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Émission 546 - 2 Corinthiens 9.5-10.1

Diffusé le 28 janvier 2014 - ::

Chapitre 9

Verset 5

Un jour, un vieux jardinier m'a dit : Quand je sème du maïs, je mets trois grains dans chaque trou : un pour la terre, un pour les vers et un pour moi. Sage conseil ! Au fil des années, dans mon expérience avec les haricots, je me suis rendu compte qu'une partie des grains ne germait jamais, que d'autres disparaissaient on ne sait où, ils pourrissaient, je suppose, et d'autres encore sont mangés par je ne sais quoi. Enfin, une fois que les bonnes graines qui ont échappé à tous les dangers sortent de terre sous la forme de jeunes pousses, une partie d'entre elles est immédiatement dévorée par les oiseaux tandis que d'autres attrapent une maladie et pourrissent.

C'est désolant, me direz-vous. Eh bien ! Pas vraiment, car malgré cette suite de désastres j'ai toujours fait une grosse récolte. Quel est donc mon secret ? Eh bien, je sème serré ; les grains sont très nombreux et se bousculent presque, alors dans le tas il y en a suffisamment qui rapportent pour qu'on se régale. Ce principe «  plus on sème et plus on moissonne  » se trouve dans le Nouveau Testament en matière de générosité et dans le domaine de la libéralité.

Verset 6

Je continue à lire dans le chapitre 9 de la seconde Épître de Paul aux Corinthiens.

Rappelez-vous : Semence parcimonieuse, maigre récolte. Semence généreuse, moisson abondante (2Corinthiens 9.6).

Paul exhorte les Corinthiens à donner sans retenue à la collecte en faveur des pauvres de Jérusalem parce que le don fonctionne comme une semence agricole. L'apôtre compare celui qui contribue généreusement à un fermier qui sème à profusion en vue d'une abondante moisson. Celui qui donne ses grains à la terre en récolte les fruits. Si on tire sur la semence, la moisson sera maigre, si on jette le grain avec libéralité, la récolte sera abondante. Jésus a dit à peu près la même chose. Je cite ses paroles :

Donnez, et l'on vous donnera, on versera dans le pan de votre vêtement une bonne mesure bien tassée, secouée et débordante ; car on emploiera, à votre égard, la mesure dont vous vous serez servis pour mesurer (Luc 6.38).

Ce qu'il y a d'un peu surprenant est que juste avant que Jésus ne dise : Donnez et l'on vous donnera, il a affirmé : Pardonnez, et vous serez vous-mêmes pardonnés . Cela veut dire que celui qui est enclin à pardonner est le même qui donnera généreusement de ses biens. Quand j'oublie une offense, j'accorde le pardon à celui qui m'a fait du tort, mais c'est aussi un don que je me fais à moi-même, car je me libère de la rancœur et du cortège de problèmes physiques et psychologiques qui l'accompagne.

Donner et pardonner sont tous deux des actes de générosité. En complément du principe énoncé plus haut : Semence généreuse, moisson abondante , Paul en a communiqué un autre qu'on trouve dans le livre des Actes des Apôtres et qu'il dit venir directement de l'enseignement du Seigneur. Je le cite :

Regardez mes mains : ce sont elles, vous le savez bien, qui ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons. Je vous ai montré partout et toujours qu'il faut travailler ainsi pour aider les pauvres. Souvenons-nous de ce que le Seigneur Jésus lui-même a dit : « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir » (Actes 20.35).

Plus quelqu'un se montre généreux et plus il est heureux et plus il recevra en retour et plus il lui sera facile de pardonner ceux qui l'auront blessé. Tout investissement pour le Seigneur rapporte au moins sur trois fronts et bien au-delà du don initial. Aucune banque ni rien en ce monde ne peut vous offrir quelque chose de comparable. Je vous entends dire qu'un billet de loto gagnant rapporte davantage.

Eh bien, contrairement aux apparences, il n'en est rien. En effet, des études de sociologie ont montré que ceux qui gagnent de grosses sommes d'argent ne sont pas plus heureux après qu'avant et pour beaucoup d'entre eux leur vie devient un véritable cauchemar et d'autres encore finissent sur la paille.

Verset 7

Je continue le texte.

Que chacun donne ce qu'il aura décidé en son cœur, sans regret ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie (2Corinthiens 9.7).

