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Diffusé le 3 juillet 2009 - ::
La lecture du livre des psaumes est comparable à une promenade en voiture sur une petite route de campagne tranquille au milieu d'un paysage pittoresque. Nous découvrons de chaque côté des vues magnifiques et même spectaculaires. Chaque début de psaume fait penser à un croisement de routes. On arrive, on regarde distraitement les panneaux et on continue avec une impression de déjà-vu parce qu’il faut bien le reconnaître, les psalmistes se répètent souvent. De chaque côté de la route, le paysage est à peu près le même. Ce fut particulièrement vrai à partir du Psaume 120 et jusqu'au 134e qui constituent les 15 cantiques des montées chantées lors des fêtes.
Nous continuons notre chemin et arrivons au Psaume 137. À cette intersection, il nous faut vraiment ralentir parce qu'il s'y trouve trois signaux lumineux avec les directives Stop, Regarde, Écoute. On s'arrête donc pour constater que le Psaume 137 est différent des autres. C'est à la fois un chant plaintif et un psaume imprécatoire violent qui prononce une malédiction effrayante sur les ennemis d'Israël.
Sa conclusion « Heureux qui saisira tes nourrissons pour les briser contre le roc ! » (Psaumes 137.9) fait penser à un volcan en éruption qui crache un feu de vengeance, ce qui est particulièrement choquant pour nous. À lire de telles paroles, on s'interroge ; on se demande comment elles se sont fait une place dans les Saintes Écritures.
La plupart de ceux qui lisent une imprécation passent très vite dessus comme s'ils n'avaient rien remarqué et continuent plus loin. Mais si on veut être honnête avec le texte, il n'y a pas moyen d'arrondir les angles d'une telle malédiction afin d'en adoucir la brutalité. Bien sûr, on peut toujours rejeter ce verset comme le font certains théologiens d'obédience libérale sous prétexte qu'il ne devrait pas dire des choses aussi dures à entendre. Mais cette attitude est intellectuellement malhonnête et hautement arrogante, car ces gens prétendent avoir l'autorité de décider ce qui dans les Textes Sacrés est ou n'est pas inspiré de Dieu.
En prenant uniquement ce qui les arrange et en délaissant le reste, ils me font penser au paysan un peu simplet qui avait acheté une laitière pour se faire de l'argent. Mais il s'est vite rendu compte que nourrir le devant de la vache coûtait cher. Or, comme il recueillait le lait à l'arrière, il a décidé de pomper cette partie lucrative de la vache et de ne pas trop s'occuper de l'autre. Mais la collecte de lait n'a fait que baisser jusqu'à s'arrêter, puis la vache amaigrie est tombée malade et morte. C'est ce que font ces théologiens qui acceptent bien l'amour de Dieu, mais refusent d'entendre parler de sa sainteté et de sa justice.
Ils ne sont pas les seuls à être dénué d'intelligence spirituelle. Il y a aussi ceux qui disent croire à tout l'enseignement des Textes Sacrés, mais ne les connaissent pas. Ça n'a pas de sens. La seule démarche honnête est d'accepter la totalité des Écritures et de les comprendre. Pour cela, il n'y a pas de raccourci possible. Je dois observer avec soin les règles d'interprétation qui s'appliquent à n'importe quel écrit, comme tenir compte du vocabulaire, des tournures de phrases, des circonstances de l'auteur et de ce qu'il voulait communiquer. C'est comme ça que nous allons aborder le Psaume 137.
Le premier signal lumineux était Stop. Le second dit : Regarde, et considère la situation d'Israël quand cette complainte fut écrite. Toute la nation est captive à Babylone. Les livres historiques des Rois et des Chroniques de l'Ancien Testament nous mènent jusqu'à la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, mais ne parlent pas des années d'exil. Puis les livres suivants d'Esdras et de Néhémie continuent le récit d'Israël, mais après les années de captivité, une fois qu'une partie du peuple est retournée en Palestine.
Quant aux prophètes qui ont exercé un ministère durant cette période d'exil, ils parlent très peu des conditions de vie des Israélites. C'est le grand vide, 70 ans de silence, comme si l'horloge des cieux s'était arrêtée au moment de la prise de Jérusalem. Le Psaume 137 a la particularité de faire la transition, d'établir un pont sur les 70 années de captivité. Il est comme un petit détour de route qui conduit à un point de vue surplombant la vallée.
Après Stop et Regarde, le 3e signal lumineux est : Écoute. On tend l'oreille, mais au lieu de chants joyeux, c'est une complainte qu'on entend, car les captifs disent :
Comment peut-on chanter les chants de l'Éternel sur un sol étranger ? (Psaumes 137.4).
