Chapitre 18
Versets 22-23
Dans le chapitre 18 de Luc, un homme riche et vertueux est venu demander à Jésus ce qu'il devait faire pour hériter de la vie éternelle. Finalement, Jésus lui dit :
Il te reste encore une chose à faire : vends tout ce que tu possèdes, distribue le produit de la vente aux pauvres, et tu auras un trésor au ciel. Puis viens et suis-moi ! Quand l'autre entendit cela, il fut profondément attristé, car il était très riche (Luc 18.22-23).
C'est le coup de massue ! Le notable vacille, car il est englué à son fric.
Le raisonnement de Jésus est brillant. Il a tout d'abord dit à cet homme que Dieu seul était bon, ce qui sous-entend qu'aucun homme ne l'est suffisamment pour garder toute la loi. Ensuite, Jésus lui a dit qu'il fallait obéir aux commandements afin d'hériter la vie éternelle. Mais comme nul n'en est capable, la seule chose que ce jeune homme puisse faire pour obtenir la vie éternelle, c'est de suivre Jésus. C'est là que le bât blesse, car pour cela il fallait que ce notable se débarrasse de son boulet de fric.
Verset 24
Je continue.
En le voyant ainsi abattu, Jésus dit : — Qu'il est difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu (Luc 18.24).
La comparaison humoristique que Jésus emploie fait appel à un proverbe juif pour décrire une situation impossible. Le chameau était en Palestine l'animal le plus grand, tandis que le trou d'une aiguille l'ouverture la plus petite qui soit. Il est difficile pour un riche de se confier en Dieu, car il a beaucoup à perdre et est enorgueilli par les avantages que lui procurent ses possessions. Ce notable était consacré à ses richesses qui étaient pour lui une idole, enfreignant ainsi le premier commandement de la Loi qui ordonne : Tu n'auras pas d'autre dieu que moi.
Versets 26-30
Je continue.
Les auditeurs s'écrièrent : — Mais alors, qui peut être sauvé ? Jésus leur répondit : — Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Alors Pierre lui fit remarquer : — Et nous ? Nous avons abandonné tout ce que nous avions pour te suivre. Jésus leur dit : — Vraiment, je vous l'assure, si quelqu'un quitte, à cause du royaume de Dieu, sa maison, sa femme, ses frères, ses parents ou ses enfants, il recevra beaucoup plus en retour dès à présent, et, dans le monde à venir, la vie éternelle (Luc 18.26-30).
La surprise des disciples, « Mais alors, qui peut être sauvé ? » , s'explique parce que dans le Judaïsme, les richesses étaient une marque de la faveur de Dieu. À ceux qui vont subir de lourdes pertes relationnelles à cause de leur engagement pour le royaume, Jésus promet la vie éternelle, certes, mais aussi une nouvelle famille. Il s'agit bien sûr de l'Église, qui a pour mission de se comporter comme une véritable fraternité.
Versets 31-34
Je continue.
Jésus prit les Douze à part et leur dit : — Voici : nous montons à Jérusalem et tout ce que les prophètes ont écrit au sujet du Fils de l'homme va s'accomplir. En effet, il sera remis entre les mains des païens, on se moquera de lui, on l'insultera, on crachera sur lui. Et après l'avoir battu à coups de fouet, on le mettra à mort. Puis, le troisième jour, il ressuscitera. Les disciples ne comprirent rien à tout cela, c'était pour eux un langage énigmatique et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire (Luc 18.31-34).
C'est ici la 3e fois que Jésus dit aux disciples ce qui allait lui arriver. Il se fait de plus en plus explicite. Les disciples ne peuvent croire ces paroles dévastatrices de Jésus. En effet, ils ont passé presque 3 ans de leur vie en sa compagnie et ont reçu la garantie du royaume. Or accepter cette prédiction signifierait pour eux la fin de tous leurs espoirs. Ils essaient donc de comprendre autre chose, mais demeurent dans l'incompréhension la plus totale, ce que souligne bien le texte avec la phrase : Les disciples ne comprirent rien à tout cela, c'était pour eux un langage énigmatique et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire.
Versets 35-43
Je continue jusqu'à la fin du chapitre.
