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Émission 235 - Les Nombres 21:5 - 22:5

Diffusé le 23 novembre 2007 - ::

Chapitre 21

Versets 5-6

Dans le chapitre 21 du livre des Nombres, il y a déjà eu une bataille, mais le peuple d'Israël doit ensuite reprendre la route du désert et c'est dur, dur. Alors, ils entonnent à nouveau leur fameuse complainte du désert. Je continue le texte.

Ils se mirent à parler contre Dieu et contre Moïse en disant : — Pourquoi nous avez-vous fait sortir d'Égypte pour nous faire mourir dans le désert ? Car il n'y a ni pain ni eau, et nous sommes dégoûtés de cette nourriture de misère ! Alors l'Éternel envoya contre le peuple des serpents venimeux qui les mordirent, et il mourut beaucoup de gens d'Israël (Nombres 21.5-6).

Le fameux refrain du désert est repris en cœur par le peuple. Il est remarquable qu'il associe aussi étroitement Dieu et Moïse dans sa critique : Pourquoi nous avez-vous fait sortir d'Égypte. Comme précédemment, les Israélites expriment leur lassitude et leur mépris envers la manne. Dieu est fatigué d'entendre les murmures incessants du peuple. Il est irrité parce qu'au lieu de se montrer reconnaissants pour la manne qu'il leur envoie chaque matin, ils se disent dégoûtés. Maintenant en plus, ils accusent l'Éternel et Moïse de complot, de les avoir emmenés dans le désert afin qu'ils y périssent. Ils y vont un peu fort et en conséquence Dieu sévit. Un passage du Nouveau Testament, qui identifie d'ailleurs l'Éternel à Jésus, rappelle cet incident. Je le cite :

N'essayons pas de forcer la main au Christ, comme le firent certains d'entre eux qui, pour cela, périrent sous la morsure des serpents (1Corinthiens 10.9).

Arrivent alors en quantité considérable des serpents à la morsure cuisante selon le texte hébreu, et causant une douleur semblable à celle d'une brûlure. Il pourrait s'agir de cérastes, très répandus en Arabie. Leur venin cause une vive inflammation et une soif ardente. L'arrivée de ces reptiles a dû jeter la consternation parmi le peuple. Pour donner une idée de l'état d'angoisse dans lequel ces sales bêtes plongent une caravane, je cite deux petits passages tirés d'un récit de voyage dans cette région et datant du 19e siècle. Je lis (récit des voyageurs Brehm et Dumichen) : C'est le soir, le moment du repos. Tout à coup, quelqu'un s'écrie : Un serpent. Tout le monde s'éveille, chacun grimpe sur une caisse ou sur un ballot et attend. Les vipères cornues arrivent par douzaines. On ne sait d'où elles sortent... . J'avais dessiné, creusé, fouillé au milieu des ruines sans voir un seul céraste. La nuit était-elle venue, le feu était-il allumé, que ces horribles bêtes arrivaient de tous côtés, rampant et dardant leurs langues. Il ne reste qu'à chercher à les saisir avec une pince de fer et à les jeter dans le feu.

Versets 7-9

Je continue notre texte.

Le peuple vint trouver Moïse en disant : — Nous avons péché lorsque nous avons parlé contre l'Éternel et contre toi. Maintenant, veuille implorer l'Éternel pour qu'il nous débarrasse de ces serpents ! Moïse pria donc pour le peuple. L'Éternel lui répondit : — Fais-toi un serpent en métal et fixe-le en haut d'une perche. Celui qui aura été mordu et qui fixera son regard sur ce serpent aura la vie sauve. Moïse façonna un serpent de bronze et le fixa au haut d'une perche. Dès lors, si quelqu'un était mordu par un serpent, et qu'il levait les yeux vers le serpent de bronze, il avait la vie sauve (Nombres 21.7-9).

En réponse à la reconnaissance de sa culpabilité et de sa supplication, l'Éternel donne au peuple un moyen d'échapper à ce châtiment. Il dit à Moïse de fabriquer une copie en bronze du reptile, et de le mettre au sommet d'une perche, comme je l'ai déjà expliqué en introduisant ce livre. Plusieurs peuples de l'antiquité, comme les Égyptiens, Phéniciens, et Grecs, faisaient du serpent un symbole de la santé et de la guérison. Mais cette idée est complètement étrangère au texte et aux Écritures en général. Ce reptile élevé sur une perche était l'image du fléau qui détruisait le peuple, mais en position de vaincu. Il représentait l'ennemi réduit à l'impuissance. Et il était élevé bien haut afin que tous les Israélites puissent bien voir de loin le triomphe de Dieu sur le mal qui les dévorait.