Le Psaume 137 rapporte l'expérience tragique, mais touchante du peuple hébreu déporté dans lequel le psalmiste manifeste des sentiments très vifs et violents. D'une part, il exprime la haine farouche des patriotes israélites contre leurs ennemis, et d'autre part, l'amour profond qu'ils nourrissaient pour Jérusalem, la ville que l'Éternel s'est choisie.
Je commence à lire.
Au bord des fleuves de Babylone, nous nous étions assis et nous pleurions en pensant à Sion (Psaumes 137.1).
Alors que la majorité des psaumes louent l'Éternel, expriment la foi et l'espérance des fidèles, et leur joie d'être le peuple de Dieu, le Psaume 137 est un long cri de douleur. Ce cantique a été composé à Babylone pendant l'exil entre 587 et 539 av. J-C. Les fleuves désignent le Tigre et l'Euphrate, leurs affluents, ainsi qu'un réseau dense de canaux creusés pour irriguer le pays.
Les prophètes Ézéchiel et Daniel reçurent les révélations de Dieu respectivement au bord des fleuves Kébar et Oulaï (Ézéchiel 1.1 ; Daniel 8.2). C'est en bordure des canaux où ils travaillaient et qu'ils auraient creusés que dans leurs moments de loisir, les Israélites cherchaient la solitude pour méditer.
Mais le murmure des flots ne calmait pas leurs angoisses. Au contraire, ce temps de réflexion sur leur triste état d'esclaves ravivait leur douleur. Le psalmiste décrit une grande détresse. En se remémorant la gloire passée de Jérusalem, les Israélites en ont mal au cœur et pleurent à chaudes larmes.
Le peuple juif sait ce que signifie être exilé loin de son pays. La nation est née dans la province de Goshen en Égypte, mais les Hébreux ont abouti dans les chantiers du pharaon où, au rythme des coups de fouet, ils fabriquaient des briques. 9 siècles plus tard, ce fut Babylone, puis ce furent les Grecs et les Romains qui les opprimèrent et ainsi de suite jusqu'aux ghettos d'Europe. Au mieux, ils étaient esclaves et au pire, ils finissaient dans les camps de la mort.
Mais alors, qu'ont-ils donc fait pour se trouver à Babylone, dans une plaine desséchée, au lieu d'être à Jérusalem sur le sommet d'une colline bercée par une douce brise ? Ce n'est évidemment pas par choix qu'ils sont en terre étrangère, mais parce qu'ayant été infidèles à l'Éternel, ils ont été vaincus par leurs ennemis et emmenés en captivité. Les prophètes les avaient maintes fois avertis, mais en vain.
Quand finalement Dieu a précisé le jugement brutal qui allait tomber sur son peuple, il a choisi Jérémie, un prophète au cœur tendre qui pleurait en même temps qu'il annonçait les catastrophes qui allaient s'abattre sur Israël : la destruction de Jérusalem et l'exil du peuple. Je lis un passage :
Pour tout cela, je pleure ; j'éclate en longs sanglots, Mes fils sont tous plongés dans la désolation, car l'ennemi a été le plus fort. Sion étend les mains, mais nul ne la console. L'Éternel a donné des ordres, aux adversaires de Jacob, de l'entourer de toutes parts (Lamentations 1.16-17).
L'Éternel avait promis de donner aux Israélites le pays de Canaan dans lequel ils prospéreraient aussi longtemps qu'ils lui seraient fidèles. Mais ils se sont rebellés contre lui. Voilà pourquoi ils sont exilés.
Je continue le Psaume 137.
Aux saules de leurs rives, nous avions suspendu nos harpes (Psaumes 137.2).
Dans la région de Babylone, on trouve en abondance une espèce d'olivier (populus euphratica) très semblable aux saules de rivière.
Les Israélites avaient pris leurs harpes en mains, dans l'intention de jouer, mais leur envie a été coupée par la présence d'étrangers incapables de comprendre ce qu'ils ressentaient et leur invitation à chanter un cantique joyeux comme si tout allait bien. Ils n'ont pas le cœur à se réjouir, mais bien plutôt à pleurer. Alors, ces instruments de musique destinés à louer l'Éternel pendent désormais aux branches des saules pleureurs.
Je continue.
Ceux qui nous avaient déportés, nous demandaient des chants, nos oppresseurs voulaient des airs joyeux : « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion ! » (Psaumes 137.3).
