Chapitre 18
Versets 17-18
Le chapitre 18 du Lévitique, en tant que texte biblique est choquant. Il donne en effet une liste d'interdictions d'ordre sexuel en allant dans tous les détails. Je continue le texte.
Tu n'auras pas de relations sexuelles à la fois avec une femme et sa fille ; tu n'épouseras ni la fille de son fils, ni celle de sa fille, car elles sont ses proches parentes et ce serait une infamie. Tu ne prendras pas pour autre épouse la sœur de ta femme, car tu provoquerais des rivalités entre elles en ayant des relations avec la sœur, tant que ta femme est en vie (Lévitique 18.17-18).
Dans le premier cas, c'est la peine de mort. Dans le deuxième, où quelqu'un épouserait deux sœurs, il n'y a aucun châtiment de prévu, sans doute parce que le climat à la maison va être tellement pourri à cause des rivalités entre les sœurs, que ce sera déjà un enfer perpétuel. Jacob, un des ancêtres fondateurs de la nation, a fait cette amère expérience qui est racontée dans le livre de la Genèse. L'union avec la sœur de l'épouse défunte par contre, n'est pas interdite alors que le mariage avec la veuve du frère est tout à fait proscrit.
Cette différence provient du fait que dans les temps anciens, lorsque les familles se groupaient d'après leur nom, un homme était affectivement bien plus proche de la veuve de son frère que de la sœur de son épouse défunte qui ne portait pas le même nom que lui. C'est à cause de cette proximité sentimentale que cette union est interdite. Avant de quitter le thème de l'inceste, il faut noter que la loi de Moïse ne défend pas le mariage entre cousins germains, ce qui était par contre proscrit par les anciens Romains.
Versets 19-20
Je continue le texte.
Tu n'auras pas de relations sexuelles avec une femme pendant que ses règles la rendent impure. Tu ne coucheras pas avec la femme de ton prochain pour te rendre impur avec elle (Lévitique 18.19-20).
L'adultère était réprimandé par la plupart des peuples de l'antiquité et allait d'amendes pécuniaires aux peines corporelles comme en Égypte avec 1 000 coups de bâton pour l'homme et la mutilation du nez pour la femme. En Israël, c'est la peine de mort pour tous les deux.
Verset 21
Je continue le texte qui maintenant va faire froid dans le dos.
Tu ne livreras pas l'un de tes enfants pour les sacrifices à Molok, car tu ne déshonoreras pas ton Dieu. Je suis l'Éternel (Lévitique 18.21).
Ce Molok est une des formes du dieu Baal des Phéniciens qui représentait le soleil, une divinité très populaire chez les peuples du pays de Canaan, la future Palestine. L'idole métallique était creuse et à l'intérieur on y faisait littéralement un feu d'enfer. On égorgeait ou pas les tout petits enfants avant de les placer sur la forme des bras ainsi chauffée à blanc. Des découvertes archéologiques ont été entreprises dans le temple des Amorites, le peuple qui fit de Babylone sa capitale. C'est ainsi qu'on a exhumé des corps d'enfants calcinés. On n’a pas besoin d'un dessin pour comprendre l'horreur.
D'après une tradition lointaine chez les Ammonites, un peuple qui vénérait Molok, les femmes, qui acceptaient de se marier avec un Israélite, exigeaient que leur premier enfant soit ainsi consacré à leur dieu. C'était donc, on ne peut plus, une rébellion à main levée contre l'Éternel. Sachant tout cela, on comprend mieux pourquoi ce verset sur Molok se trouve ici au beau milieu des interdictions d'unions illicites. C'est afin de prévenir que les Israélites ne se mélangent avec ce peuple corrompu lorsqu'ils entreront en Palestine.
Verset 22
Je continue.
Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme ; c'est une abomination (Lévitique 18.22).
Le châtiment était la peine capitale. Mais comme pour toutes les autres pratiques interdites, celles-ci subsistèrent en Israël.
Verset 23
Je continue.
Tu n'auras pas de rapports sexuels avec une bête pour te rendre impur avec elle. Une femme n'ira pas s'accoupler avec un animal ; c'est une dépravation (Lévitique 18.23).
