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Diffusé le 3 décembre 2007 - ::
Dans son Argument pour l'Évangile de notre Seigneur Jésus selon saint Jean, le grand réformateur Jean Calvin écrit : J'ai coutume de dire que cet Évangile est la clef qui aide à comprendre les autres. Des penseurs chrétiens de tous les temps ont partagé cette opinion, découvrant dans cette histoire de Jésus une profondeur de vérité spirituelle inégalée à cause de la simplicité de son langage. Si ce récit et ces discours de Jésus avaient été inventés par l'apôtre Jean, alors nous aurions en lui quelqu'un de plus grand que le Christ. Il est généralement admis que l'Évangile de Jean est le plus facile à comprendre des quatre, parce que son langage est simple. En effet, le vocabulaire est essentiellement composé de mots d'une ou deux syllabes. Je vais donner un exemple tiré du premier chapitre. Je lis :
Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli. Certains pourtant l'ont accueilli ; ils ont cru en lui. À tous ceux-là, il a accordé le privilège de devenir enfants de Dieu (Jean 1.11-12).
Le vocabulaire est des plus faciles et n'importe quel élève en primaire comprendrait chacun de ces mots. Cependant, le sens et la magnitude de ces trois courtes phrases dépassent mon entendement. Voici un autre exemple avec une phrase qui fait partie d'un discours de Jésus vers la fin de son ministère. Je la cite :
« Vous en moi, et moi en vous » (Jean 14.20).
Cette parole comprend 7 mots : une conjonction, et une préposition et deux pronoms répétés deux fois. N'importe quel enfant de 4 ans est capable de comprendre ces mots indépendamment les uns des autres. Mais ces mots mis ensemble dans l'ordre donné par Jean, aucun théologien, aussi brillant soit-il, n'a jamais été capable d'en sonder la profondeur. Cette double union du croyant avec Jésus-Christ est mystérieuse. Les mots sont simples mais leur signification spirituelle est complexe, parce qu'elle transcende notre compréhension humaine.
Jérôme, un de ceux qu'on a coutume d'appeler un père de l'Église, a dit ceci : Jean excelle dans la profondeur des mystères divins. Et quelqu'un d'autre a écrit : Cet Évangile touche le cœur du Christ ! C'est cette caractéristique qui fait de Jean un Évangile différent des trois autres. Quant à Jean, son auteur, son nom n'apparaît nulle part, ce qui au sens strict du terme rend son ouvrage anonyme. Dans un sens, cela n'est pas surprenant, car la forme littéraire des Évangiles est différente d'une épître. Je m'explique. Quand l'apôtre Paul écrit, il commence toujours en mentionnant son nom ce qui était la coutume de l'époque. Par contre, aucun de ceux qui ont écrit les 4 Évangiles ne mentionne leur nom. Cela ne veut pas dire qu'on ne les connaît pas puisqu'ils se révèlent indirectement à travers l'histoire qu'ils racontent. Et de plus, nous pouvons nous appuyer sur une tradition solide, qui attribue à Matthieu, Marc, Luc et Jean leur Évangile respectif.
Par exemple pour Jean, Polycarpe, qui vécut entre l'an 69 et 155 apr. J-C, connaissait bien l'apôtre Jean. Or il aurait dit : Jean, le disciple du Seigneur, qui s'était également appuyé sur la poitrine de Jésus, avait lui-même publié un Évangile lors de son séjour à Éphèse, en Asie. C'est en tout cas ce qu'affirme Irénée (Contre les hérésies, III, 1), un autre père de l'Église qui vécut entre l'an 130 et 200 après J-C et qui fut évêque de Lyon. On sait par ailleurs que Clément d'Alexandrie, Tertullien ainsi que d'autres pères de l'Église corroborent cette tradition comme quoi Jean est l'auteur du quatrième Évangile. En outre, et toujours selon la tradition, on est quasi certain que c'est après l'an 85 de notre ère, alors que Jean était déjà un vieillard qu'il a reçu la révélation de Dieu lui permettant d'écrire l'Évangile, les trois Épîtres et l'Apocalypse. D'ailleurs, il est évident d'après la fin de son Évangile que Pierre est lui-même devenu vieux et que Jean lui a survécu. Tout cela dit, la question la plus significative est de savoir pourquoi Dieu a voulu que nous ayons cet Évangile. L'objectif de Jean, tel qu'il le définit lui-même à la fin de son ouvrage, était de rapporter les signes et miracles de Jésus, afin que le lecteur croie en lui. Il dit exactement :
Jésus a accompli, sous les yeux de ses disciples, encore beaucoup d'autres signes miraculeux qui n'ont pas été rapportés dans ce livre. Mais ce qui s'y trouve a été écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant, vous possédiez la vie en son nom (Jean 20.30-31).
