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Diffusé le 26 novembre 2007 - ::
Dans le chapitre 22 du livre des nombres surgit un personnage sinistre et des plus énigmatiques qui s'appelle Balaam. Il va être à la solde des ennemis d'Israël pour maudire le peuple en utilisant des moyens occultes, une sorte de magie noire. Mais ce devin sinistre a tout d'abord refusé l'offre qui lui était faite.
Je continue cette histoire des plus bizarres, en la compressant.
Balaq revint à la charge et envoya une nouvelle délégation composée de princes plus nombreux et plus importants que la première fois et dirent à Balaam : « De grâce, ne refuse pas de me venir en aide. Je te comblerai d'honneurs et je ferai tout ce que tu me demanderas. Mais viens donc, maudis-moi ce peuple ! » Balaam répondit : — Même si Balaq me donnait son palais rempli d'argent et d'or, je ne pourrais pas transgresser l'ordre de l'Éternel, mon Dieu, même pour une petite chose. Pourtant, restez ici cette nuit, vous aussi, pour que je puisse savoir ce que l'Éternel a encore à me dire. Pendant la nuit, Dieu vint vers Balaam et lui dit : — Si c'est pour t'inviter à les accompagner que ces hommes sont venus, vas-y, pars avec eux. Mais tu ne pourras faire que ce que je te dirai. Le lendemain, Balaam alla seller son ânesse et partit avec les princes de Moab (Nombres 22.15-21).
Le roi de Moab envoie une autre délégation de plus haute dignité. C'était chatouiller la vanité de Balaam, en plus de sa cupidité.
Balaam décide de désobéir à l'Éternel qu'il n'avait nullement besoin de consulter une seconde fois, puisqu'il lui avait déjà clairement indiqué sa volonté, ce que Balaam confirme en disant : Même si Balaq me donnait son palais rempli d'argent et d'or, je ne pourrais pas transgresser l'ordre de l'Éternel . Sa réponse est excellente, mais le penchant cupide de son cœur cherche un moyen de contourner Dieu.
L'appât du gain, la convoitise de Balaam va l'emporter sur son devoir. La réponse positive de Dieu à la deuxième requête du devin n'implique pas un changement d'avis de sa part, mais devant son obstination, elle vise à le prendre à son propre piège en vue de son jugement.
En substance, l'Éternel lui dit : Ma défense ne t'a pas suffi. Soit ! N'en tiens pas compte. Puisque malgré tout tu veux aller et parler, va donc et parle ! Mais sache que c'est une pente glissante que le chemin sur lequel tu t'engages. Balaam a refusé de rendre gloire à Dieu en lui obéissant, il devra le faire d'une autre manière et éventuellement subir le jugement pour sa rébellion. Ce prophète véreux accepterait sans doute de vendre sa propre mère pour quelques espèces sonnantes et trébuchantes.
Je continue le texte.
Alors, l'ânesse vit l'ange de l'Éternel posté sur le chemin, son épée dégainée à la main. Elle se détourna du chemin et prit à travers champs. Balaam se mit à la frapper pour la ramener sur le chemin. Alors l'ange de l'Éternel se plaça dans un chemin creux passant dans les vignes entre deux murets. L'ânesse vit l'ange de l'Éternel et elle rasa le mur, de sorte qu'elle serra le pied de Balaam contre le mur. Celui-ci recommença à la battre. L'ange de l'Éternel les dépassa encore une fois et vint se poster dans un passage étroit où l'on ne pouvait l'éviter ni à droite ni à gauche. L'ânesse vit l'ange de l'Éternel et elle s'affaissa sous son maître. Balaam se mit en colère et lui administra une volée de coups de bâton. Alors l'Éternel fit parler l'ânesse, qui dit à Balaam : — Que t'ai-je fait pour que tu me battes ainsi par trois fois ? (Nombres 22.23-28).
Un humoriste a fait remarquer qu'à cette époque, c'était un miracle lorsqu'un âne parlait, alors qu'aujourd'hui c'est le contraire ; le prodige a lieu lorsqu'un âne se tait. L'épée dégainée que tient l'ange signifie : Si tu veux forcer le passage, je frapperai. Le voyant de réputation internationale est aveugle aux réalités spirituelles qu'aperçoit sa bête de somme.
Je continue.