Le peuple avait demandé l'éloignement des serpents ; mais la délivrance accordée par l'Éternel n'était pas celle escomptée. Elle exigeait en effet une participation à sa guérison de l'Israélite mordu ; il devait témoigner de sa confiance en Dieu en dirigeant un regard suppliant et confiant vers ce signe de pardon et de délivrance. En cela, et par tout ce récit, ce miracle devient le plus bel emblème que nous donne l'histoire du peuple d'Israël de l'œuvre de la future rédemption, et une préfiguration du Christ. En effet, il a été élevé sur une croix afin que ceux qui à titre personnel placent en lui leur confiance ne périssent pas, mais reçoivent la vie éternelle. Je lis le passage de l'Évangile.

Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle (Jean 3.13-16).

Par la suite, ce serpent de bronze devint bien sûr l'objet d'un culte idolâtre avec pèlerinages, apparitions et tout ça. Alors, le roi Ézéchias avec beaucoup de courage détruisit cette relique. Je lis le passage :

Il fit disparaître les hauts lieux, briser les stèles des idoles, couper le pieu sacré de la déesse Achéra. Il fit aussi mettre en pièces le serpent de bronze que Moïse avait fabriqué, car jusqu'à cette époque-là, les Israélites faisaient brûler des parfums pour lui (2Rois 18.4).

Après l'affaire des serpents brûlants, les Israélites contournèrent par le sud la montagne de Séir qui appartenait à Édom. Suit alors une liste de noms de lieux imprononçables, où le peuple s'est arrêté en route alors qu'il se trouve à l'est de la Mer Morte et remonte vers le nord en longeant sur leur partie orientale les territoires d'Édom puis de Moab. Lui, c'est un petit-fils de Lot, le neveu d'Abraham, donc aussi un cousin éloigné d'Israël.

Verset 13

Je continue le texte.

Puis de là ils partirent et campèrent de l'autre côté de l'Arnon, le torrent qui passe par le désert après être descendu du territoire des Amoréens et qui marque la frontière entre Moab et le pays des Amoréens (Nombres 21.13).

Israël campe au sud de l'Arnon, qui est la plus importante des rivières orientales qui se jettent dans la mer Morte. Le peuple avait remonté son cours et disposait donc de toute l'eau dont il avait besoin. Au moment de quitter le désert et de franchir l'Arnon, toujours direction nord, Moïse envoie au roi des Amoréens une ambassade pour demander le libre passage sur son territoire. Le texte mentionne avec soin, et cela à plusieurs reprises, que le territoire qui se trouve au nord de l'Arnon était occupé par des Amoréens, c'est-à-dire des Cananéens et non pas par les Moabites, les lointains cousins d'Israël.

Quelle importance, me direz-vous ! Du temps d'Abraham, c'étaient les descendants de Moab qui occupaient cette contrée, mais ils l'avaient perdue suite aux conquêtes des Amoréens contre eux. L'Éternel a donné le pays de Canaan à Israël, mais pas les territoires de ses cousins aussi éloignés fussent-ils.

Versets 16-18

Je continue.

De là, ils gagnèrent Beer. C'est à propos de ce puits que l'Éternel dit à Moïse : — Assemble le peuple, et je leur donnerai de l'eau. Alors Israël entonna le chant suivant : — Monte, ô puits ! Lancez des acclamations ! Voici le puits qui fut creusé par des princes, celui que les grands du peuple ont foré avec leur sceptre, avec leurs cannes (Nombres 21.16-18).

Ce puits marque la limite du désert que le peuple venait de traverser et qu'il quitte à cet endroit. C'était un moment solennel dans l'histoire d'Israël, car il sortait des conditions extrêmes de la vie du désert pour rentrer dans celles d'une vie normale. Une ère nouvelle allait commencer. L'Éternel ne fait pas ici un miracle proprement dit, il veut simplement que son peuple prenne conscience que le désert c'est fini pour de bon. Ce puits est le début du pays de Canaan. C'est pourquoi les Israélites entonnèrent un chant de louanges et de reconnaissance pour l'eau courante de ce puits, un bien précieux encore aujourd'hui dans cette région.