Cette complainte exprime la douleur patriotique des Israélites. Maintenant qu'ils étaient exilés, les Babyloniens voulaient profiter de leurs talents musicaux et assister à un concert. Dans tout le Proche-Orient ancien, les Israélites étaient renommés pour leurs chants, parce qu'ils étaient composés pour louer l'Éternel, le Créateur du ciel et de la terre, dont le Temple se trouvait à Jérusalem.
David avait établi des chantres, créé des orchestres et des chœurs. Il y avait de très nombreux chanteurs à sa cour. Durant les 3 fêtes obligatoires, des milliers de pèlerins se massaient autour du Temple et chantaient à la gloire de Dieu.
On a souvent reproché aux Juifs le trafic de l'argent, mais c'est oublier qu'ils furent contraints de devenir banquiers par l'antisémitisme du Moyen-Âge. À travers les siècles, beaucoup d'entre eux furent des musiciens de talent, depuis David, le doux chantre d'Israël , jusqu'à Meyerbeer, Offenbach, Fritz Kreisler, Félix Mendelssohn, George Gershwin, Paul Whiteman, Irving Berlin, etc.
Les particularités du culte d'Israël étaient connues dans tout le bassin méditerranéen et au-delà jusqu'au cœur de l'Afrique. Quand Salomon régnait, la reine de Séba vint lui rendre visite pour vérifier que tout ce qu'elle avait entendu dire à son sujet et celui d'Israël était bien vrai. Quand des étrangers venaient à Jérusalem, ils côtoyaient un peuple, qui au lieu d'adorer des idoles servait le Dieu vivant et vrai. Ils lui offraient des sacrifices qui leur valaient le pardon de leurs péchés.
Alors, pour exprimer leur reconnaissance, ils célébraient leur Dieu au moyen d'instruments et de nombreux cantiques comme les psaumes. Il est probable que les Israélites captifs en faisaient encore usage, continuant sinon à les chanter, au moins à les réciter, sous forme de prières domestiques et liturgiques, dans leurs maisons et dans des lieux de culte. Ce qui avait changé est qu'ils ne voulaient pas les chanter avec accompagnement d'instruments sacrés, quand leurs maîtres païens ne voyaient là qu'un moyen de se distraire et de s'égayer.
Je continue le Psaume 137
Comment peut-on chanter les chants de l'Éternel sur un sol étranger ? (Psaumes 137.4).
Avec un sanglot dans la voix, ils ont dit :
Nous avons perdu l'envie de chanter. Vous vous moquez de nous quand vous nous demandez de vous chanter un cantique de Sion. Jérusalem est en ruines, réduite en cendres. Nous ne pouvons chanter nulle part ailleurs.
Les Israélites étaient dans leur droit de ne pas chanter publiquement en terre étrangère. Les cantiques de Sion étaient destinés à être chantés à Jérusalem, la ville de l'Éternel et pas à Babylone. Ce qui est saint n'a pas sa place dans un lieu profane, et comment pouvaient-ils louer Dieu dans un endroit, où son nom était blasphémé par les païens ?
Quand ils avaient quitté l'Égypte, 9 siècles plus tôt, ils étaient dans une grande joie. À la tête du cortège se trouvaient les Lévites qui portaient le coffre sacré, et ils chantaient. Ensuite, il y avait Juda, la tribu dont le nom veut dire louange. Les Hébreux célébraient l'Éternel pour sa miséricorde. Pareillement, les psalmistes exhortent les fidèles à pousser des cris de joie et à acclamer Dieu (Psaumes 66.1 ; 81.1 ; 95.1 ; 98.4, 6 ; 100.1).
Mais tous les croyants ne chantent pas pour une raison ou pour une autre. D'abord, ça dépend du tempérament de la personne. Certains sont toujours joyeux indépendamment des circonstances de la vie, tandis que d'autres sont mélancoliques et pessimistes de nature, alors chanter pour eux tient de l'exploit. Il y a même des races qui chantent spontanément. Les noirs, par exemple, ont la musique dans la peau, la danse est comme une seconde nature et ils sont presque toujours joyeux.
On a demandé à une Africaine son secret. Elle a répondu.
Quand je travaille, je bosse dur ; quand je me repose, je me laisse complètement aller, et quand je me fais du souci, je m'endors.
Qu'est-ce que j'aimerais être comme ça et aller déposer mes ennuis dans les bras de Morphée !
La seconde raison pour laquelle certains ne chantent pas est le découragement. C'est vrai qu'il y a des personnes qui ont davantage d'ennuis que les autres. Les familles maudites, ça existe, et il y a des gens qui semblent attirer la poisse.