Comme Jésus approchait de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin, en train de mendier. En entendant le bruit de la foule qui passait, il demanda ce que c'était. On lui répondit que c'était Jésus de Nazareth qui passait. Alors il se mit à crier très fort : — Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! Ceux qui marchaient en tête du cortège le rabrouèrent pour le faire taire, mais lui criait de plus belle : — Fils de David, aie pitié de moi ! Jésus s'arrêta et ordonna qu'on lui amène l'aveugle. Quand il fut près de lui, Jésus lui demanda : — Que veux-tu que je fasse pour toi ? L'aveugle lui répondit : — Seigneur, fais que je puisse voir. — Tu peux voir, lui dit Jésus. Parce que tu as eu foi en moi, tu es guéri. Aussitôt, il recouvra la vue et suivit Jésus en louant Dieu. En voyant ce qui s'était passé, toute la foule se mit aussi à louer Dieu (Luc 18.35-43).
Cet aveugle est symbolique de l'état spirituel de chacun d'entre nous. Il ne pouvait faire quoi que ce soit pour améliorer sa condition. Il mendiait sa maigre subsistance. Par contre, il reconnaît en Jésus le Fils de David, ce qui veut dire le Messie. Le récit de Luc a déjà montré que ce sont ceux qui sont en dehors du Judaïsme traditionnel qui discernent la véritable identité du Christ : un officier païen, une prostituée et un Samaritain hybride. L'aveugle ne voit pas avec ses yeux, mais il distingue nettement que c'est maintenant ou jamais qu'il sera guéri, alors il est hors de question pour lui de se taire. Il hurle jusqu'à ce que Jésus l'appelle et le guérisse.
Chapitre 19
Versets 1-4
Nous arrivons maintenant au chapitre 19 de Luc. Je commence à lire.
Jésus entra dans la ville de Jéricho et la traversa. Or, il y avait là un nommé Zachée. Il était chef des collecteurs d'impôts, et riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était petit. Alors il courut en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là (Luc 19.1-4).
Jéricho était à l'époque un lieu de villégiature pour le dessus du panier. C'est là que les gens prospères vivaient ou passaient leurs vacances. Parmi eux se trouvaient bon nombre de collecteurs d'impôts qui tels des sangsues s'enrichissaient sur le dos des Juifs en percevant leurs impôts pour le compte des Romains. Au passage bien sûr ils arrondissaient les comptes à plusieurs chiffres supérieurs ce qui rendait la note salée. Alors, ils étaient méprisés du peuple. C'est ainsi qu'on rencontre Zachée dont le nom signifie « pur », ce qui est quelque peu ironique. La démarche de ce percepteur est intéressante. De petite taille, il grimpe à un arbre comme un enfant, mais c'est ce qui montre le sérieux de son intérêt pour Jésus. Il est une illustration de la parole que Jésus a prononcée précédemment :
Laissez les petits enfants venir à moi et ne les en empêchez pas, car le royaume de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent (Luc 18.16).
Le sycomore est aussi appelé faux platane auquel il ressemble.
Versets 5-7
Je continue.
Lorsque Jésus fut parvenu à cet endroit, il leva les yeux et l'interpella : — Zachée, dépêche-toi de descendre, car c'est chez toi que je dois aller loger aujourd'hui. Zachée se dépêcha de descendre et reçut Jésus avec joie. Quand les gens virent cela, il y eut un murmure d'indignation. Ils disaient : — Voilà qu'il s'en va loger chez ce pécheur ! (Luc 19.5-7).
Zachée n'en espérait pas tant. Il n'en croit pas ses oreilles. Le Seigneur, qui connaît non seulement son nom, mais tout de lui, a décidé de déjeuner dans sa maison et pas chez quelque notable religieux ou politique de la ville. Honni, soit qui mal y dit, Jésus entre sous le toit d'un paria sangsue.
Verset 8
Je continue.
Mais Zachée se présenta devant le Seigneur et lui dit : — Écoute, Maître, je donne la moitié de mes biens aux pauvres et, si j'ai pris trop d'argent à quelqu'un, je lui rends quatre fois plus (Luc 19.8).
À tous ceux qui se reconnaissaient coupables devant Dieu, comme les percepteurs, Jésus offrait le pardon. Zachée ressort transformé de son entretien avec Jésus, ce que confirme son initiative très onéreuse qui fait disparaître la moitié de sa fortune. Son action prouve qu'il a foi en Jésus, qu'il l'a accepté comme son Maître et que donc il hérite de la vie éternelle ce que confirme Jésus.
Versets 9-10
Je continue.
Jésus lui dit alors : — Aujourd'hui, le salut est entré dans cette maison, parce que cet homme est, lui aussi, un fils d'Abraham. Car le Fils de l'homme est venu chercher et amener au salut ce qui était perdu (Luc 19.9-10).