Ce cantique est rafraîchissant à entendre, comparé aux murmures habituels, leur cantique du désert. Les Hébreux pénètrent maintenant dans la campagne de Moab, un territoire qui avait été conquis par le roi amoréen Sihôn ; ce sont des plaines ondulées (appelées aujourd'hui Belka), s'inclinant doucement vers l'est depuis la chaîne de montagnes, qui dominent la mer Morte et qui vont jusqu'au désert de Syrie. Un voyageur moderne les a appelées : un océan d'herbe et de blé . Bref, c'est un grenier à pain et c'est pour cela que les Cananéens l'avaient pris aux Moabites.

Versets 21-23

Je continue le texte.

Les Israélites avaient envoyé des émissaires à Sihôn, roi des Amoréens, pour lui demander la permission de traverser son pays. Nous n'entrerons ni dans vos champs ni dans vos vignes, lui avaient-ils dit, et nous ne boirons pas l'eau des puits, nous suivrons la route royale jusqu'à ce que nous ayons traversé ton territoire. Mais Sihôn leur refusa l'autorisation de traverser son territoire. Il mobilisa toutes ses troupes et marcha contre Israël dans le désert, il arriva à Yahats et lui livra bataille. Mais Israël le battit et prit possession de son pays depuis l'Arnon jusqu'au Yabboq et jusqu'au territoire des Ammonites dont la frontière était fortifiée (Nombres 21.21-23).

Les frontières du royaume de Sihôn dont s'emparent les Israélites sont nettement indiquées : l'Arnon est la rivière au sud, et le Jabbok un affluent loin au nord et le pays des Ammonites est à l'est. Ammon est un autre de ces cousins lointains qu'il faut laisser tranquilles. En tout et pour tout, ils ont quand même conquis un territoire qui en gros faisait 100 km de long sur une moyenne de 30 de large. C'est pas mal pour un début. Suit alors un chant guerrier qui récapitule la défaite de Moab aux mains des Amoréens et la victoire des Israélites sur eux.

Versets 32-33

Je continue un peu plus loin.

Moïse envoya des gens en reconnaissance dans la région de Yaezer ; ils s'emparèrent des villes qui en dépendaient et chassèrent les Amoréens qui s'y trouvaient. Puis ils changèrent de direction et se dirigèrent du côté du Basan. Og, roi du Basan, marcha contre eux avec toutes ses troupes et leur livra bataille à Edréi (Nombres 21.32-33).

Pendant qu'il y était, Moïse envoie une expédition pour nettoyer la ville amoréenne la plus au nord. Elle n'était cependant pas sur l'itinéraire d'Israël.

Versets 34-35

Je finis le chapitre.

Alors l'Éternel dit à Moïse : — Ne le crains pas, car je le livre en ton pouvoir, lui, toute son armée et son pays ; tu le traiteras comme tu as traité Sihôn, roi des Amoréens, qui régnait à Hechbôn. Les Israélites le battirent, lui et ses fils et toute son armée, sans lui laisser aucun survivant, et ils prirent possession de son pays (Nombres 21.34-35).

Ça tape dur. Les guerres ne plaisantaient pas en ce temps-là non plus. C'est le début de l'éradication des Cananéens. À partir de maintenant, les victoires sur Sihôn et Og seront commémorées à chaque fête de la Pâque. Maintenant, toute la partie est du Jourdain est aux mains d'Israël, mis à part les territoires de ses cousins éloignés : Moab, Ammon et Édom. De l'autre côté de ce fleuve, les rois cananéens doivent commencer à pâlir. Ils se disent que ces Sémites qui étaient esclaves en Égypte et qui se baladaient dans le désert jusqu'à maintenant, risquent de leur donner du souci.

Chapitre 22

Introduction

Et c'est ainsi que nous arrivons au chapitre 22 du livre des Nombres. À partir d'ici, nous avons l'étrange histoire d'un prophète qui s'appelle Balaam. Il est longuement décrit sans pour cela qu'on puisse facilement le cerner. Certes, il n'est pas le seul dans ce cas. Les Écritures présentent pas mal de personnages au caractère obscur, aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau Testament. Cependant, Balaam est probablement le plus mystérieux de tous. Il était d'origine madianite, comme le beau-père de Moïse, et certaines de ses prédictions s'accomplissaient.