La vie, voyez-vous, c'est ce dont nous avons besoin, vous et moi. Le monde entier, les milliards, qui grouillent et qui meurent sans espérance, n'ont aucunement besoin de religion, mais de la vie éternelle. Il ne fait aucun doute que Jean avait d'autres raisons valable pour écrire, comme par exemple pour combattre certaines hérésies empruntées à la philosophie grecque comme le gnosticisme, ou encore dénoncer le judaïsme tel qu'il était encore pratiqué. On pourrait également croire à priori que Jean ait voulu compléter les trois autres Évangiles. Pourtant, son ouvrage ne fait aucunement penser à du patchwork, ou à un bouche-trou pour remplir un espace vide, tant s'en faut. Cet Évangile est très spécifique, comme le déclara saint Augustin que je cite : Dans les 4 Évangiles, ou plutôt dans les 4 livres du même Évangile, l'apôtre Jean, comparé à juste titre à un aigle pour son discernement spirituel, élève sa proclamation de l'Évangile plus haut et de manière encore plus sublime que les trois autres, afin d'élever également nos cœurs avec elle (Gregory, Key to the gospels, pages 285-286).
Tout ceci pour dire que lorsqu'on aborde le quatrième Évangile, on constate qu'il ne commence pas du tout comme les autres. Par exemple, il passe sous silence la généalogie du Christ ou sa naissance miraculeuse à Bethléhem. D'ailleurs, soit dit en passant, ce n'est pas en chantant des cantiques de Noël qu'on devient chrétien !
Jean ne parle pas non plus du baptême de Jésus, de la tentation dans le désert, de son pouvoir de chasser les démons, des paraboles, de la transfiguration, de la commémoration de son sacrifice au moyen du pain et du vin, de son agonie dans le Jardin des Oliviers, ni de son ascension dans le ciel. Rien de tout cela. L'auteur met l'accent sur le ministère du Christ à Jérusalem, sur les fêtes du peuple juif, sur les contacts intimes de Jésus avec certains individus dans le cadre de conversations privées, ainsi que sur la formation de ses disciples.
Le corps de l'Évangile selon Jean qui couvre la moitié de l'ouvrage est constitué en grande partie de ce qu'on pourrait appeler un catalogue de signes divins. Il relate des miracles qui prouvent que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu. Ce livre des signes contient également de longs discours prononcés par le Christ, expliquant la signification de ses miracles. Par exemple, après avoir nourri les 5 000 hommes avec cinq pains et deux poissons (Jean 6.9), Jésus se révèle comme le pain de vie, que le Père céleste donne pour la vie du monde.
Une autre caractéristique spécifique au 4e Évangile, c’est la liste des « Je suis », comme « Je suis le chemin, la vérité, la vie, la résurrection », etc., prononcés par Jésus et que nous verrons au fil du texte.
Chacun des 4 évangélistes a choisi, parmi un grand nombre de renseignements, ceux qui allaient le mieux servir son objectif. On a évalué que la lecture à haute voix de toutes les paroles prononcées par Jésus et présentées par Matthieu, Marc et Luc, ne prendrait guère plus de trois heures. Étant donné que le ministère de Jésus a duré trois ans, il est évident qu'un tel échantillonnage ne constitue qu'une bien petite partie de son enseignement.