Balaam lui répondit : — C'est parce que tu te moques de moi. Ah ! si j'avais une épée sous la main, je t'abattrais sur-le-champ ! L'ânesse reprit : — Ne suis-je pas ton ânesse qui te sert de monture depuis toujours ? Est-ce que j'ai l'habitude d'agir ainsi avec toi ? Et il répondit : — Non ! Alors l'Éternel ouvrit les yeux de Balaam, qui vit l'ange de l'Éternel posté sur le chemin, son épée dégainée à la main. Balaam s'agenouilla et se prosterna la face contre terre. L'ange de l'Éternel lui dit : — Pourquoi as-tu frappé par trois fois ton ânesse ? C'est moi qui suis venu pour te barrer le passage, car ce voyage que tu as entrepris n'augure rien de bon. L'ânesse m'a vu et s'est détournée à trois reprises devant moi. Si elle ne s'était pas détournée, je t'aurais déjà abattu, tandis qu'elle, je l'aurais laissée en vie. Balaam dit à l'ange de l'Éternel : — J'ai tort, car je ne savais pas que tu te tenais devant moi sur le chemin. Et maintenant, si ce voyage te déplaît, je m'en retournerai. L'ange de l'Éternel lui dit : — Va avec ces hommes, mais tu répéteras seulement les paroles que je te dicterai. Balaam poursuivit donc la route avec les princes envoyés par Balaq (Nombres 22.29-35).
Comme toujours, l'ange de l'Éternel s'identifie à Dieu lui-même. Il est fort probable que ce personnage divin soit une apparition du fils de Dieu avant qu'il ne devienne Jésus-Christ. Balaam offre maintenant à Dieu de s'abstenir de ce voyage, dont il comprend le danger. Mais il est trop tard pour faire marche arrière. Quand le vin est tiré, il faut le boire. La partie est maintenant engagée, et elle doit se jouer jusqu'au bout. Le Nouveau Testament fait référence à cet événement en comparant Balaam à ceux qui enseignent des faussetés concernant Dieu. Je cite le passage :
Ils ont abandonné le droit chemin et se sont égarés en marchant sur les traces de Balaam, fils de Béor, qui a aimé l'argent mal acquis ; mais il a été rappelé à l'ordre pour sa désobéissance. C'est une ânesse muette qui, se mettant à parler d'une voix humaine, a détourné le prophète de son projet insensé. Ces enseignants de mensonges sont comme des sources qui ne donnent pas d'eau, comme des nuages poussés par la tempête (2Pierre 2.15-17)
Je continue.
Lorsque Balaq apprit que Balaam arrivait, il alla à sa rencontre à Ir-Moab située à la limite de son territoire sur la frontière formée par l'Arnon. Il lui demanda : — N'avais-je pas déjà envoyé une première délégation vers toi pour te faire venir ? Pourquoi n'es-tu pas venu tout de suite chez moi ? As-tu pensé que je ne serais pas capable de te traiter avec honneur ? (Nombres 22.36-37).
Balaq va à la rencontre du prophète à l'extrême nord de son pays. Il veut faire honneur à celui qui a fait un si long voyage pour répondre à sa demande et de qui il attend un si grand service. Cependant, son orgueil avait été blessé par le premier refus de Balaam.
Je continue en allégeant le texte jusqu'à la fin du chapitre 22.
Balaam répondit à Balaq : — Tu le vois, je suis venu vers toi. Maintenant, crois-tu que je pourrai dire quoi que ce soit de moi-même ? Non, je ne pourrai prononcer que les paroles que Dieu lui-même mettra dans ma bouche. Le lendemain matin, Balaq vint chercher Balaam et le fit monter aux hauts lieux de Baal d'où l'on avait vue sur les dernières lignes du camp d'Israël (Nombres 22.38-41).
Balaam a compris la leçon que lui a enseignée son âne et affirme vouloir dépendre de Dieu dans la suite de cette affaire. Dans ce texte, il est fait référence à Baal. À partir du 3e millénaire av. J-C, cette idole fut le faux dieu le plus répandu en Syrie et dans le pays de Canaan. Il représentait l'orage et la nature en général. Il était aussi très lié aux rites de la fécondité. Son culte s'accompagnait de pratiques païennes comme la prostitution sacrée. Il est intéressant de noter qu'un certain nombre de sectes ont dépoussiéré ce concept pour le remettre au goût du jour, surtout depuis les années 60.
Sur les hauts lieux de Baal, il était possible d'apercevoir l'extrémité sud du camp d'Israël, dressé dans la plaine du Jourdain, et qui s'étendait sur des kilomètres dans la direction du Nord. À partir de maintenant, Balaam va faire tout ce qui est en son pouvoir pour maudire Israël et ainsi toucher son salaire. Ce personnage sinistre n'est pas un simple magicien païen. Il connaît l'Éternel depuis fort longtemps, car c'est lui qu'il consulte immédiatement dès l'arrivée des envoyés de Balaq. D'autre part, sur la réponse négative du Dieu d'Israël, Balaam refuse tout d'abord de partir avec eux ; enfin, il dit qu'il ne parlera que d'après l'inspiration divine et préfère renoncer aux richesses promises plutôt que de contrevenir à la volonté de Dieu.