On ne peut pas simplement l'ignorer parce que les Textes Sacrés lui accordent beaucoup d'importance. Il y a bien davantage de versets le concernant que pour Marie la mère de Jésus ou que la plupart des apôtres. Même le Nouveau Testament le mentionne à trois reprises. Loin d'être une figure mythique, on a retrouvé une de ses prophéties dans un texte araméen antérieur à 700 av. J-C, dans la vallée du Jourdain.

Verset 1

Je commence à lire le chapitre 22.

Les Israélites repartirent et campèrent dans les steppes de Moab à l'est du Jourdain, vis-à-vis de Jéricho (Nombres 22.1).

Ici se termine véritablement le récit très sommaire du long et rapide voyage du peuple élu de Qadech jusqu'à la Terre promise. C'est le livre de Josué qui suit le Pentateuque, le 5e livre de Moïse, qui reprendra la suite du récit en racontant le passage du Jourdain et la conquête de Canaan. Ces différents épisodes des pérégrinations d'Israël dans le désert, qui ne sont pas rapportés dans un ordre strictement chronologique, manifestent les hauts et les bas, que connaît le peuple, parfois rebelles, parfois obéissants et confiants en l'Éternel, et par voie de conséquence, victorieux sur ses ennemis.

Voici Israël enfin arrivé aux portes du Pays Promis, dans les steppes de Moab. Les 40 années à tourner en rond dans le désert sont terminées ; pourtant, tous les obstacles n'ont pas été encore franchis, comme va le montrer la suite avec l'histoire saugrenue de Balaam.

Versets 2-3

Je continue à lire.

Balaq, fils de Tsippor, avait appris tout ce qu'Israël avait fait aux Amoréens. Alors les gens de Moab furent pris de panique en face d'un peuple si nombreux, ils furent épouvantés devant les Israélites (Nombres 22.2-3).

Balaq est Moabite. Il a la peur au ventre parce qu'il croit à tort qu'Israël a l'intention de l'effacer de la carte. Il a vite compris que militairement il n'avait aucune chance s'il était attaqué. Or, comme la meilleure défense, c'est l'attaque, il songe à ruser.

Versets 5-12

Je continue en compressant le texte.

Il envoya des messagers à Balaam, pour le faire venir, en lui disant : — Voici qu'un peuple est sorti d'Égypte ! Il envahit toute la région et il s'est installé vis-à-vis de mon pays. Maintenant, viens, je te prie ! Maudis-moi ce peuple, car il est plus fort que moi. Peut-être parviendrai-je alors à le battre et à le chasser du pays, car je le sais, celui que tu bénis est béni, et celui que tu maudis est maudit. Les responsables de Moab et ceux de Madian partirent en emportant des présents pour payer le devin. Balaam leur répondit : — Restez ici cette nuit, et demain je vous donnerai ma réponse, selon ce que l'Éternel me dira. Mais Dieu dit à Balaam : — Ne va pas avec eux. Tu ne maudiras pas ce peuple, car il est béni (Nombres 22.5-12).

Les deux peuples de Moab et de Madian vont s'allier contre ce qu'ils perçoivent leur ennemi commun. Ce monstre de Balaq veut utiliser des moyens occultes pour détruire Israël. Il va faire venir des bords de l'Euphrate, à vingt jours de marche, un homme dont la réputation est parvenue jusqu'à lui et qu'il croit assez puissant pour lui assurer la faveur du ciel dans la lutte armée qu'il veut engager avec Israël. Ce Balaam semble à première vue vénérer l'Éternel.

Cependant, il est plus probable qu'il ait été une sorte de devin généraliste, qui se prétendait le porte-parole de n'importe quel dieu, en fonction des situations. Il est possible qu'ayant entendu parler de l'Éternel, il dit à ses visiteurs que c'est lui qu'il va consulter, afin d'être payé plus grassement encore. D'ailleurs, le texte hébreu dit que c'est Dieu, en utilisant un terme générique, qui a répondu à Balaam et non l'Éternel, afin de ne pas cautionner la prétention outrancière de ce faux prophète. Les Textes Sacrés portent un jugement invariablement négatif sur ce personnage énigmatique.