assure, un serviteur n'est jamais supérieur à son maître, ni un messager plus grand que celui qui l'envoie. Si vous savez ces choses vous êtes heureux à condition de les mettre en pratique (Jean 13.15-17).
Jésus développe maintenant l'aspect de consécration du lavage des pieds. Il exhorte chacun de ceux qui voudront le suivre à ne pas tomber dans l'orgueil en pensant qu'il est supérieur à quiconque. La joie des chrétiens découle de leur esprit de service en obéissance à leur Maître. Les disciples sont ses messagers, ses ambassadeurs dans le monde pour annoncer le message de l'Évangile certes, mais aussi pour servir les autres en toute humilité.
Je continue.
Je ne parle pas de vous tous : je sais très bien quels sont ceux que j'ai choisis, mais il faut que l'Écriture s'accomplisse : Celui avec lequel j'ai partagé mon pain se retourne contre moi. Je vous le dis dès maintenant, avant que cela ne se produise, pour qu'au moment où cela arrivera, vous croyiez que moi, je suis (Jean 13.18).
Voilà des paroles très sinistres. Les disciples écoutent sans comprendre. Plus tard, ils feront le lien entre les prédictions de Jésus, les Écritures et la traîtrise de l'un des leurs, ce qui les aidera à croire, après coup que Jésus était bien l'envoyé de Dieu. Le Seigneur a déjà dit à son groupe d'apôtres que l'un d'entre eux n'était pas pur, qu'il y avait un faux jeton parmi eux. Il précise pourtant que son choix de Judas ne fut pas le fait du hasard ni d'une erreur de parcours dans le plan de Dieu.
À entendre cela, la question vient à l'esprit : Judas n'était-il pas qu'un jouet du destin prédestiné à assumer ce rôle fourbe ? Voilà bien un mystère, car ici se croisent la souveraineté de Dieu et la responsabilité humaine. Il faut cependant bien noter que l'Évangile et tous les passages, qui font référence à ce triste personnage, soulignent qu'il avait décidé de trahir son Maître en toute connaissance de cause. Sachant très bien ce qu'il faisait, il prit une décision consciente et délibérée. Cela dit, Jésus a choisi un homme qui, il savait d'avance, allait le trahir afin que l'Écriture s'accomplisse. Je cite la prophétie en question :
Et même mon meilleur ami, en qui j'avais mis ma confiance, celui qui partageait mon pain, s'est tourné contre moi (Psaumes 41.10).
À cette époque et encore aujourd'hui, surtout dans le Moyen-Orient, partager un repas avec quelqu'un est un signe de communion, d'amitié, et de confiance réciproque. Lorsque le roi David a écrit ce passage que je viens de lire, il avait lui-même été trahi par un dénommé Achitophel, un de ses proches, un compagnon d'armes et de table en qui il avait toute confiance. Cependant, cet homme décida un jour de prendre le parti d'un usurpateur au trône d'Israël. Rusé et bon stratège, il savait comment mettre un terme au règne de son roi. Mais quand il constata que ses nouveaux maîtres ne suivraient pas ses conseils, il savait aussi que la partie était perdue, que l'insurrection ne réussirait pas et il alla se pendre. Cet Achitophel était un avant-coureur de Judas dont il annonçait prophétiquement la traîtrise. Les actions de Judas et de cet Achitophel furent particulièrement douloureuses pour leur Maître respectif.