Il faut savoir que Balaam venait de la région où Abraham avait séjourné avant d'aller en Canaan. Or l'Éternel était invoqué dans cette contrée. Ce devin parle de Dieu non seulement en le désignant sous son nom d'Élohim, la divinité en général, mais en employant le nom plus rare et plus caractéristique de Yaweh, traduit par l'Éternel, et qui était en usage dans la famille d'Abraham. Ce nom caractérisait aux yeux de Balaam le Dieu élevé au-dessus de tous les autres que l'on adorait autour de lui. Cela dit, Balaam ne peut pas être envisagé comme un prophète de l'Éternel, car il emploie des moyens occultes pour se mettre en communication avec lui, et il consent à s'associer avec le païen Balaq qui veut éliminer Israël. De plus, il travaille pour un salaire, finissant par tout sacrifier à l'appât du gain. Dans ce domaine du fric, il n'y a donc rien de bien nouveau aujourd'hui.
De tout temps, certains ont été prêts à faire n'importe quoi pour s'enrichir. Balaam porte le titre de kosem, ce qui veut dire devin ou magicien. Dans l'Ancien Testament, ceux qui parlent véritablement au nom de l'Éternel sont appelés soit nabi, c'est-à-dire prophète, soit chozé, ce qui signifie voyant. Balaq, en tant que roi de Moab, connaissait la relation particulière qui existait entre Israël et l'Éternel. C'est pour cela qu'il désirait obtenir de Balaam, un soi-disant serviteur de ce Dieu, qu'il maudisse ce peuple. On sait que les Romains, avant de combattre une nation, cherchaient à la faire maudire au nom de la divinité qu'elle adorait. De plus, Balaq se représentait l'Éternel comme un dieu versatile à l'image des idoles païennes, et pouvant être influencé par certains moyens magiques connus de Balaam. Le danger pour ce dernier, était de se servir de Dieu au lieu de le servir
Nous voici arrivés au chapitre 23 qui continue l'histoire saugrenue de ce prophète vénal et véreux. Je commence à lire.
Alors Balaam dit à Balaq : — Construis-moi ici sept autels et prépare-moi sept taureaux et sept béliers. Balaq fit ce que Balaam lui avait demandé et, ensemble, ils offrirent un taureau et un bélier sur chaque autel. Balaam dit à Balaq : — Reste ici près de ton holocauste pendant que je me rendrai à l'écart. Peut-être l'Éternel viendra-t-il à ma rencontre. Alors je te communiquerai ce qu'il me révélera. Et il s'en alla sur une crête (Nombres 23.1-3).
Le texte ne nous donne aucun détail sur la manière dont Balaam s'y prenait pour obtenir une communication de l'au-delà. Un peu plus loin cependant, on apprend qu'il se servait d'augures. Sans doute observait-il les signes qui pouvaient s'offrir accidentellement à ses regards, comme le cri ou le vol d'un oiseau, ou quelque autre phénomène naturel. Il utilisait aussi la magie dont le but était double : d'une part, invoquer la divinité, et d'autre part, le plonger dans un état d'extase lui permettant d'entrer en communication avec le monde spirituel fermé aux sens naturels.
Les Chamans ou devins qui pratiquent la sorcellerie, utilisent des breuvages secrets, qui mêlés à des mouvements giratoires étourdissants produisent une suspension momentanée de la vie naturelle qui efface les distances du temps et des lieux. Ils entrent alors dans un état de clairvoyance qui leur permet de répondre avec exactitude à des questions, auxquelles il leur serait absolument impossible de répondre dans leur état normal.
Balaam utilisait sans aucun doute un procédé analogue, et Dieu a, semble-t-il, condescendu à répondre au devin parce que l'heure était grave pour son peuple. Le texte sous-entend que Balaam avait coutume d'ériger 7 autels sur lesquels il offrait ses sacrifices. Donc, effectivement Dieu lui parle et le renvoie à son employeur.
Je continue un peu plus loin.
Balaam retourna vers Balaq et le trouva debout avec tous les chefs de Moab près de son holocauste. Alors il déclama cet oracle : — D'Aram (Mésopotamie), Balaq m'a fait venir, oui, le roi de Moab m'a fait venir des monts de l'Est. Allons ! Maudis Jacob pour moi ! Viens et profère des menaces contre Israël ! Mais comment maudirais-je ? Dieu ne l'a pas maudit. Comment menacerais-je celui que l'Éternel ne veut pas menacer ? Voici : je le contemple du sommet des rochers, et, du haut des collines, je le regarde. Je le vois : c'est un peuple qui demeure à l'écart, il ne se considère pas semblable aux autres peuples. Qui a jamais compté les foules de Jacob, qui sont aussi nombreuses que les grains de poussière, ou qui a dénombré le quart du peuple d'Israël ? Qu'il me soit accordé la même mort que celle de ces justes, et que mon avenir soit identique au leur ! (Nombres 23.6-10).