Zachée, un fils d'Abraham de naissance, avait le droit d'entrer dans le royaume grâce au lien qui l'unissait à Jésus. C'était bien là la mission du Christ : chercher et sauver les perdus. L'histoire de Zachée rappelle celle de Lévi qui est devenu Matthieu. Les religieux avaient déjà protesté contre Jésus, parce qu'il avait déjeuné avec lui et d'autres percepteurs ; ce à quoi Jésus avait rétorqué :
Ceux qui sont en bonne santé n'ont pas besoin de médecin, ce sont les malades qui en ont besoin. Ce ne sont pas des justes, mais des pécheurs que je suis venu appeler à changer de vie (Luc 5.31-32).
Le ministère de Jésus va à contre-courant de ce qui était considéré comme normal. C'est sans doute ce que Blaise Pascal avait à l'esprit lorsqu'il a écrit : Jésus-Christ est venu aveugler ceux qui voyaient clair, et donner la vue aux aveugles ; guérir les malades, et laisser mourir les sains de corps ; appeler à la pénitence et justifier les pécheurs, et laisser les justes dans leurs péchés ; remplir les indigents, et laisser les riches vides (772). En effet, Jésus-Christ ne peut rien faire pour ceux qui croient voir, ne pas avoir besoin de médecin, ceux qui croient être justes et riches pour Dieu.
Verset 11
Je continue le texte de Luc.
Comme la foule écoutait ces paroles, Jésus continua en racontant une parabole. En effet, il se rapprochait de Jérusalem et l'on s'imaginait que le royaume de Dieu allait se manifester immédiatement (Luc 19.11).
La foule et les disciples s'attendaient à ce que l'arrivée à Jérusalem soit l'événement décisif au cours duquel Jésus serait reconnu comme Messie et le royaume instauré.
Versets 12-14
Je continue.
Voici donc ce qu'il dit : — Un homme de famille noble était sur le point de partir pour un pays lointain afin d'y être officiellement nommé roi, avant de revenir ensuite dans ses États. Il convoqua dix de ses serviteurs et leur remit, à chacun, une pièce d'or. Puis il leur recommanda : « Faites fructifier cet argent jusqu'à mon retour ! » Mais cet homme était détesté par les habitants de son pays. Aussi, ils envoyèrent, derrière lui, une délégation chargée de dire : « Nous ne voulons pas que cet homme-là règne sur nous ! » (Luc 19.12-14).
L'homme de haute naissance est Jésus. Avant qu'il ne revienne s'établir dans son royaume, il doit partir pour une longue période qui correspond au temps de l'Église, époque que nous vivons actuellement. Cette pièce d'or était l'équivalent de 3 mois de travail, donc une somme considérable. Ses serviteurs avaient à charge de faire fructifier l'avoir qui leur était confié durant l'absence de leur maître. Le groupe qui le détestait est constitué des chefs religieux et de la nation d'Israël dans son ensemble.
Versets 15-19
Je continue.
Après avoir été nommé roi, il revint dans son pays et fit appeler les serviteurs auxquels il avait confié l'argent. Il voulait savoir ce qu'ils en avaient retiré. Le premier se présenta et dit : « Seigneur, ta pièce d'or en a rapporté dix autres. » « C'est bien, lui dit le maître, tu es un bon serviteur ! Tu t'es montré fidèle dans une petite affaire. Je te nomme gouverneur de dix villes. » Le deuxième s'approcha et dit : « Seigneur, ta pièce d'or en a rapporté cinq autres. » Le maître lui dit : « Eh bien, je te confie le gouvernement de cinq villes » (Luc 19.15-19).
Chacun des serviteurs devra rendre compte de la façon dont il aura géré les biens qui lui avaient été confiés. Ce qui importe c'est ma fidélité dans les responsabilités que le Maître m'a confiées. Il me récompensera en fonction de ce que j'aurais fait pour lui. À ceux à qui beaucoup est confié, beaucoup sera demandé.
Versets 20-27
Je continue.
Finalement, un autre vint et dit : « Seigneur, voici ta pièce d'or ; je l'ai gardée enveloppée dans un mouchoir. En effet, j'avais peur de toi, parce que tu es un homme sévère ; tu retires de l'argent que tu n'as pas placé, tu moissonnes ce que tu n'as pas semé. » « Vaurien ! dit le maître, tu viens de prononcer ta propre condamnation. Tu savais que je suis un homme sévère, qui retire de l'argent que je n'ai pas placé et qui moissonne ce que je n'ai pas semé. Pourquoi alors n'as-tu pas déposé mon argent à la banque ? À mon retour, je l'aurais retiré avec les intérêts. » Puis il ordonna à ceux qui étaient là : « Retirez-lui cette pièce d'or et donnez-la à celui qui en a dix ! » « Mais, Seigneur, lui firent-ils remarquer, il a déjà dix pièces ! » « Eh bien, je vous le déclare, à celui qui a, on donnera encore, mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. D'autre part, amenez-moi ici mes ennemis qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, et qu'on les mette à mort devant moi » (Luc 19.20-27).