Si la première raison pour donner libéralement est que plus on sème et plus on récolte, la deuxième est que Dieu aime la générosité. Celui qui donne par contrainte, parce qu'on l’a mis sous pression dans une cocotte minute, ou pour s'assurer les applaudissements de la foule, a perdu la valeur de son don devant le Seigneur. Ce qui compte pour Dieu, c'est d'avoir la bonne attitude et donner avec joie et sincérité de cœur, plutôt que la grosseur du chèque. Cela dit, le millionnaire qui place un billet de 10 euros dans le panier n'est évidemment pas de bonne foi, mais c'est un faux jeton et le Dieu du ciel prendra note.

Verset 8

Je continue.

Dieu a aussi le pouvoir de vous combler de toutes sortes de bienfaits : ainsi vous aurez, en tout temps et en toutes choses, tout ce dont vous avez besoin, et il vous en restera encore du superflu pour toutes sortes d'œuvres bonnes (2Corinthiens 9.8).

Ce passage promet des bénédictions de la part de Dieu, mais il n'est pas précisé leur nature parce que le Père céleste ne veut pas être enfermé dans un carcan. Il distribue ses bienfaits tant matériels que spirituels selon sa bonne volonté. Personne ne peut savoir d'avance ce qu'il va recevoir. Même le plus généreux d'entre nous ne peut donner que ce qu'il a lui-même reçu et cela sur tous les plans tant financier, capacité ou temps. Toute la création et tous les êtres humains bénéficient de la bonté du Créateur.

Lorsqu'un bébé vient au monde, il est tout nu ; il ne possède strictement rien sinon le corps avec lequel il est né. Quand vous mourrez, vous quitterez cette terre sans rien emporter avec vous sinon quelques habits qui pourriront dans la tombe en même temps que vous redeviendrez poussière. Pendant notre pèlerinage ici-bas, la plupart d'entre nous deviennent gérants de biens divers que nous avons générés par notre travail ou que nous avons reçus en don.

En réalité, rien ne m'appartient en propre, et si j'accomplis quelque bonne œuvre que ce soit, c'est parce que Dieu m'en donne la possibilité. Même ma capacité de me lever le matin, de me déplacer, le mouvement et l'être, la santé, tout en somme, je le dois au Seigneur.

Versets 9-10

Je continue le texte.

Ainsi qu'il est écrit : On le voit donner largement aux indigents. Il demeure pour toujours approuvé par Dieu. Celui qui fournit la semence au semeur et lui donne le pain dont il se nourrit vous donnera aussi, avec largesse, toute la semence nécessaire et fera croître les fruits de votre générosité (2Corinthiens 9.9-10).

La citation «  On le voit donner largement aux indigents. Il demeure pour toujours approuvé par Dieu  » est tirée d'un psaume de l'Ancien Testament qui décrit l'attitude d'un homme qui révère l'Éternel, qui l'honore par sa conduite. Sous le régime de l'Ancienne Alliance, une telle personne était considérée comme juste et bénie de Dieu à tous les niveaux : matériellement, dans sa santé, famille et son milieu social. Même aujourd'hui, une des façons d'être juste de manière pratique aux yeux de Dieu est de venir en aide aux croyants indigents.

Cela dit, sous la Nouvelle Alliance le chrétien marche exclusivement par la foi, ce qui signifie que les bénédictions sont davantage orientées vers le spirituel et les récompenses surtout promises dans l'au-delà. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de bienfaits divins matériels en cette vie. Au contraire, beaucoup de gens généreux ont découvert que plus ils se montraient charitables et bienveillants et plus leurs affaires prospéraient. Je cite un passage des Écritures :

Celui qui a pitié du pauvre, prête à l'Éternel qui le lui revaudra (Proverbes 19.17).

Dieu fait plus que rendre ce qu'on lui donne, il le multiplie et nous récupérons le tout avec des intérêts exorbitants sous une forme ou sous une autre.

Versets 11-13

Je continue le texte.

Ainsi vous deviendrez riches de tous les biens et vous pourrez donner largement, ce qui suscitera, chez ceux auxquels nous distribuerons vos dons, de nombreuses prières de reconnaissance envers Dieu. En effet, le service de cette collecte a pour objet non seulement de pourvoir aux besoins de ceux qui appartiennent à Dieu, mais encore de faire abonder des prières de reconnaissance envers Dieu. Par ce service, vous allez démontrer la réalité de votre engagement. Aussi ces chrétiens loueront-ils Dieu pour l'obéissance par laquelle s'exprime votre foi en la Bonne Nouvelle du Christ. Ils le loueront aussi pour la largesse avec laquelle vous partagez vos biens avec eux et avec tous (2Corinthiens 9.11-13).