Balaam va prononcer en tout 7 oracles. Ce mot désigne la sentence rythmée de malédiction que les devins proféraient. Les prophéties émanant des authentiques prophètes d'Israël ne sont jamais désignées par ce terme. Sur cette première montagne, Balaam n'aperçoit qu'un seul des quatre corps d'armée qui entouraient le Tabernacle, et celui-ci est innombrable ! Ce premier oracle n'est pas une bénédiction, mais une déclaration qu'il ne peut maudire ce peuple parce qu'il est d'une part différent des autres, étant investi d'une mission spéciale, et d'autre part il se compose d'hommes droits, sans aucun doute à cause de la loi et tout son système de sacrifices qui couvrent les transgressions des Israélites.
Je continue le texte.
Balaq dit à Balaam : — Que m'as-tu fait ? Je t'ai fait venir pour maudire mes ennemis, et voilà que tu les combles de bénédictions ! Balaam répondit : — Puis-je prononcer autre chose que les paroles que l'Éternel met dans ma bouche ? (Nombres 23.11-12).
Suite à ce premier fiasco, Balaq emmène son devin sur une autre montagne d'où ils aperçoivent une partie plus importante du peuple d'Israël. Et puis, c'est rebelote : à nouveau 7 autels sur lesquels sont immolés taureaux et béliers. Les païens croyaient pouvoir, par des supplications sans cesse répétées et par des actes cultuels à la fois nombreux et prolongés, parvenir à modifier le sentiment des dieux auxquels ils prêtaient les faiblesses humaines. Une fois encore l'Éternel se manifeste à Balaam qui retourne vers ses employeurs.
Je continue le texte un peu plus loin.
Alors Balaam prononça son oracle : — Allons, Balaq, écoute ! Fils de Tsippor, prête-moi attention, Dieu n'est pas homme pour mentir, ni humain pour se repentir. A-t-il jamais parlé sans qu'il tienne parole ? Et n'accomplit-il pas ce qu'il a déclaré ? Oui, j'ai reçu la charge de prononcer une bénédiction. Il a béni : je n'y changerai rien (Nombres 23.18-20).
Balaam le devin proclame des vérités essentielles concernant l'Éternel. Il aurait pu écrire un livre. Dieu, dit-il, n'est pas capricieux, mais constant et immuable, fidèle à lui-même, à sa parole et aux hommes avec qui il a fait alliance.
Je continue.
Il n'a pas constaté de péché chez Jacob, et il ne trouve pas de mal en Israël. Oui, l'Éternel son Dieu est avec lui. Dans ses rangs retentit l'acclamation royale. Dieu les a fait sortir d'Égypte : sa puissance est semblable à la force du buffle, et la divination est absente en Jacob : on ne consulte pas d'augure en Israël, il est dit à Jacob au moment opportun, oui, il est dit à Israël ce que Dieu accomplit. Voici, comme un lion, un peuple qui se lève, il bondit comme un lion, il ne se couche pas sans avoir dévoré sa proie, sans avoir bu le sang de ses victimes (Nombres 23.21-24).
Encore une fois, Balaam est dans l'impossibilité de maudire Israël. Sous l'action de l'Esprit de l'Éternel, il se voit même forcé de le bénir. Au milieu des autres peuples, Dieu rend Israël fort comme un lion parmi les autres animaux du désert. En s'attaquant à lui, Balaq ne fera donc qu'attirer sur lui le sort des Cananéens. Balaam fait aussi une remarque qui concerne l'excellence morale de ce peuple ; l'esprit de sainteté qui règne dans ses rangs et le préserve de l'injustice et des misères qui en résulteraient. Il va se souvenir de sa sentence et ainsi trouver le talon d'Achille d'Israël qui va lui permettre d'empocher le salaire magnifique qui lui avait été promis.
En attendant, Balaq n'est évidemment pas content. Il emmène Balaam sur un autre sommet plus au nord d'où on aperçoit mieux la plaine du Jourdain et donc une plus grande partie du peuple d'Israël. Balaq espère qu'en voyant l'immense multitude de ce peuple étrange qui remplit toute la vallée étendue à ses pieds, Balaam comprendra enfin le danger qui menace les peuples environnants et sera disposé à parler conformément à ses désirs.