Ce crime aussi était puni de mort. C'était chez les Égyptiens une pratique qui faisait partie de certains de leurs cultes, en particulier celui voué au dieu-bouc Satyre Mendès.
Versets 24-30
Je finis ce chapitre.
Ne vous rendez pas impurs par une de ces pratiques ; c'est en s'y adonnant que les nations que je vais déposséder en votre faveur se rendent impures. Le pays entier a été souillé, et je vais intervenir pour punir sa faute, et le pays vomira ses habitants. Vous, au contraire, vous obéirez à mes lois et à mes ordonnances et vous ne commettrez aucun de ces actes abominables, ni l'autochtone, ni l'étranger qui réside au milieu de vous. Car toutes ces abominations ont été commises par les hommes du pays qui y ont séjourné avant vous, et le pays en a été souillé. Craignez donc qu'il ne vous vomisse, vous aussi, si vous le souillez, comme il va vomir la nation qui vous a précédés. Car tous ceux qui commettront l'un ou l'autre de ces actes abominables seront retranchés de leur peuple. Vous obéirez donc à mes commandements, et vous ne suivrez aucune des coutumes abominables que l'on pratiquait avant vous ; vous ne vous rendrez pas impurs par elles. Je suis l'Éternel, votre Dieu (Lévitique 18.24-30).
Ici nous est donnée l'exhortation finale qui consiste à se séparer absolument de toutes ces pratiques des peuples cananéens. Les premières menaces sont dirigées contre Israël en tant que peuple au cas où ces abominations venaient à se généraliser chez lui. Les suivantes s'adressent aux Israélites en tant qu'individus. Le pays de Canaan, la future Palestine, est présenté ici comme capable de s'indigner moralement et de vomir ses habitants corrompus à ce point. Les temps des verbes impliquent que le décret divin est irrévocablement prononcé et envisagé comme réalisé. La terre est donnée aux Israélites, et par conséquent déjà ôtée à ses maîtres actuels qui vont être exterminés.
Ce chapitre que je viens de couvrir, est rédigé selon la forme des traités d'alliance en vigueur à cette époque. Il commence par un prologue à la fois historique et de vue d'ensemble lorsqu'il est écrit :
Vous n'agirez pas à l'exemple de ce qui se fait en Égypte, où vous avez habité, ni de ce qui se fait au pays de Canaan où je vous conduis. Vous ne suivrez pas les coutumes de ces pays (Lévitique 18.3-4).
Cette introduction est suivie des conditions de ladite alliance avec les bénédictions et malédictions selon qu'il y aura respect des termes ou désobéissance. Le Nouveau Testament contient lui aussi de nombreuses exhortations à se préserver de l'immoralité sexuelle.
Chapitre 19
Introduction
Nous voici rendus au chapitre 19 du Lévitique qui va énoncer un nombre de préceptes très variés, mais dont l'idée maîtresse et unificatrice est que la sainteté de Dieu doit se refléter dans la façon de vivre d'Israël. Je trouve pour ma part que ce chapitre d'une actualité brûlante et les grands de ce monde qui se réunissent pour se partager le gâteau feraient bien de le lire. 16 fois dans ce chapitre, l'expression « Je suis l'Éternel ! » ponctue les règles qu'Il ordonne à son peuple de respecter. C'est Lui et Lui seul qui fait la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal.
Cette distinction repose entièrement sur le fait qu'Il est le Dieu trois fois saint. Par ces ordonnances, il inculque une nouvelle fois à Israël un certain nombre de commandements qu'il a déjà donnés, mais en les complétant et en les appliquant à des situations de vie quotidienne. La Loi ne peut pourtant pas produire la sainteté qu'elle oblige. Elle révèle la justice de Dieu, mais ses exigences ne pouvaient être remplies par l'effort humain. Voilà comment, dans le Nouveau Testament, saint Paul exprime cette idée :
Personne ne sera déclaré juste devant Dieu parce qu'il aura accompli les œuvres demandées par la Loi. En effet, la Loi donne seulement la connaissance du péché (Romains 3.20).
Versets 1-2
Je commence à lire.
L'Éternel s'adressa à Moïse en ces termes : — Parle à toute la communauté des Israélites et dis-leur : Soyez saints, car je suis saint, moi l'Éternel, votre Dieu (Lévitique 19.1-2).