La prochaine fois que vous serez assis à la terrasse d'un café en ville, regardez les visages des passants et essayez de deviner leur état d'âme. Vous trouverez sûrement quelqu'un d'immensément triste ou marqué par la douleur, une personne en train de vivre une tragédie.
La 3e raison pour laquelle certains ne chantent pas est qu'ils sont rongés par le remords. Quand David a confessé sa faute, il s'est écrié :
Rends-moi la joie de ton salut (Psaumes 51.14).
Avant qu'il ne fasse cette démarche, il ne pouvait pas chanter ; il dit :
Tant que je taisais ma faute, je m'épuisais à gémir sans cesse, à longueur de jour (Psaumes 32.3).
Jésus était un homme toujours joyeux parce qu'il était en parfaite harmonie avec Dieu son Père. Il en fut ainsi tout au long de son ministère jusqu'à ce qu'il soit saisi par les angoisses de la mort avant d'aller à la croix. Quand il a porté nos péchés, les vôtres et les miens, il n'avait pas le cœur à chanter, mais s'est écrié :
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? (Matthieu 27.46).
Si les Israélites sont exilés loin de Jérusalem, c'est à cause de leurs péchés et de ceux de leurs ancêtres. Ils paient toute l'addition ; c'est une bonne raison pour ne pas avoir envie de chanter.
Je continue le Psaume 137.
Si jamais je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite perde sa force ! Oui, que ma langue se colle à mon palais si je ne pense plus à toi, Jérusalem, si je ne te mets plus avant toute autre joie (Psaumes 137.5-6).
L'invitation des Babyloniens à chanter les cantiques de Sion a réveillé le souvenir de Jérusalem dans l'esprit des Israélites venus méditer au bord de l'eau. Leur complainte du début fait place à une révolte. Pour celui qui aime Jérusalem, il n'y a pas de joie possible tant qu'elle est en ruines. On distingue ici un rayon d'espoir parce que cette affirmation est le premier pas vers la repentance. Les Israélites ont compris la leçon et sont dits prêts à obéir à l'Éternel quand il les aura ramenés à Jérusalem.
Je continue.
Souviens-toi, Éternel, des Édomites qui en ce jour du malheur de Jérusalem, criaient bien fort : « Rasez-la donc, rasez-la jusqu'aux fondations ! » (Psaumes 137.7).
Penser à Jérusalem, c'est se rappeler ce qu'a souffert la ville, et réclamer justice. Lors de sa destruction, les Édomites, descendants d'Ésaü, frère de Jacob, avaient manifesté de manière indécente leur joie de voir tomber leur rivale. Cette attitude était d'autant plus odieuse qu'ils étaient de proches parents des Israélites. Pour cette raison, les prophètes Jérémie (49.7-22) et Ézéchiel (25.12-14 ; 35.14) annoncèrent contre Édom un châtiment particulièrement sévère.
Si le psalmiste ne manifeste pas un esprit de pardon, c'est parce qu'il fonctionne sous le régime de la Loi : œil pour œil et dent pour dent.
Sur la croix, Jésus a intercédé pour ses bourreaux disant : Père, pardonne-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font (Luc 23.34), mais ce pardon ne concernait que cet acte odieux. À leur mort, ces hommes ont été jugés pour tous les péchés de leur vie.
Quand Étienne, le premier martyr s'est écrié : Ne les charge pas de ce péché (Actes 7.60), il a révélé la bonne attitude qui devrait être celle des croyants. L'apôtre Paul l'explique, disant :
Mes amis, ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu (Romains 12.19).
Il est juste qu'un croyant persécuté désire être vengé à condition qu'il s'en remette à Dieu qui lui, fera justice. Je cite un passage du Nouveau Testament :
Ceux qui avaient été égorgés à cause de leur fidélité à la Parole de Dieu et du témoignage qu'ils avaient rendu s'écrièrent d'une voix forte : — Maître saint et véritable, jusques à quand tarderas-tu à juger les habitants de la terre et à leur demander compte de notre mort ? (Apocalypse 6.9-10).
Quelle est la mesure de ma haine vis-à-vis du mal ? Si vous aimez vos enfants, vous haïrez un chien enragé qui les menacera, et si vous pouvez, vous le tuerez.
De Jésus, un texte dit :
Tu aimes la justice, tu détestes le mal (Psaumes 45.8).
Nul ne peut aimer la justice sans détester le mal. Vous ne pouvez aimer ce qui est bon, droit, loyal et vrai sans haïr ce qui est abusif, mauvais, injuste et faux.