Dans un contexte chrétien, plus une personne est généreuse, plus elle s'enrichira, ce qui fait qu'elle pourra encore aider davantage. Donner à Dieu accomplit bien plus que subvenir à ceux qui sont dans le besoin, cela contribue aussi et surtout à la gloire de Dieu. Dans le cas présent, ce sont les chrétiens de Jérusalem qui rendront grâce à Dieu pour les dons reçus. De plus, cette collecte est non seulement un acte social, mais aussi une confession commune de l'Évangile en action, une manifestation concrète de l'unité des chrétiens qu'ils soient Juifs ou païens.

Certains croyants de Palestine d'origine juive avaient du mal à croire que les membres des Églises fondées en milieu païen par Paul étaient vraiment dévoués au Christ. La participation charitable des croyants d'origine non-juive allait démontrer la réalité de leur profession de foi et la qualité de leur vie spirituelle. Les dons généreux venant de la Macédoine et de Corinthe devraient ouvrir leurs esprits et éliminer leurs préjugés, un objectif qui était très cher au cœur de Paul.

Versets 14-15

Je finis ce chapitre.

Ils prieront pour vous, traduisant ainsi l'affection qu'ils vous portent, à cause de la grâce surabondante que Dieu vous a accordée. Béni soit Dieu pour son don incomparable ! (2Corinthiens 9.14-15).

Ce partage des biens matériels par les Corinthiens avec les pauvres de Jérusalem ne se faisait pas en sens unique. En retour, ils allaient bénéficier des prières d'intercession de leurs frères de Palestine qui appelleraient sur eux la bénédiction divine. Cette bienveillance de part et d'autre est un fruit de la grâce surabondante de Dieu qui a trouvé son expression culminante en Jésus-Christ.

Après avoir longuement parlé du don des chrétiens en faveur de Jérusalem, Paul conclut en remerciant Dieu pour ce don qui est au-dessus de tout don, la vie éternelle accordée en la personne de son Fils. Jésus qui régnait dans la gloire céleste s'est fait pauvre en venant habiter parmi nous. Il est né, a grandi puis a exercé pendant 3 ans un ministère d'enseignement et de guérison. Ensuite, il s'est offert en sacrifice pour les péchés du monde en mourant à notre place sur une croix, une mort particulièrement odieuse et atroce. Dans un Évangile, nous lisons :

Oui, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu'ils aient la vie éternelle (Jean 3.16).

Ce don est ineffable, impossible à décrire. C'est avec ces paroles «  Béni soit Dieu pour son don incomparable !  » que Paul termine ces deux chapitres sur la libéralité chrétienne. Toutes les remarques qu'il a faites peuvent se résumer à un doux appel aux Corinthiens de passer à l'action. Le chapitre suivant va traiter d'un sujet entièrement différent. Par contre, grâce à une autre Épître de Paul, nous connaissons les résultats de cet appel de fonds en faveur des pauvres de Jérusalem. Les Corinthiens menèrent cette collecte tambour battant et firent parvenir leurs dons généreux à Jérusalem. Je cite le passage dans lequel l'apôtre écrit :

Pour l'instant, je vais à Jérusalem pour le service des croyants. En effet, les Églises de la Macédoine et de l'Achaïe, dont Corinthe était la capitale, ont décidé de mettre en commun une part de leurs biens pour venir en aide aux croyants pauvres de Jérusalem. C'est une libre initiative de leur part, mais elles le leur devaient bien : car si les non-Juifs ont eu leur part des biens spirituels qui appartenaient aux Juifs, ils doivent bien, à leur tour, les assister de leurs biens matériels (Romains 15.25-27).

Chapitre 10

Introduction

Nous voici arrivés à la dernière grande section de cette Épître qui aborde un sujet particulièrement difficile puisque Paul est obligé de justifier son apostolat afin de défendre l'authenticité de son message. L'Église de Corinthe était divisée, c'est le moins qu'on puisse dire. Dans sa première Épître, Paul écrit :

J’ai été informé que la discorde règne parmi vous : chacun de vous tient ce type de langage : « Moi, je suis pour Paul ! » ou : « Moi, pour Apollos ! » ou : « Moi, pour Pierre ! » ou encore : « Et moi, pour le Christ ! » (1Corinthiens 1.11-12).