Jean présente un portrait distinctif de Jésus qui est à plus de 90 % original et différent des trois autres évangélistes. Chacun d'entre eux a choisi les miracles, les événements et l'enseignement qu'il voulait présenter, en fonction du but qu'il s'était fixé et des gens auxquels il s'adressait.
Jean s'adresse en priorité à ceux qui ont déjà des dispositions favorables envers le Christ. Les chapitres 13 à 17 pourraient presque porter la mention : Pour croyants seulement.
Le mot clé du 4e Évangile est le verbe « croire » qui apparaît 98 fois, souvent au présent de l'indicatif et sous forme de participes. Il semble que Jean ait ainsi voulu mettre l'accent sur une confiance active, continue et vivante en Jésus. Par contre, « la foi » en tant que nom n'est jamais utilisé.
Par ailleurs, Jean décrit davantage ce qu'a fait le Christ après sa résurrection que Matthieu, Marc ou Luc. En fait, il en parle plus que les trois autres auteurs réunis et mentionne sept occasions différentes où Jésus est apparu à divers disciples. La première fut à Marie de Magdala qu'il avait délivrée d'une légion de démons, puis ce fut à deux reprises aux disciples rassemblés dans la Chambre Haute, une première fois sans Thomas le douteur et une seconde avec lui. La quatrième occasion fut quand Jésus apparaît sur le rivage de la mer de Galilée d'où il appelle ses disciples en train de pécher, pour leur demander s'ils ont attrapé du poisson ; suite à quoi, il leur prépare un déjeuner sur la berge.
J'aurais bien aimé être de la partie, manger là avec le Seigneur ressuscité et voir dans ses mains et ses pieds les marques des clous. Ensuite, c'est à Pierre qu'il apparaît, et avec qui il a une longue conversation au cours de laquelle il vide l'abcès du reniement de son disciple. Cette cure d'âme était nécessaire afin que Pierre puisse devenir le grand homme de Dieu que nous connaissons d'après le livre des Actes.
Un commencement est ce qui vient d'abord dans une durée ou un processus ; c'est le début de quelque chose. On parle du commencement du siècle, de l'année, de la semaine, du mois, du printemps, de la vie. L'aube est le commencement du jour. On peut aussi commencer une action, un discours ou un raisonnement. Et on a coutume de dire : Il y a un commencement à tout ! C'est vrai, sauf pour le monde spirituel.
Dès la première phrase de son Évangile, Jean nous fait reculer le long couloir de l'éternité dans l'immensité de l'infini jusqu'au commencement qui n'en est pas un. Quel spectacle majestueux et grandiose ! Si cela me laisse perplexe, c'est parce que Jean me fait transcender le misérable bocal de l'espace-temps qui nous emprisonne, tels des poissons rouges.
Les premiers mots de cet Évangile sont : Au commencement était la Parole, c'est-à-dire le logos en grec. Jean veut dire qu'avant toute chose, avant la création de l'univers, il y avait l'expression absolue de Dieu dans toute sa présence. L'auteur nous emmène aux confins de la divinité et c'est là que tout a commencé pour nous. Le premier verset dit :
Au commencement était celui qui est la Parole de Dieu. Il était avec Dieu, il était lui-même Dieu (Jean 1.1).
Comme je l'ai déjà dit, le vocabulaire est très simple, mais quelle magnificence ! Quelle majesté, quel spectacle grandiose ! L'Évangile de Jean débute par l'affirmation claire et nette de la parfaite divinité de la Parole faite chair, puisque quelques lignes plus loin nous lisons :
Celui qui est la Parole est devenu homme et il a vécu parmi nous (Jean 1.14).
Ces mots, La parole est devenue homme, ont formé le cœur de la méditation et de l'étude des apôtres et pionniers de l'Église primitive. L'Évangile de Luc est écrit de façon très méthodique, parce qu'il s'adresse à des gens ayant une formation et une culture grecques. Bien que sophistiqué, leur façon de penser s'arrête brutalement de fonctionner devant les phrases pourtant toutes simples que Jean a couchées sur le parchemin. Les philosophes sont incapables de sonder la profondeur de l'Évangile de Jean. Ils ne veulent, ni ne peuvent le suivre. Mais Jean ne fait pas que remonter dans l'éternité, il l'amène avec lui sur terre quand il dit :
Personne n'a jamais vu Dieu : Dieu, le Fils unique qui vit dans l'intimité du Père, nous l'a révélé (Jean 1.18).