Ce concept d'un Dieu saint, loin d'être le summum de la civilisation d'Israël, en est le principe, la substantifique moelle pourrait-on dire pour reprendre une expression de Rabelais, vieillotte sans doute, mais bien à propos. La sainteté de l'Éternel est inhérente à la Loi de Moïse, elle en est à la fois la fibre et la trame.
Verset 3
Je continue.
Que chacun de vous respecte sa mère et son père, et observe les jours de repos que j'ai prescrits. Je suis l'Éternel, votre Dieu (Lévitique 19.3).
Ce verset réunit les 4e et 5e commandements. On peut dire sans faire de lapalissades, que Dieu commence avec le commencement. En effet, ce sont les parents qui donnent au nouveau-né sa première ligne de conduite, ce sont eux qui le placent sur les rails appropriés en lui donnant le sens des valeurs. Voilà pourquoi l'Éternel exige que les enfants se soumettent à ceux à qui il a donné sa Loi. Ainsi, ses ordonnances seront transmises d'une génération à l'autre. La mère est placée en premier pour plusieurs raisons : d'abord parce que dans les pays où règne la polygamie, le père étant en quelque sorte le chef de plusieurs familles, c'était elle qui avait le rapport le plus intime avec ses propres enfants. Cependant, quoiqu’autorisée, la polygamie n'était pas uniformément répandue en Israël.
Cette priorité accordée à la mère est aussi une intention divine de rehausser sa position à une époque où la subordination de la femme à l'homme était nettement plus accentuée que de nos jours. De par ce fait, le père commandait tout naturellement davantage de respect que son épouse. Quant au respect du jour de sabbat, il n'avait pas lui de dimension morale, mais c'était un rappel que la soumission à l'Éternel passait par le respect de ce signe d'alliance. L'Israélite apprenait ainsi à se soumettre à une autorité humaine ainsi qu'à son Dieu dès son âge le plus tendre.
Verset 4
Je continue.
Ne vous tournez pas vers les faux dieux, ne vous fabriquez pas d'idoles sous forme de statues en métal fondu. Je suis l'Éternel, votre Dieu (Lévitique 19.4).
Ici se trouvent également réunis deux commandements de la Loi, les premier et second. L'adoration des idoles avec sa pompe et ses cérémonies est attrayante, car elle suscite l'émotion de l'âme. Il en est de même aujourd'hui, non seulement dans le paganisme classique pur et dur, mais aussi à l'intérieur même de la chrétienté.
Versets 5-8
Je continue en raccourcissant.
Lorsque vous m'offrirez un sacrifice de communion, faites-le de façon à ce qu'il puisse être agréé (Lévitique 19.5).
C'est-à-dire, sans commettre aucune des irrégularités qui seraient alors une offense envers Dieu. Celles-ci pouvaient facilement se produire à l'occasion du repas de famille qui terminait ces sacrifices. La viande ne pouvait être mangée que le jour où l'animal était immolé ou le jour suivant dans les cas de vœu ou d'hommage rendu. Ce qui restait ensuite devait être brûlé. Ces détails fort importants sont là pour me rappeler une fois encore que si je veux m'approcher de Dieu je dois le faire selon ses conditions.
Versets 9-10
Je continue.
Quand vous ferez les moissons dans votre pays, tu ne couperas pas les épis jusqu'au bord de ton champ, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. De même, tu ne cueilleras pas les grappes restées dans ta vigne et tu ne ramasseras pas les fruits de ton verger qui seront tombés. Tu laisseras tout cela au pauvre et à l'immigré. Je suis l'Éternel, votre Dieu (Lévitique 19.9-10).
Voici 5 ordres en faveur des indigents. L'Éternel n'a pas créé d'œuvres caritatives. Personne ne recevait de chèques des services sociaux. Tout en faisant appel à la générosité, cette loi ne fait pas des démunis, des assistés, car ceux-ci devront eux-mêmes se procurer leur subsistance en allant glaner, sans avoir à mendier. C'est un parfait équilibre entre le capitalisme sans cœur et le communisme sans Dieu. Ainsi, les riches comme les miséreux reconnaissaient la main de l'Éternel dans leur vie.