La majorité des croyants respectait l'autorité de Paul et son message. Jusqu'à présent, c'est à eux qu'il s'est adressé. Mais il y avait aussi une minorité qui s'opposait à lui et le rejetait comme apôtre. C'est vers ceux-là qu'il se tourne à présent avec force et intensité de langage afin de les exhorter à se fier à lui. Paul pensait en effet que ceux qui ne lui étaient pas fidèles ne l'étaient pas non plus à Jésus-Christ. En conséquence, comme beaucoup de membres avaient exprimé leur confiance en lui, il va mettre toute l'Église à demeure de croire en lui. Pour cela, il va confronter les faux serviteurs de Jésus-Christ qui s'étaient imposés aux Corinthiens en s'immisçant dans l'œuvre que Paul avait commencée.

Ces super apôtres étaient d'origine juive et se vantaient d'avoir des relations privilégiées avec l'Église de Jérusalem, qui, prétendaient-ils, les avait recommandés. Tout comme Paul, ils se disaient serviteurs du Christ donnant comme preuve de leur vocation leurs expériences spirituelles comme des révélations et des visions, ainsi que des miracles qu'ils auraient faits. De plus, et contrairement à Paul, ces faux serviteurs de Jésus-Christ touchaient un salaire pour leur travail. Ils accusaient Paul non seulement de faiblesse et d'être instable, mais insinuaient aussi qu'il avait détourné à son profit une partie des fonds destinés aux pauvres de Jérusalem. Comme il refusait d'être payé directement, il les aurait ainsi pris par ruse.

À la manière des sophistes grecs de l'époque, les super-apôtres attribuaient beaucoup d'importance aux prouesses oratoires, car pour eux la puissance d'un discours éloquent était une marque d'apostolat. Ces perturbateurs avaient donc des points communs avec les judaïsants qui semèrent le trouble dans les Églises des Galates. C'est pour cela que dans un premier temps Paul va contraster le ministère des apôtres de Jésus-Christ et celui de Moïse le serviteur de l'Ancienne Alliance.

Verset 1

Je commence à lire le chapitre 10.

Moi, Paul, je suis, paraît-il, « timide » quand je suis présent parmi vous et « hardi » quand je suis absent, loin de vous. Mais c'est au nom de la douceur et de la bonté du Christ que je vous adresse cet appel (2Corinthiens 10.1).

Paul a déjà écrit sa première Épître aux Corinthiens sur un ton relativement sévère. Ses adversaires lui reprochaient d'être dur lorsqu'il était absent alors qu'il se montrait tendre quand il était parmi eux. Il réagit donc contre cette accusation. L'apôtre se comportait simplement à l'image du Christ qui s'est montré humble par son incarnation et une vie entièrement consacrée aux autres. Jésus a dit de lui-même qu'il était doux et humble de cœur ; il n'élevait pas la voix pour se défendre, n'avait rien d'un Apollon qui aurait attiré les regards ; il ne se promenait pas avec une auréole sur la tête et n'apparaissait pas aussi différent des autres Juifs pieux que les artistes-peintres voudraient bien nous le faire croire. Il ressemblait et était vêtu comme un rabbin, un enseignant itinérant de l'époque.

Paul ne faisait donc qu'imiter son Maître, seulement en plus c'était un artisan. Il fabriquait des tentes qu'il vendait pour subvenir à ses besoins. Il exerça ce métier alors qu'il était à Corinthe pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. À cause de cela, certains ne le considéraient pas comme un apôtre et le méprisaient, ne voyant en lui qu'un homme ordinaire qui travaillait de ses mains. Ses ennemis essayaient de discréditer l'homme afin de s'attaquer indirectement à son message. C'était une ruse de Satan. À cette époque, peut-être même plus qu'à la nôtre, l'important était dans les apparences et l'habit faisait vraiment le moine.

Si Paul s'était comporté comme un philosophe grec aux paroles éloquentes, alors on aurait plus facilement accepté son apostolat. Il exhorte donc les Corinthiens qui hésitent à son sujet à ne pas se fier aux apparences. Il va réaffirmer qu'effectivement il est investi d'une mission divine dont il a bien conscience, mais il ne cherchait pas à exercer cette autorité que le Christ lui avait donnée. Il préférait de loin se montrer tendre comme un père envers ses enfants à l'égard des Corinthiens. Qui ne préfère pas la méthode douce ? En réalité, pas mal de gens et même beaucoup d'enfants n'apprennent que par la méthode dure, par le biais d'expériences difficiles. Telle est la nature humaine.