Jean présente l'incarnation, Dieu manifesté en chair et en os, comme le fondement de son Évangile. On peut encore ajouter que cet Évangile non seulement commence, mais se termine sur la déclaration sans équivoque que Jésus est Dieu fait homme, avec la confession du disciple Thomas qui déclara au Christ :
Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jean 20.28).
Jésus-Christ est donc à la fois Dieu et un personnage historique, quelqu'un qui a véritablement vécu sur la terre, parmi nous. Luc qui était médecin considéra Jésus comme au travers d'un microscope, alors que Jean l'approcha d'une manière entièrement différente et pourtant tous deux arrivent aux mêmes conclusions. Celui qui est, de toute éternité, a quitté la gloire du royaume des cieux pour venir nous rencontrer, vous et moi là où nous sommes, ici-bas. Dans l'Évangile de Jean, on trouve des échanges de dimension cosmique entre le ciel et la terre, non seulement au début, mais par la suite au fil du récit et encore davantage vers la fin lorsque par exemple Jésus dit à ses disciples :
C'est vrai : je suis venu du Père et je suis venu dans le monde. Maintenant, je quitte le monde et je retourne auprès du Père (Jean 16.28).
D'une manière assez curieuse, à l'époque où est né le Christ, le monde païen était dans une sorte d'expectative ; il s'attendait à ce qu'un dirigeant d'une envergure mondiale fasse son apparition en Palestine. En effet, l'historien latin Suétone, dans son ouvrage Les vies des douze Césars, accumule les anecdotes dans ce sens, et c'est ainsi qu'il affirme que dans tout l'Orient les gens croyaient, sans trop savoir pourquoi, qu'un grand homme naîtrait en Judée. Tacite (55-120), homme politique et historien sous l'empire romain, écrit à peu près la même chose. Selon une certaine tradition, aux environs des années trente de notre ère, donc au moment où Jésus a commencé son ministère, certains sages chinois étaient en quête d'un Messie.
Toute cette aurore mystique est surprenante, c'est un peu comme s'il y avait eu une intense activité dans le royaume des cieux qui aurait produit des échos sur terre. L'Orient de cette époque, tout comme aujourd'hui d'ailleurs, était plein à ras bord de religiosité de tous ordres. Des sectes sinistres et occultes se réunissaient dans des temples surchargés d'ornements pour pratiquer des rituels avilissants. Et pourtant, c'est bien de cet Orient mystérieux qui nourrit l'imagination que sont venus les rois mages dont on ne sait quasiment rien, et qui ont demandé :
Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus lui rendre hommage (Matthieu 2.2).
La liste de tout ce que Jésus a accompli en venant sur terre est longue. Alors qu'à cette époque en Orient tout comme en Occident d'ailleurs, la condition de la femme était particulièrement lamentable, le Seigneur est celui qui l'a ennoblie. Il vint sur terre, naquit d'une jeune vierge et il fit son premier miracle lors des noces de Cana. C'était sa façon de souligner la sainteté du mariage aux yeux de Dieu, par contraste avec le faste sexuel oriental des harems à gogo. Un peu plus loin dans l'Évangile de Jean, on voit aussi Jésus en train de converser autour d'un puits, avec une dame pourtant de très mauvaises mœurs et puis plus loin encore il sauve la vie et pardonne à la femme adultère. Et comme je l'ai déjà souligné, c'est à des femmes qu'il apparaîtra en premier lieu après être ressuscité des morts.