L'attitude de ce dernier serviteur montre qu'il ne s'intéressait pas du tout au retour du roi, et ne s'attendait pas réellement à ce qu'il revienne. C'est pourquoi il ne s'occupa pas de ses affaires. Il faisait partie de ceux qui ne voulaient pas que le roi règne sur eux. Quelque 40 ans après avoir prononcé cette parabole, des centaines de milliers de Juifs furent tués ou déportés lorsque les Romains détruisirent Jérusalem. Ce n'est cependant qu'un avant-goût de ce qui se passera lors de la bataille d'Harmaguédon, juste avant le retour en gloire de Jésus-Christ.
Verset 28
Je continue.
Après avoir dit cela, Jésus partit, suivi de ses disciples, pour monter à Jérusalem (Luc 19.28).
Les récits des Évangiles pris ensemble nous donnent la séquence d'événements suivants. Le samedi, Jésus alla dans le temple puis rentra à Béthanie où il résidait avec ses disciples. Le dimanche, il fait son entrée triomphale puis retourne au temple pour y faire le ménage. Il chassa tous les vendeurs et renversa les tables des changeurs de monnaie. Là, il s'est vraiment fait remarquer. À partir du lundi, il enseignait dans le temple et les chefs religieux cherchaient un moyen de le mettre à mort.
Versets 29-34
Je continue le texte.
Aux approches de Bethphagé et de Béthanie, près de la colline appelée « mont des Oliviers », il envoya deux de ses disciples en disant : — Allez à ce village qui est devant vous. Dès que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché que personne n'a encore monté. Détachez-le et conduisez-le ici. Si quelqu'un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? », vous lui répondrez simplement : « Parce que le Seigneur en a besoin. » Ceux qu'il avait envoyés partirent et trouvèrent les choses comme Jésus l'avait dit. Au moment où ils détachaient l'ânon, ses propriétaires leur demandèrent : — Pourquoi détachez-vous cet ânon ? Ils répondirent : — Parce que le Seigneur en a besoin (Luc 19.29-34).
Nous sommes donc le dimanche qu'on appelle « le jour des rameaux » et qui précède Pâque. Une prophétie de l'Ancien Testament annonce que le Messie entrerait dans Jérusalem de cette manière. Je la cite :
Tressaille d'allégresse, ô communauté de Sion ! Pousse des cris de joie, ô communauté de Jérusalem ! Car ton roi vient vers toi, il est juste et victorieux, humilié, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d'une ânesse (Zacharie 9.9).
Jésus s'était peut-être arrangé d'avance avec les propriétaires de l'animal, ou bien la simple mention : le Seigneur en a besoin, les informerait de la signification de cette démarche insolite. Les foules aussi comprendront par ce moyen que Jésus se présente comme le Messie ou tout au moins un prophète.
Versets 35-40
Je continue.
Et ils le conduisirent à Jésus. Après avoir posé leurs manteaux sur le dos de l'animal, ils y firent monter Jésus. Sur son passage, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. Comme ils approchaient de Jérusalem, en descendant du mont des Oliviers, toute la multitude des disciples, dans un élan de joie, se mit à louer Dieu d'une voix forte pour tous les miracles qu'ils avaient vus : — Béni soit le roi qui vient de la part du Seigneur, disaient-ils. Paix dans le ciel, et gloire à Dieu au plus haut des cieux ! À ce moment-là, quelques pharisiens qui se trouvaient dans la foule interpellèrent Jésus : — Maître, fais taire tes disciples ! Jésus leur répondit : — Je vous le déclare, s'ils se taisent, les pierres crieront ! (Luc 19.35-40).
Jésus accepta pleinement les acclamations de la foule comme si elles lui étaient dues. Il ne fait aucun doute qu'il se présente en tant que fils de Dieu. Toute l'histoire avait été dirigée vers cet événement unique et spectaculaire, au cours duquel le Messie se présentait publiquement à la nation. Les chefs religieux ont très bien compris que Jésus faisait son entrée dans la ville en tant que Fils de David et Fils de Dieu. Fidèles à leurs habitudes, ils sont furieux de ce que le feu des projecteurs soit dirigé sur Jésus et non sur eux.