Le Talmud, le livre des traditions juives, va encore plus loin. Il détermine la portion du champ qui doit être laissée non moissonnée au soixantième. Ainsi, 1 m² sur 60 appartient aux démunis. Selon le 5e livre de Moïse, on ne devait pas retourner même pour chercher des quantités substantielles d'épis oubliés. C'est un droit donné aux pauvres par la loi. Il était interdit de compléter la première cueillette sur l'arbre ou sur le cep par une seconde, et de ramasser tout ce qui était accidentellement tombé à terre. L'immigré n'ayant pas de possession territoriale en Palestine, il est assimilé à l'indigent.
Notre civilisation occidentale, les États-Unis en tête, laisse les pauvres mordre la poussière. Je suis convaincu que cet appât démesuré pour le gain rend l'Éternel furieux. De là à faire un lien avec certains événements terribles qui affectent notre monde, il n'y a qu'un pas.
Versets 11-12
Je continue le texte.
Vous ne commettrez pas de vol, vous n'userez ni de mensonge, ni de tromperie à l'égard de votre prochain. Vous ne prononcerez pas de faux serment par mon nom, car en faisant cela, vous profaneriez le nom de votre Dieu. Je suis l'Éternel (Lévitique 19.11-12).
Ici sont développés les huitième et neuvième commandements en 4 propositions, 5 si on y ajoute la conséquence de la 4e . Ce sont le vol, le mensonge, l'escroquerie et le parjure, cette dernière faute violant le 3e commandement qui dit :
Tu n'utiliseras pas le nom de l'Éternel ton Dieu pour tromper (Exode 20.7).
Versets 13-14
Je continue.
Tu n'opprimeras point ton prochain, et tu ne lui raviras rien par violence. Tu ne retiendras pas le salaire d'un ouvrier jusqu'au lendemain matin. Tu n'insulteras pas un sourd et tu ne mettras pas d'obstacle sur le chemin d'un aveugle, et ainsi tu révéreras ton Dieu. Je suis l'Éternel (Lévitique 19.13-14).
Dieu donne 5 devoirs de justice envers le prochain. Il s'agit ici d'abus de force ou de pouvoir en détenant ce qui lui revient, en le dépouillant de ce qu'il possède. Littéralement, il est écrit : Le salaire du journalier ne passera pas la nuit chez toi. Il est encore et toujours question de l'oppression du faible par le fort. L'ouvrier journalier vivait souvent au jour le jour. Cette loi vise à ce qu'il puisse réellement vivre de son travail. Le sourd n'entendant pas le mal qu'on dit de lui, il ne peut se justifier, quant à cette perfidie de faire tomber l'aveugle, elle se passe de commentaires. L'Israélite est exhorté à craindre et honorer son Dieu qui Lui entend et voit, et qui est le vengeur du faible sans défense.
Versets 15-16
Je continue.
Vous ne commettrez pas d'injustice dans les jugements. Tu n'avantageras pas le pauvre, et tu ne favoriseras pas le grand ; tu jugeras ton prochain selon la justice. Tu ne calomnieras pas les membres de ton peuple ; tu ne porteras pas atteinte à la vie de ton prochain par un faux témoignage. Je suis l'Éternel (Lévitique 19.15-16).
Encore, cinq propositions, qui se rapportent au neuvième commandement qui dit :
Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain (Exode 20.16).
Vous, en tant que représentant du peuple et magistrat, ne commettrez point d'injustice soit en absolvant le coupable, soit en condamnant l'innocent, qu'il appartienne aux grands ou aux petits. Selon la justice veut dire : en faisant abstraction du peu d'intérêt que suscite le pauvre comme de la crainte qu'inspire le grand.
Le Talmud précise : Tu ne resteras pas inactif en voyant la vie de ton prochain menacée. Shakespeare a écrit dans son œuvre : le roi Henri VIII : Les cieux sont encore au-dessus de tout ; là-bas réside un juge qu'aucun monarque ne peut corrompre ! Socrate, quant à lui, a dit ceci : 4 devoirs sont l'apanage du juge : écouter avec attention ; répondre avec sagesse ; réfléchir en toute rigueur et décider avec impartialité. Et sur ces paroles des sages des temps passés, je termine pour aujourd'hui.