Alors que les 3 premiers Évangiles furent écrits à quelque chose près, selon la même perspective et en suivant un plan quasi identique, celui de Jean est différent. Matthieu et Marc insistent surtout sur le fait que Jésus détenait un pouvoir prodigieux, tandis que Luc se penche plutôt sur l'enseignement qu'il a donné par le biais des paraboles. Mais Jean a choisi quelques miracles pour les présenter comme des balises qui signalent des grandes vérités. Son Évangile donne à la fois une séquence logique et chronologique aux événements qui s'enchaînent. Il définit avec précision les lieux et les villes où se déroule le ministère du Seigneur.
Comme Jean met la divinité du Christ au premier plan, on aurait pu s'attendre à ce qu'il utilise surtout le terme « Christ » quand il parle de lui, puisque c'est son titre messianique qui évoque toute sa gloire. Eh bien pas du tout, il prend très en compte l'humanité du Seigneur en employant le plus souvent le mot Jésus qui est son nom en tant qu'être humain. De plus, seul Jean nous informe que lors d'un voyage, le Seigneur qui traversait la Palestine à pied avec ses disciples, s'est assis au bord d'un puits parce qu'il était... fatigué. Et c'est Jean qui nous donne le verset le plus court de la version française de la Bible avec ces deux mots : Jésus pleura (Jean 11.35), quand il exprima sa profonde tristesse devant la tombe de son ami Lazare.
Les 4 Évangiles débutent en situant Jésus dans son contexte historique, mais celui de Jean est unique dans sa façon de commencer. Le premier chapitre de Matthieu est une généalogie qui relie le Christ au roi David et à Abraham. Marc est un Évangile plein d'actions et il enclenche son histoire avec la prédication de Jean-Baptiste. Luc débute en dédicaçant son œuvre à Théophile, un illustre inconnu ; puis, soucieux des détails, il fait suivre cette introduction par la prédiction de la naissance de Jean-Baptiste.
Mais Jean ne commence pas sur terre. Il débute avec un prologue théologique afin de permettre à ses lecteurs de comprendre que les paroles et les actes de Jésus sont ceux de Dieu fait homme. C'est comme s’il avait dit : Je veux que vous considériez Jésus, son enseignement et tout ce qu'il a fait. Mais vous ne pourrez comprendre pleinement la Bonne Nouvelle que si vous tenez compte du point de vue céleste : Jésus est Dieu en chair et en os, et ses paroles et ses actes sont ceux de l'Homme-Dieu.
Ce prologue contient plusieurs des thèmes principaux sur lesquels Jean va insister tout au long de son Évangile, comme la vie, la lumière, les ténèbres, le monde, le Fils de Dieu, le Père, la gloire de Dieu, et la vérité. Deux autres termes théologiques, la Parole, et la grâce, ne sont utilisés que dans le prologue.
Je commence maintenant à lire le premier chapitre de l'Évangile selon Jean.
Au commencement était celui qui est la Parole de Dieu. Il était avec Dieu, il était lui-même Dieu. Au commencement, il était avec Dieu (Jean 1.1-2).
Ces premières paroles introduisent Jésus-Christ au moyen de trois affirmations extraordinaires. Tout d'abord : Au commencement était celui qui est la Parole. Comme je l'ai déjà dit, le mot Parole est la façon habituelle de rendre le grec « logos ». Ce mot est par ailleurs un terme philosophique de la langue française. Ce titre de logos par lequel Jean désigne Jésus-Christ est, humainement parlant, le plus élevé qui soit. Il faut en effet savoir que pour Jean et ses contemporains, « logos » est beaucoup plus chargé de sens que les mots « Parole » ou « Verbe » qui en sont la traduction. En effet, l'emploi de « logos » unifie deux traditions.
D'abord pour les stoïciens du premier siècle, le logos est une sorte d'âme du monde, la raison divine et cosmique qui donne à l'univers sa cohésion ; ensuite pour les Juifs, le logos renvoie à la Sagesse divine personnalisée dans le livre des Proverbes de l'Ancien Testament. C'est le logos qui a créé le monde et qui le soutient. Lorsque les Hébreux lisaient leurs Écritures et rencontraient Yaweh, le nom personnel de Dieu, ils ne le prononçaient jamais, mais y substituaient le mot « Seigneur ». Or, nous dit Jean, Jésus est cette personne divine, Yaweh. Il était au commencement, un moment hors du temps et qui précède la création. C'est aussi au commencement que Dieu créa le ciel et la terre (Genèse 1.1), ce qui est, je le rappelle en passant, la première phrase du livre de la Genèse.
Le logos devance même l'éternité. Il n'est pas apparu, il y a quelques milliards d'années ou plus. Il est dans l'état éternel hors de l’espace temps. Cette Parole a toujours été. D'ailleurs à un moment dans cet Évangile, Jésus a dit aux Juifs :
Avant qu'Abraham fut, moi je suis (Jean 8.58).
C'est exactement ce veut dire l'apôtre Jean lorsqu'il écrit : Au commencement était la Parole. Cette affirmation se compose de 5 mots tirés du langage courant et pourtant nul ne peut en sonder la profondeur. Ensuite, Jean nous dit que la Parole était avec Dieu, en sa compagnie, ce qui implique une différence au sein même de la divinité. Le Père et le Fils sont des personnes distinctes, mais engagées dans une relation de communion éternelle au sein de la Trinité dans laquelle Jésus-Christ a toujours été en relation avec son Père.
En troisième lieu, Jean dit que la Parole était Dieu. Le logos est éternel, non seulement il a une relation avec Dieu, mais il est lui-même Dieu. Il n'a pas, à un moment donné commencé à exister où à entrer en communion avec Dieu ; ils ont été, de toute éternité, en étroite intimité l'un avec l'autre. Le Père et le Fils et le Saint-Esprit sont Dieu, et pourtant il n'y a qu'un seul Dieu. Ce mystère est insondable pour nous, êtres humains. Après avoir considéré les trois affirmations du premier verset de ce chapitre, voyons maintenant le 14e qui dit :
Celui qui est la Parole est devenu homme et il a vécu parmi nous. Nous avons contemplé sa gloire, la gloire du Fils unique envoyé par son Père : plénitude de grâce et de vérité ! (Jean 1.14).
Ici aussi, Jean fait trois déclarations.
La première est bien sûr que la Parole est devenu homme, ayant été faite chair et os. Jean affirme fortement la réalité de l'incarnation. Le logos éternel qui est Dieu n'a pas seulement pris l'apparence humaine, mais il est devenu lui-même un homme. Autrement dit, à sa divinité, Jésus-Christ ajouta l'humanité. Et pourtant, en devenant chair, Jésus n'a pas changé d'un iota ; il s'est seulement déplacé. En lui, Dieu a quitté l'éternité et entré dans l'espace-temps à Bethléhem sous la forme d'un bébé. Cependant, Jean ne mentionne pas sa naissance terrestre, parce qu'il présente le Fils de Dieu dans toute sa majesté et il est bien trop grand pour s'accommoder d'un lieu de naissance.
La seconde affirmation est que la Parole a vécu parmi nous dans un corps comme le nôtre. En réalité, nous sommes tous confinés dans une boîte qui est notre habillage, notre enveloppe charnelle. D'ailleurs, l'apôtre Paul contraste le corps de chair avec la maison que Dieu a préparée pour les siens quand il écrit :
Nous le savons, en effet : si notre corps, cette tente que nous habitons sur la terre, vient à être détruit, nous avons au ciel une maison que Dieu nous a préparée, une habitation éternelle qui n'est pas l'œuvre de l'homme (2Corinthiens 5.1).
La tente que nous habitons, est aussi une allusion au Tabernacle de l'Ancien Testament, la tente de la Rencontre, où l'Éternel parlait tête à tête avec Moïse.
La troisième déclaration du verset 14 du premier chapitre de Jean, plénitude de grâce et de vérité, signifie que la gloire du Fils unique et éternel était totale, remplie à ras bord de grâce et de vérité. Cette déclaration est la traduction de l'hébreu riche en amour et en fidélité. Dans l'Ancien Testament, l'Éternel se présente disant :
L'Éternel, un Dieu plein de compassion et de grâce, lent à se mettre en colère, et riche en amour et en fidélité ! (Exode 34.6).
Le mot « fidélité » peut aussi être traduit par authenticité ou vérité.
Après avoir considéré les versets 1 et 14, voyons trois autres déclarations toujours dans le premier chapitre. Je lis.
Personne n'a jamais vu Dieu : Dieu, le Fils unique qui vit dans l'intimité du Père, nous l'a révélé (Jean 1.18).
Dieu est esprit et il est saint. Voilà pourquoi nul homme n'a vu ni ne peut voir, comme l'écrit l'apôtre Paul (1Timothée 6.16). À la femme aux mœurs légères allant puiser de l'eau au puits, Jésus dira :
Dieu est Esprit et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent par l'Esprit et en vérité (Jean 4.24).
Mais alors que penser des apparitions de Dieu (théophanies) dans l'Ancien Testament ? Le prophète Ésaïe déclare et je le cite :
Et voici que, de mes yeux, j'ai vu le Roi, le Seigneur des armées célestes (Ésaïe 6.5).
Il a effectivement vu une certaine manifestation de l'Éternel, soit de ses yeux soit dans une vision, mais l'essence divine, la vraie nature de Dieu n'a été révélée qu'en Jésus. Moïse qui jouissait d'une intimité avec l'Éternel par nul autre égalée n'a pu le voir que de dos. En effet, Dieu lui a dit :
Et quand ma gloire passera, je te mettrai dans le creux du rocher et je te couvrirai de ma main, jusqu'à ce que j'aie passé. Puis je retirerai ma main et tu me verras de dos, mais personne ne peut voir ma face (Exode 33.22-23).
La seconde affirmation du verset 18 est que Dieu le Fils unique vit dans l'intimité du Père. Littéralement, le texte dit : le Dieu unique ou encore le seul Dieu. C'est une façon d'exprimer le rapport entre Dieu le Père et Dieu le Fils à l'intérieur de la Trinité. Bien que Jean utilise un vocabulaire très simple, les vérités qu'il exprime sont des mystères profonds qui nous échappent complètement.
La troisième affirmation de ce verset 18 est que le Fils nous a révélé le Père. Il est dit littéralement qu'il est l'exégète du Père. Le mot grec exegesato signifie conduire dehors. En d'autres mots, le Christ dans sa personne amena Dieu hors de son palais céleste à la vue de tous les hommes. Jésus a quitté l'éternité et en lui a été manifesté le Dieu de l'univers, le Créateur de toutes choses. Il a revêtu une enveloppe charnelle pour faire connaître l'Éternel à tous les hommes. C'est grâce au ministère du Fils que la nature du Père invisible s'est révélée. Les neuf déclarations en trois groupes de trois que j'ai passées en revue peuvent être mises côte à côte de diverses manières.
Par exemple, si je mets ensemble la première affirmation de ces trois groupes, j'obtiens :
C'est une autre façon de décrire l'incarnation et de réfléchir sur la profonde signification de ces petites phrases toutes simples que nous propose l'apôtre Jean. Le logos éternel est devenu homme parce que sans cela nous n'aurions jamais pu connaître Dieu. Si je mets côte à côte les deuxièmes affirmations de ces trois groupes, j'obtiens :
Ces trois propositions indépendantes courtes se composent d'un vocabulaire élémentaire, mais leur portée me dépasse complètement. Ce passage dit en substance que la Parole, le logos éternel, a quitté l'intimité du Père pour venir monter sa tente au milieu de nous. Et si vous y croyez vraiment, cette vérité vous coupera le souffle. Dieu lui-même est descendu de l'éternité pour naître à Bethléhem et apprendre le métier de charpentier à Nazareth avant de révéler la Personne divine pendant trois ans. Ensuite, il s'est livré lui-même afin d'être assassiné pour racheter une humanité perdue. Enfin, il a triomphé du tombeau et du mal en ressuscitant des morts. C'est aussi votre ultime destinée si vous placez votre confiance en Jésus-Christ.